On égorge pas un mouton : les propos de N. Sarkozy sont-ils racistes ?
Hier, Nicolas Sarkozy a eu un échange interpellant avec une jeune Lilloise musulmane, d’origine algérienne.
Peut-on répondre à la question posée dans le titre par l’affirmation qu’a faite alors Nicolas Sarkozy : “Je n’ai jamais été raciste” ?
Voyons les choses d’un peu plus près.
“Je suis le premier homme politique de droite à dire qu’il faut une immigration choisie. Mais je dis aussi une chose avec la plus grande force: personne n’est obligé d’habiter en France. Et quand on aime la France, on la respecte”
“On respecte ses règles, c’est-à -dire qu’on n’est pas polygame, on ne pratique pas l’excision sur ses filles, on n’égorge pas le mouton dans son appartement”
Une équivalence se met en place dans le discours de Nicolas Sarkozy entre habiter, aimer et respecter la France. Tout d’abord, j’aimerais remarquer qu’être républicain ou citoyen ne veut pas forcément dire aimer son pays, et certainement pas aimer tous les aspects de son pays. On prendra l’exemple du témoignage de Marc Bloch résistant (L’étrange défaite), faisant un procès impitoyable à la France d’entre-deux-guerres, et agissant avec une citoyenneté indiscutable (il meurt en criant : “Vive la France !” sous les balles nazies). Il faut s’opposer à l’amalgame entre aimer et respecter. Ce n’est pas la même chose.
Quel procès sous-tend le discours ? L’image se dessine des musulmans (mais en fait plus généralement des beurs, des banlieusards) qui, n’aimant pas la France et par là ne la respectant pas n’ont pas leur place dans ce pays. La phrase un peu vide de sens “personne n’est obligé d’habiter en France” résonne alors comme une menace d’expulsion. Nous reviendrons sur ce procès o๠nous avons beaucoup à redire.
L’aspect principal de la déclaration reste l’amalgame entre musulman n’aimant pas la France, et polygame, pratiquant l’excision et pratiquant sa religion dans des conditions hygiéniques déplorables. Objectivement pourtant, il y a peu à redire sur la phrase de Nicolas Sarkozy : bien sûr, nous sommes opposés à l’excision et la polygamie. Mais en-dessous apparaît autre chose : identifier les règles de la France et les trois propositions négatives qui suivent, c’est dessiner les contours d’une identité caricaturale : il y a bien plus de règles en France que ces trois-là .
Il y a tendance à la caricature. Qu’on ne réponde pas : il y a des filles excisées en France (début d’un débat creux : il y a des familles musulmanes qui n’excisent pas leurs filles), il y a des polygames, etc. Cette tendance à la caricature qui s’appuye sur des principes indiscutables est un des traits récurrents des propos de Nicolas Sarkozy. A-t-il conscience de la distorsion entre ces principes et la caricature à laquelle il les applique ? Pas forcément.
Quelle est la conséquence immédiate de ces propos, sans doute sincères, appuyés sur des convictions républicaines, mais volontairement, et selon nous à mauvais escient, provocateurs ?
La jeune femme répond :
“les propos que vous venez de tenir sur les moutons ce sont des propos racistes. Il y a des réglementations, il y a des abattoirs, on est civilisés. ”
“On est civilisés”. En quelques répliques, Nicolas Sarkozy n’a peut-être pas voulu “exciite[r] les pulsions racistes” comme le font d’après lui les pro-régularisations ; mais après avoir essayé de regagner à l’identité française la jeune femme d’origine algérienne (”Vous êtes une Française. A mes yeux, vous n’êtes pas une Algérienne, et je ne suis pas un Hongrois”), il a tout à fait réussi à la pousser vers un réflexe communautariste (”on…”) qui tend vers le mythe du choc des civilisations (”… est civilisés”).
“Quand on voit toutes ces bonnes consciences expliquer qu’il faut régulariser tout le monde, à l’arrivée, on excite les pulsions racistes.”
Il y a malheureusement beaucoup de manières d’exciter les pulsions racistes. Nous croyons que Nicolas Sarkozy nous en a montré une hier.























