Nicolas Sarkozy

Blog Coopératif

Laïcité, Religions et Transréalisme

Posté le 06/03/2008 par pierre100541 dans la catégorie Analyses des Bloggers

LE Président de la République, Nicolas SARKOZY, a réanimé la réflexion sur la laïcité et la religion.

Cela n’a pas manqué de susciter de vives réactions condamnant souvent cette initiative qui ravive le débat dans notre pays dont les racines constituantes principales, chrétiennes (attachées au respect de la parole divine) et républicaines (attachées au respect des droits de l’Homme) semblent s’opposer au point d’avoir cru bon, en 1905, de les séparer.

Mais ces réactions ne sont-elles pas seulement politiciennes ou épidermiques ?

N’est-il pas toujours utile de susciter la réflexion qui concerne l’évolution des sociétés ou des civilisations ?

Est-ce vraiment judicieux d’avoir distingué les préceptes divins des droits de l’Homme au point de les séparer ?

Ce débat ne souffre t-il pas, dès son apparition, d’une insuffisance de précision et d’un manque de lucidité ?

La loi sur la laïcité, promulguée il y a un siècle, assure la liberté des croyances par ” la séparation ” de l’Eglise et de l’Etat.

La République, fidèle à  ses valeurs, met, par cette ” séparation ” les religions sur un même pied d’égalité, ce qui est louable et n’a pas à  être modifié,

mais cette égalité pose aujourd’hui le problème de la pratique du culte de religions émergentes dans notre pays qui ne disposent naturellement pas d’églises et de cathédrales,

et, plus généralement, cette volonté de séparer montre aussi, sa méfiance envers les religions, qu’on peut justifier, notamment, par l’existence de guerres au nom de Dieu et par certaines pratiques religieuses, contraignantes ou oppressives, qui entravent les libertés jusqu’à  limiter les possibilités d’épanouissement de l’individu.

Et cette défiance va jusqu’à  interdire l’entrée de religieux dans les écoles publiques, en France, en dehors de départements d’Alsace/Lorraine, demeurés sous concordat, sans que, curieusement, les ténors de la laïcité du pays ne s’insurgent contre ce particularisme. Leur attitude conciliante ne révèle t-elle pas autant de tolérance que d’incertitudes ?

Cet interdit est-il vraiment fondé ?

Il contrarie déjà  le droit primordial de liberté.

La loi sur la laïcité a, en outre, généré deux sortes d’écoles, une comportant un enseignement de la foi assuré par des religieux et l’autre pas. Cette distinction présente un caractère discriminatoire ou sectaire que la loi sur la laïcité prétend implicitement combattre . Cette situation tend même à  dénigrer l’unicité et l’indivisibilité de la République par l’existence de deux éducations apparemment si distinctes qu’il a été jugé bon de les ” séparer “, ou de les distinguer idéologiquement.

Les paradoxes engendrés par cette loi proviennent déjà  d’une confusion entre religions et religieux fanatiques,

et sans doute aussi, au ressentiment des progressistes face à  l’Eglise qui a joué un rôle dominateur dans l’ancien Régime, mis à  bas avec la royauté, par la révolution,

et, plus profondément encore, ce ressentiment provient de l’époque dont la conjugaison , du développement du matérialisme, de la communication et de la liberté individuelle, a abouti à  un refus de l’autorité et à  un recul des valeurs spirituelles et morales incarnées pendant des siècles par la religion.

L’évolution actuelle nécessite d’être maîtrisée d’autant qu’elle s’accompagne d’un phénomène d’accélération sans précédent. Cette situation appelle à  la réflexion pour comprendre et tenter de redonner à  l’évolution, l’harmonie spirituelle qui lui échappe dangereusement et qui n’est plus en adéquation avec les transformations et aspirations matérielles.

Il est vrai que des religieux n’ont cessé de montrer de fâcheuses tendances à  mal appliquer, ou interpréter, les préceptes divins qu’ils représentent, car les messages prêtés aux dieux, en dehors des divinités antiques aux comportements proches des Humains,
n’ont pas pour objet de mettre en exergue les faiblesses humaines et d’autoriser certains à  disposer d’une suprématie matérielle quelconque, ou même d’en imposer une spirituelle.

Ils n’ont pas non plus pour objet d’inciter à  la haine, mais plutôt à  l’amour.

Même la soumission à  Dieu, par le respect des préceptes divins, ne saurait se confondre avec un état de soumission de l’Homme à  l’égard d’un autre, mais davantage comme une invitation à  un meilleur comportement mutuel ou au développement des valeurs morales individuelles respectueuses d’autrui.

Des religieux fanatiques ou ineptes sont parvenus à  occulter l’apport essentiel des religions et à  faire oublier que les textes sacrés sont écrits par des Hommes , que les religieux, chargés de les faire connaître ne sont que des Hommes, tout comme ne sont aussi que des Hommes, les dirigeants ou élus d’un pays qui promulguent ses lois ainsi que les personnes en charge de les faire respecter …

Cette évidence explique toutes les dérives et antinomies de religieux, comme ” Tu ne tueras pas ” et inviter à  devenir une bombe humaine, ou à  faire subir l’inquisition …

Ces défaillances humaines sont évidemment partagées par les non-religieux, telle l’apparition d’une nomenklatura privilégiée dans des sociétés aux prétentions égalitaires, tels les massacres perpétrés par des dictateurs, au nom d’intérêts personnels ou en vertu de grands principes ou doctrines, qui ne peuvent être, toujours, que perfides, néfastes et immoraux …

Ces défaillances humaines ont fait pousser , au sein de la Communauté humaine, un arbre monstrueux qui cache la forêt riche des semences essentielles à  sa bonne évolution.

Ces faiblesses humaines ont réussi à  mettre en doute la capacité des Hommes à  s’améliorer et à  occulter et que les textes essentiels, sacrés ou non, ont permis, et permettent, aux Humains de franchir les étapes de leur longue marche vers l’amélioration de leurs relations et considérations mutuelles, obtenues par des comportements mis en adéquation avec l’épanouissement de leur conscience.

Ce manque de réalisme conduit à  croire, ou à  faire croire, que la spiritualité religieuse fait entrave à  la liberté, ou aux valeurs d’égalité et de fraternité, pourtant chers à  tous.

N’est-il pourtant pas évident que c’est aux messages divins qu’on doit l’apparition des droits de l’Homme ?

Jésus n’est-il pas le révolutionnaire éminent, par son message d’amour fraternel ? Boudha n’invite t-il pas à  la sagesse et au respect ? Nos règles de justice ne s’inspirent-elles pas des Tables de la Loi ? …

Les égarements présents ou passés ne proviennent que des folies de sectaires qui dénigrent l’idéal recherché par les révolutions et les religions.

Les massacres, les oppressions au nom des dieux ou des révolutions, ont toujours pour origine des volontés hégémoniques et des fanatismes, tous aveugles et abjects, qui n’ont rien à  voir avec les messages divins ou ceux des véritables guides de l’Humanité.

Ils n’ont rien à  voir non plus avec la composante spirituelle de l’Homme qui se manifeste par son étrange et salutaire faculté d’améliorer son existence et de s’améliorer, grâce, notamment, au concept divin qu’elle a fait naître et évoluer.

En quoi consiste cette amélioration, qu’il convient déjà  de bien repérer, pour mieux y contribuer ?

Développer son bien-être, certes, mais aussi , et essentiellement, son mieux-être, sans quoi, l’individu, privé de sens des valeurs et des responsabilités, conduit à  une société fratricide et inconsciente, vouée au chaos.

La prime liberté de l’Homme réside dans sa faculté de bien ou mal se comporter, qui dépend incontestablement de la qualité de son éducation et, notamment, d’une bonne compréhension de l’Histoire de l’Humanité qui montre que les religions et philosophies ont pour objet essentiel et commun, cette amélioration, nécessaire à  la vie, et, aujourd’hui, à  la survie de l’Humanité.

Le terme ” transréalisme “, que j’ai proposé, en 1994, lors d’une exposition au château d’Homécourt, réunissant des Artistes censés témoigner des angoisses, obsessions et aspirations de l’époque, a justement pour objet de souligner ou de mieux réaliser :

  • que l’esprit qui habite le corps humain se caractérise par sa faculté et par son désir d’améliorer matériellement l’existence et de se parfaire,
  • que les avancées, à  travers les âges, ont développé, conjointement, connaissances et conscience,
  • que la science contribue à  l’épanouissement de la conscience, mais,que science, sans conscience, ne traduit aucunement la quête essentielle,
  • que c’est l’évolution de la conscience qui définit, et le sens, et la valeur, de l’existence, en développant la considération de soi, des autres et, aujourd’hui de la nature, mise justement en danger, par insuffisance de conscience,

- que cette évolution spirituelle est révélée par les grands Prophètes Philosophes et Artistes,

  • que les progrès se concrétisent notamment par un mieux-vivre ensemble, par l’approfondissement du sentiment que chacun est élément constituant de l’Humanité dont il contribue au destin,
  • qu’il est devenu crucial, à  notre époque aux bouleversements sans précédents, que le plus grand nombre s’ imprègne de ce réalisme, et s’y investisse avec confiance, car l’Histoire démontre que l’Homme est capable du pire, mais aussi, du meilleur, et qu’il n’est donc pas utopique d’avoir foi en l’Humanité.

Foi en l’Homme et foi en Dieu participent à  la même quête, même si elles semblent se distinguer par l’avant et l’après.

Que l’esprit qui nous habite se perpétue après son passage sur terre, ou disparaisse avec notre corps, n’enlève rien à  la réalité de son existence et à  celle de son pouvoir d’améliorer et de s’améliorer, qui détermine l’évolution.

Le ” paradis ” ne s’obtient t-il pas pour les athées, ou ne se mérite t-il pas pour les croyants, sur terre ?!

Ce simple constat montre que, quelles que soient leurs croyances , les hommes sont en quête d’un paradis terrestre, ce qui aurait dû et devrait mettre un terme aux futiles et dangereux antagonismes entre croyants ou non.

Il serait donc bénéfique, qu’au lieu de se défier, ils contribuent ensemble au bon développement spirituel de l’Humanité, avec lucidité sur les objectifs et avec sincérité sur les moyens, d’autant qu’il n’est aucunement certain.

En effet, si nous avons la faculté de nous améliorer et de nous parfaire, une prise en compte insuffisante de notre conscience peut laisser l’Humanité se dégénérer et disparaître.

Nous avons effectivement le choix de prendre le chemin du paradis ou de l’enfer.

Certains individus contemporains, dans notre pays notamment, ont tendance à  estimer qu’il ont tous les droits au point de défier ou de contester toute Autorité temporelle ou intemporelle ; il incombe donc qu’ils apprennent à  développer la pratique des devoirs, afin d’être capables de contribuer à  la bonne évolution de l’Humanité, et qu’en conséquence, ils s’imprègnent du savoir nécessaire,

car nul ne peut contester que si les choses et les êtres de l’univers se transforment, nos conceptions et comportements évoluent aussi, dans le sens que nous leur donnons, consciemment ou non, ou en fonction de nos adaptations face aux impondérables naturels et aux transformations que nous créons.

Chaque étape de l’évolution se manifeste, ou crée, des aspects positifs sur lesquels il faut s’appuyer et négatifs qu’il convient de juguler. On ne peut y parvenir que par un développement matériel et spirituel harmonieux.

C’est pourquoi il ne faut pas oublier que c’est le concept divin qui a donné naissance aux religions dont les préceptes nous ont éclairés sur notre pouvoir de choix entre le bien et le mal et de discernement de l’importance du respect dans nos relations .

C’est pourquoi les censeurs qui estiment dangereuses les religions au point de désirer les exclure de l’éducation, font preuve d’un sectarisme et d’un obscurantisme comparable aux raisons de leur jugement sur les pratiques religieuses.

Le concept laïque de tolérance aurait-il même pu émerger, sans les préceptes religieux qui l’ont précédé ?

Toute discrimination entre croyants et non-croyants présente un caractère rétrograde.

Elle alimente l’incompréhension et l’exclusion, et porte entrave à  ce qui donne sens à  l’Humanité, et valeur à  l’existence à  chacun qui consiste essentiellement à  contribuer à  la bonne évolution de l’Humanité : un meilleur bien-être, certes, mais, surtout, un mieux-être.

Certains s’insurgent que notre Président parle de religion et de civilisation et qu’il ferait mieux de s’occuper de questions importantes comme le pouvoir d’achat.

Peut-on sérieusement aspirer et prétendre à  plus de bien-être sans mieux-être ?

La réflexion sur l’essentiel est indispensable et implique de se remettre en question, par le simple fait que tout évolue et se transforme. Il semble que cette évidence échappe à  nombre de nos concitoyens attachés à  préserver des acquis.

Mais rien n’est jamais acquis ou immuable. Qui contribue à  nombre de ces transformations sur terre, qui a capacité de s’y adapter, qui a capacité de bien orienter l’évolution, sinon l’esprit humain ?

Ce qu’il convient de refuser, c’est l’esprit de chapelle, l’éducation sectaire et toute forme de dogmatisme et d’enlisement.

La loi sur la laïcité a pour intérêt d’éviter l’existence d’une religion d’état. Elle marque un véritable progrès qui, toutefois, ne signifie pas qu’elle interdise l’enseignement des religions, par des religieux, dans les établissements publics.

Le fait d’interdire l’accès des religieux à  l’Ecole, s’ils ne font pas de prosélytisme, ne saurait convenir à  une République humaniste, car cela contrarie non seulement son principe d’ouverture, mais favorise aussi l’apparition d’établissements confessionnels réservés à  une seule religion qui peuvent se prêter à  de redoutables tendances intégristes ou se considérer enfermées dans des ghettos. Et surtout, cela empêche de bien considérer l’apport spirituel des différentes religions, à  travers les âges.

Est-il si difficile d’imaginer une Ecole attachée à  ne pas s’enfermer dans des certitudes de l’utilité d’exclure et à  rechercher ce qui unit pour aller vers l’essentiel qui implique de n’occulter la connaissance d’aucune connaisssance, recherche ou réflexion spirituelle ?

Avec la mondialisation, n’est-il pas utile pour un occidental de connaître les philosophies et religions orientales ?

Si l’on veut vraiment éviter les guerres de religions, il ne faut pas favoriser la création d’écoles vouées à  une seule religion, comme il ne faut pas donner le sentiment que l’Ecole publique dénie l’apport des religions ou qu’elle manifeste le désir de supprimer l’Ecole privée. Ce dernier débat idéologique, dont j’ai eu personnellement à  souffrir en tant que dirigeant d’un établissement privé hors contrat, est aussi inepte que néfaste, car l’enseignement ne se distingue pas par son caractère privé ou public, laïque ou confessionnel, mais par sa qualité, par son aptitude à  bien éduquer.

La bonne éducation résulte des confrontations d’idées, dans le respect mutuel, propices à  l’esprit d’ouverture et de solidarité, et pas dans des confrontations de certitudes, propices au conservatisme et aux conflits.

La foi, comme toute certitude, peut rendre aveugle et conduire aux excès, mais ceux, religieux ou non, qui s’y enferment, trahissent aussi bien leur Dieu que l’aspiration à  l’idéal humain.

La seule évolution spirituelle souhaitable, qu’elle soit prônée au nom de Dieu ou de l’Homme, réside dans la culture du respect qui ne peut se passer du savoir et de la connaissance de nos différences et se manifeste dans la contribution de chacun à  transmettre un monde meilleur.

Il convient que le plus grand nombre, dont dépend, de plus en plus, le sort commun, accède à  la lucidité de s’inscrire sur le vecteur idéal ancestral de l’Humanité, que le terme” transréalisme ” se propose de mettre en évidence.

René HUYGHE de l’Académie Française a écrit que ” le tranréalisme était un terme qui méritait de se fixer, qu’il était un beau programme, nécessaire aujourd’hui “.

Je souhaite humblement qu’il serve de repère à  tous les esprits lucides et sincèrement soucieux du bien commun.

Le programme transréaliste ne repose pas sur une doctrine. Il invite à  s’inspirer de toutes les connaissances essentielles susceptibles d’épanouir l’individu, de développer sa sensibilité, son esprit d’ouverture, sa conscience de l’importance du respect et d’appartenance à  une société dont il influence le sort.

Cette initiative n’a d’autre but que de contribuer à  la lucidité, en soulignant l’utilité et la nécessité, pour chacun, appelé à  devenir poussière, de transmettre un meilleur aux générations suivantes.

C’est dans cette transmission que se réalise notre distinction et que notre existence trouve tout son sens. C’est dans cet idéal que l’Humanité trouve sa grandeur et sa pérennité.

Notre Président de la République ne trahit aucunement ses engagements de ruptures nécessaires et il est parfaitement dans sa fonction, en invitant à  la réflexion, qui n’est synonyme de confrontation néfaste que pour ceux dont les certitudes aveuglent dangereusement.

C’est si vrai qu’à  peine la réflexion évoquée, ils lui prêtent les pires intentions.

La laïcité a le mérite de respecter les croyances et implique que l’Etat ne doive en privilégier aucune.

Cela ne signifie aucunement que l’éducation doive se priver de leur apport spirituel déterminant pour tous, croyants ou non.

Pierre Gouverneur

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