Nicolas Sarkozy

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Société de la connaissance - La nouvelle frontière

Posté le 04/10/2006 par admin dans la catégorie Discours de Sarkozy, Enseignement

Convention pour la France d’après - Société de la connaissance : la nouvelle frontière - Paris – Maison de la Mutualité

Mes chers amis,

Face au processus de mondialisation qui caractérise et interpelle notre époque, léducation, la recherche, linnovation sont des préoccupations fondamentales. On dit delles quelles sont les clés de notre compétitivité et de notre croissance future. Jen suis naturellement convaincu.

Mais ce que je voudrais commencer par relever ce soir, cest que cest dabord lépanouissement des hommes et des femmes de ce pays qui justifie que nous fassions de léducation et de la connaissance des priorités absolues de notre projet et de notre action future.

Léducation, nous le savons, est linstrument privilégié de légalité des chances, de l’émancipation des individus et de la formation des citoyens.

Je crois que la connaissance est un rempart nécessaire contre lobscurantisme, les croyances fausses, les discours faciles. Elle nest pas seulement un enjeu économique et social. Elle est un enjeu démocratique. Cette connaissance doit être au service de lhumain. Elle nest pas un but en soi. Elle peut être profitable, mais elle ne doit pas être lesclave du profit. Elle doit être encadrée par des normes éthiques. Elle doit veiller à  rester pluridisciplinaire. Aux côtés de la formation et de la recherche scientifiques et techniques, les lettres, les arts, la philosophie, les sciences humaines doivent continuer à  éclairer les consciences, à  faire valoir ce qui est beau, à  déterminer ce qui est bon, à  préciser ce qui est juste. Cest une force historique de luniversité et de la recherche françaises que davoir excellé dans lensemble de ces disciplines.

Je crois à  lenseignement supérieur et à  la formation professionnelle comme des moyens de donner aux Français des emplois plus qualifiés, plus valorisants, moins pénibles et mieux rémunérés. Ce sont des leviers de promotion sociale, en même temps que d’amélioration du pouvoir d’achat sur le long terme.

Pour tous ceux qui nont pas pu faire détudes supérieures pendant leur jeunesse, je crois au droit et à  lespoir de les entreprendre à  30, 40 ou 50 ans. Créer une société de la deuxième chance est un projet juste, un projet enthousiasmant.

Je crois à  la recherche et à  linnovation pour améliorer notre vie quotidienne, inventer les produits qui concilieront le bien-être et la préservation de lenvironnement, permettre à  la médecine de franchir de nouvelles frontières.

Les espoirs sont réels de faire prochainement des découvertes majeures dans le traitement du cancer, des pathologies neurodégénératives, des maladies orphelines. Les Américains, les Britanniques, certains pays dEurope du Nord ont investi des sommes colossales dans la recherche biomédicale, qui leur permettent aujourdhui denvisager des perspectives prometteuses. Il faut que nous soyons prêts, nous aussi, à  exploiter ces avancées.

Ce nest pas au nom de la compétitivité de notre industrie pharmaceutique quil faut le faire, pas seulement en tout cas. Cest au nom du progrès de notre nation et du soulagement des familles. Parce que le cancer, la maladie dAlzheimer, la maladie de Parkinson sont des drames qui nous concernent tous.

Cela suppose des changements. Le mot ” biotechnologies ” ne figure même pas dans le projet du parti socialiste. Nous devons en faire une des priorités de notre effort de recherche. Les Etats-Unis leur consacrent la moitié du budget fédéral de la recherche. Le Royaume-Uni compte six fois plus de salariés que la France dans les entreprises de biotechnologie, dix fois plus de sociétés cotées. Il a eu neuf Prix Nobel de médecine depuis 1981, la France aucun.

Je crois enfin que les technologies de linformation et de la communication ont fait naître un ” sixième continent “, selon la forte expression de Jean-Claude Guillebaud, dont la particularité est dêtre ” hors-sol “, ” partout et nulle part à  la fois “. Cest un continent dopportunités et de risques, dont incontestablement nous navons pas encore pris la mesure. En permettant à  chacun de tout savoir, de nimporte quel endroit o๠il se trouve, Internet a créé un campus universel, une intelligence collective dune taille et dune vitesse inédites.

Mais Internet, cest aussi une information non triée, non vérifiée, non hiérarchisée qui circule. Le pire y côtoie le meilleur. Le patrimoine culturel de lhumanité y est accessible à  tous, mais la propriété intellectuelle y est trop souvent bafouée. Internet entretient et amplifie la mémoire des crimes contre lhumanité, mais il laisse aussi circuler les mensonges négationnistes et la haine antisémite. Internet diffuse linformation sans restriction, mais les atteintes à  la vie privée et à  lhonneur y sont faciles et durables.

En matière de T.I.C., la France et lEurope ne sont pas en déclin, mais elles sont en retard, très en retard.

En retard dabord sur léquipement. Malgré l’effort de rattrapage fait ces derniers mois, une trop grande partie de nos territoires reste à  lécart dune vraie couverture en téléphone mobile, wifi et haut débit. LEurope a libéralisé le secteur des télécommunications, mais elle na pas tenu les promesses du service universel obligatoire dont elle refuse dactualiser le contenu en fonction de lévolution des techniques. Laccès au téléphone mobile et au haut débit, demain au très haut débit, doit être reconnu comme une obligation de service public sur tout le territoire.

En retard sur les métiers et les filières. 50% de ceux qui travaillent dans le secteur des technologies de linformation et de la communication ont des qualifications qui nont pas de rapport avec ces techniques. Nous devons engager un effort important de formation en la matière, en nous appuyant sur une conférence annuelle des filières et des métiers de la société de l’information.

En retard sur le soutien et le financement de nos entreprises innovantes. Et pourtant, nous nen manquons pas. Ce potentiel de créativité et de compétence, nous courrons le risque de le laisser fuir à  létranger.

En retard enfin et surtout sur la compréhension des enjeux du développement des T.I.C. Au plus haut niveau de lEtat et de lEurope, nous manquons de capacités de réflexion et de réaction stratégiques sur les enjeux culturels, économiques, politiques et démocratiques du développement dInternet et des techniques qui lui sont associées. Nous restons sans réaction, ou avec des réactions inadaptées, devant la domination sans partage dInternet par les Américains. La question du rôle d’un moteur de recherche comme Google est, croyez-moi, plus importante que celle de savoir si je suis trop ou pas assez proche des Etats-Unis.

Ce ” sixième continent ” doit être un espace de liberté, de diffusion de linformation, de partage du savoir. Mais il doit être un continent civilisé. Je crois, vous le savez, que la politique a encore de grandes choses devant elle. Voilà  précisément une nouvelle frontière politique pour notre temps. Voilà  un domaine o๠lEtat et lEurope ont des impulsions à  donner, des initiatives à  encourager, des risques à  maîtriser. Voilà  un domaine o๠la vie démocratique peut rebondir : cest aux citoyens dinventer la société de linformation dans laquelle ils veulent vivre. Ce sont des enjeux sur lesquels les générations futures nous jugeront.

***

Lavènement de la société de la connaissance pose à  notre pays deux questions principales, qui ont évidemment des liens, mais qui ne sont pas tout à  fait les mêmes. La première porte sur la qualité et léquité de notre système de formation ; la seconde sur le dynamisme de notre système de recherche et dinnovation dans une compétition mondiale dintensité croissante.

Notre système denseignement supérieur donne-t-il à  nos jeunes toutes les chances, et des chances égales, de sinsérer dans la vie ? La réponse est non.

Notre université na certes pas démérité. Elle accueille presque deux fois plus détudiants quen 1980 avec des moyens à  peine supérieurs. Elle a un taux déchec beaucoup trop élevé, mais on lui interdit de sélectionner les étudiants et elle subit le contrecoup dun enseignement scolaire qui a réduit ses exigences. Elle dispense dexcellentes formations professionnalisantes et reste au meilleur niveau international pour lenseignement des mathématiques, de la physique, de la biologie, de la médecine. La France est ainsi à  égalité avec les Etats-Unis et la Russie au nombre de médailles Fields obtenues depuis 1982. Cest bien là  dailleurs ce qui est désolant : nous formons dexcellents scientifiques, mais nous les laissons partir à  létranger, à  Londres dans les back office de la City, aux Etats-Unis dans les laboratoires de recherche.

Quant à  nos grandes écoles, elles sont trop petites, insuffisamment portées sur la recherche, socialement monolithiques. Elles nen apportent pas moins une contribution décisive à  la formation des élites de ce pays. Elles sont dailleurs contre leur gré les instruments dune formidable hypocrisie : celle dun système éducatif à  deux vitesses qui permet aux enfants favorisés dobtenir rapidement un diplôme et un emploi tandis que dautres, moins chanceux ou moins informés, sont abandonnés à  leur sort dans des filières sans débouchés ou auxquelles ils nont pas été préparés.

Mais lorsque le chômage des jeunes atteint 25%, lorsque toute une jeunesse se sent fragile devant le monde du travail, lorsquon est obligé de multiplier les plans de formation, les contrats spéciaux, les dispositifs daccès à  lemploi pour des milliers de jeunes désÅ“uvrés, cest quon na visiblement pas donné au service public de lEducation nationale les moyens de remplir sa mission.

Bien sûr, il faut faire de luniversité une priorité budgétaire. Luniversité accueille 67% des étudiants, mais le budget par étudiant y est inférieur à  celui dun lycéen, près de trois fois plus faible que celui dun étudiant suisse ou américain. Cet effort budgétaire permettra daugmenter la rémunération des enseignants, de rénover les locaux, dacquérir du matériel de recherche, dencadrer les étudiants en difficulté. Je propose par conséquent que l’effort de la nation en faveur de l’enseignement supérieur augmente de 50% d’ici à  2012, soit une augmentation de 5 milliards d’euros.

Mais cet effort naura aucun effet sil continue dalimenter un système qui conduit 45% des étudiants à  léchec et tant de diplômés au chômage. Depuis 25 ans, la gauche mystifie le pays et ment à  la jeunesse en leur faisant croire que la démocratisation de lenseignement, cest un maximum de jeunes faisant des études le plus longtemps possible. Cest une faiblesse politique coupable, car il est plus facile de créer lillusion de la démocratisation en réduisant les exigences et en laissant des milliers détudiants sengouffrer dans des filières sans issue, que de veiller à  ce que chacun reçoive un enseignement de qualité, reconnu, lui permettant trouver un emploi.

Plutôt que dorienter les étudiants vers des filières qui correspondent à  leur aptitude et au besoin du monde du travail, notre système préfère sélectionner par léchec après l’entrée et jusqu’à  la sortie.

Car il n’y a que les naïfs ou les gens de mauvaise foi pour ne pas voir que la sélection est d’ores et déjà  une donnée de notre système. Cette sélection, elle s’opère aujourd’hui dans les conditions les plus iniques et les moins acceptables qui soient. Alors je pose la question à  tous ceux qui souhaitent que rien ne change dans ce domaine et qui confondent, sciemment ou non, l’égalité des chances qui intègre et promeut en pleine lumière avec l’égalitarisme, qui exclut dans l’opacité et le mensonge : comment peut-on tolérer une telle situation, qui devrait révolter tous ceux qui se disent soucieux de justice et qui proclament leur préoccupation pour l’avenir de notre jeunesse ?

Pour inverser cette tendance de fond, je crois dabord nécessaire de renforcer les exigences de lenseignement scolaire, parce que ce nest rendre service ni aux élèves, ni à  la société que denvoyer à  luniversité des étudiants qui nont pas les bases requises pour y suivre avec profit une formation supérieure.

Il faut ensuite créer un service public de lorientation, mieux informé, mieux connecté avec le monde du travail, plus personnalisé. Les élèves et les parents doivent disposer, établissement par établissement, dune information transparente sur les débouchés réels des filières de lenseignement supérieur et la qualité des enseignements. De leur côté, les universités doivent adresser à  chaque élève ayant manifesté un intérêt pour une inscription, un avis sur ses chances de réussite dans cette filière. Il est de notre responsabilité que les étudiants qui visent une insertion professionnelle dans des emplois qualifiés ne se fourvoient pas dans des filières dont ils méconnaîtraient les débouchés réels.

Un socle commun de formation devrait être défini dans chaque filière. Outre les matières propres à  la filière, il devrait comprendre des apprentissages fondamentaux, notamment dans le domaine des technologies de la communication et des langues vivantes. Une année ou un semestre propédeutique pourrait permettre aux étudiants les plus jeunes de compléter leur formation généraliste et de préciser leur choix dorientation.

Enfin, lEtat doit agir de manière responsable et mettre progressivement des limites au financement de filières sans débouchés qui entretiennent les étudiants dans lillusion et les condamnent à  un réveil brutal. Que des étudiants veuillent persister dans ces filières, cest après tout leur droit. Mais ce nest pas le rôle de la collectivité de le financer, encore moins de les y inciter.

Chaque bachelier doit avoir une place à  luniversité. Cest lobjet même du bac. Et cest lintérêt de notre pays. Il faut même que nous augmentions encore les capacités d’accueil de l’enseignement supérieur. Nous manquons détudiants dans les formations longues de lenseignement supérieur (37% dune classe dâge contre les deux tiers aux Etats-Unis, plus de 70% dans les pays scandinaves), comme dans les formations courtes et plus professionnalisantes. Mais il doit sagir de places o๠les chances de réussite et daccès à  lemploi sont réelles.

Jajoute qu’il y a une différence entre le fait de ne pas être en situation, quelles quen soient les raisons, de réussir telles ou telles études de son choix à  la sortie du lycée, et être condamné à  vie à  ne jamais y parvenir. Légalité des chances, ce nest pas donner à  tout le monde au même moment le droit déchouer dans une formation trop difficile. Cest donner à  chacun le droit dy réussir au moment o๠il est prêt.

C’est le rôle des passerelles, que nous devons développer.

C’est aussi et bien sûr le rôle de la formation professionnelle. Cest pourquoi je souhaite, qu’avec les partenaires sociaux, nous révisions en profondeur l’organisation de la formation professionnelle. Aujourdhui, elle bénéficie majoritairement à  ceux qui sont déjà  qualifiés et elle est notoirement insuffisante pour permettre à  ceux qui ne le sont pas dacquérir une qualification. Cest évidemment linverse qui devrait prévaloir. La création pour chaque Français dun compte épargne-formation individuel crédité, par exemple, dune durée de 20 années de formation, rechargeable au fur et à  mesure de la vie professionnelle, permettrait à  celui qui a cessé ses études à  18 ans dutiliser plus tard tout ou partie de son crédit restant (pas moins de huit années dans ce cas de figure) pour acquérir une formation universitaire ou professionnelle. Il serait alors rémunéré ou bénéficierait dun prêt.

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Mais la vraie marge damélioration de notre système denseignement supérieur, cest de libérer nos universités du carcan administratif, centralisé et inefficace qui pèse sur elles et qui les empêche de se transformer en établissements dexcellence universitaire offrant à  nos étudiants les formations dont ils ont besoin dans la société du savoir.

Nos universités ont peu de moyens, des locaux indignes, peu de campus.

Elles devraient être au centre du système de recherche, elles en sont à  la périphérie : dune part, parce quune bonne partie de lélite se dirige vers les grandes écoles, dautre part, parce que notre effort de recherche est pour lessentiel dirigé, piloté, structuré par nos grands organismes.

Lautonomie des universités est inscrite dans la loi depuis 1968, mais elle ne porte que sur une part très limitée de leurs moyens. Les universités ne sont libres ni de recruter leurs enseignants, ni de valoriser les plus méritants, ni de procéder à  des choix pédagogiques, ni de disposer de leur patrimoine, ni de diversifier leurs recettes.

Enfin, la gouvernance des universités est complexe et donc inefficace. Les présidents ont peu de pouvoir et leur mode délection les fragilise avant même le début de leur mandat. Les conseils dadministration sont pléthoriques, ils ont des missions trop diverses, les principaux financeurs n’ont droit qu’à  un strapontin, les personnalités extérieures sont rapidement dissuadées dy participer. Quant aux différentes composantes des universités, notamment les unités de formation et de recherche, elles conservent une forte marge daction, cultivant un certain irrédentisme qui n’est pas toujours un gage de cohérence et d’efficacité pour la stratégie d’ensemble des établissements.

Une première urgence est de rénover la gouvernance des universités. Le conseil dadministration des universités doit être plus resserré, il doit élire son président, et le mandat de celui-ci doit pouvoir être renouvelable afin dinscrire son action dans la durée et bénéficier dune certaine autorité. Les présidents duniversité doivent être mieux aidés dans leurs tâches de gestion.

Il faut ensuite permettre à  nos universités de se battre à  armes égales avec les grandes écoles et dans la compétition internationale, en donnant à  celles qui le souhaitent la possibilité de se doter dune stratégie détablissement. Cest une mesure juste pour les universités, qui méritent d’être aidées et encouragées à  produire le meilleur. Cest une mesure juste pour nos étudiants, qui ont le droit de bénéficier des meilleures formations. Cest nécessaire pour rapprocher le niveau global de nos universités des standards internationaux.

La loi devra donc créer un statut dautonomie réelle pour les universités volontaires. C’est d’ailleurs la tradition même des milieux universitaires. Celles-ci seront alors libres de créer ou de supprimer des postes ; elles pourront choisir leurs enseignants et leurs chercheurs permanents, parmi des candidats qualifiés à  léchelon national ; elles pourront les rémunérer comme elles le souhaitent et répartir plus souplement la charge denseignement entre les enseignants-chercheurs ; elles pourront gérer leur patrimoine immobilier pour augmenter leurs recettes ; elles pourront faire des choix pédagogiques, en lien avec leur environnement économique ; elles pourront se doter dune politique de recherche en gérant seules les unités de recherche actuellement partagées avec le CNRS ou les autres organismes nationaux ; elles pourront fusionner avec dautres universités ou organismes denseignement supérieur ; elles pourront investir dans la formation continue ; elles pourront se rapprocher de leurs homologues européennes et envisager des projets communs.

Naturellement, lEtat conservera la mission de déterminer les diplômes nationaux et dévaluer lensemble des universités. Au travers de sa politique de contractualisation, il veillera à  la cohérence et à  léquité du fonctionnement densemble du service public de lenseignement supérieur.

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Lallongement de la durée des études, lenjeu stratégique que représente la formation des jeunes pour la nation toute entière, font de la condition étudiante un métier à  part entière. Notre pays ne peut pas soffrir le luxe de rémunérer ses étudiants. Il doit à  tout le moins sengager dans un effort massif damélioration de la vie étudiante.

30% des étudiants bénéficient dune bourse. Il faut rendre leurs mécanismes dattribution plus rapides, plus simples, créer le dossier unique et dématérialisé. Pour répondre à  la demande dautonomie des jeunes des classes moyennes, il faut créer des bourses au mérite à  mesure que les études sallongent. Il faut valoriser et encourager le travail étudiant qui est une conquête respectable dautonomie en créant des emplois universitaires, par exemple dans les bibliothèques ou pour le tutorat des plus jeunes, en défiscalisant les revenus du travail étudiant et en ne tenant pas compte des revenus ainsi perçus dans le calcul des plafonds de ressources pour lattribution des bourses et des aides au logement.

Il faut investir dans le logement étudiant, en créant des résidences dans les grandes villes et en incitant les bailleurs à  louer leurs biens à  des étudiants. Sur le long terme, il faut surtout que nous nous dotions de campus universitaires avec des logements pour les étudiants et leurs familles, les enseignants, les chercheurs, des installations sportives, des bibliothèques ouvertes au moins six jours sur sept, comme cest le cas dans tous les grands pays du monde.

On dit que les campus sont à  lorigine de 40% de ce quun étudiant apprend ou produit pendant son passage à  luniversité. Cest dire limportance quil y a à  ce que nous rattrapions notre retard. Une exigence dautant plus grande que les campus sont indispensables pour attirer les meilleurs étudiants et les meilleurs chercheurs étrangers. A cet égard, laménagement du plateau de Saclay, qui concentre un potentiel académique, scientifique et technologique unique en Europe et peut-être même dans le monde, doit être une priorité et un chantier denvergure nationale. Ce potentiel doit être organisé et valorisé, ce qui implique de créer les conditions matérielles et immatérielles pour donner à  ce site l’identité, la visibilité et la convivialité qui lui font défaut. Ce doit être l’un des grands projets d’avenir du prochain quinquennat.

Les collectivités locales ont montré le dynamisme dont elles étaient capables pour améliorer rapidement la situation matérielle des collèges et des lycées. Je propose que nous réfléchissions à  lidée de donner aux régions la compétence de droit commun en matière damélioration de la condition étudiante. Cest une politique valorisante et attractive des talents. Parallèlement, les départements pourraient récupérer les lycées, ce qui améliorerait la cohérence des interventions des collectivités locales au niveau des établissements scolaires.

Il faut enfin permettre à  beaucoup plus détudiants de participer au programme Erasmus. A cet égard, il faut prévoir délargir le champ dattribution des bourses de mobilité aux enfants des classes moyennes.

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Le second enjeu de la société de la connaissance, cest de configurer notre système de recherche et notre potentiel dinnovation à  la mesure des défis que nous lancent la mondialisation et la compétition croissante entre les intelligences nationales.

Cest un fait que notre recherche va mal. Le poids et limpact de nos publications scientifiques se réduisent. Nous perdons du terrain dans le domaine des brevets, en particulier dans les secteurs stratégiques que sont les biotechnologies et les T.I.C. Nous subissons une hémorragie sans précédent de nos jeunes chercheurs : peut-être 15 à  20% chaque année, dont une majeure partie aux Etats-Unis.

Comment en serait-il autrement ? De 1995 à  2004, l’effort de recherche de notre pays sest réduit quand tous les autres pays développés ou émergents suivaient la trajectoire opposée.

A la réduction des moyens, sajoutent les conditions de travail réservées à  nos chercheurs : ” Un monde dindividus sous-payés, mal évalués, o๠lon est promu tard, même lorsque lon est brillant tôt, o๠le sous financement chronique des laboratoires dispute la vedette à  la rigidité de leur fonctionnement “, pour reprendre les formules utilisées par quatre de nos chercheurs les plus brillants dans leur appel Du Nerf de mars 2004. On serait dissuadé à  moins que ça.

Dailleurs, comment prétendre que nous accordons une grande importance à  léducation, à  lenseignement supérieur, à  la recherche et au savoir, alors que nous récompensons si mal ceux qui se consacrent à  ces activités ? Les salaires des professeurs duniversité et des chercheurs en France, leur environnement de travail, ne sont pas à  la hauteur dun pays qui veut faire de la connaissance sa nouvelle frontière. Et ils le sont encore moins si on les compare avec ceux de leurs homologues étrangers. La sécurité de lemploi ne compense rien en la matière, car à  ce niveau dexpertise, ce nest pas un problème.

A Bénabar qui disait récemment à  la télévision : ” Sarkozy, on voit bien quil est capable de créer une société o๠ceux qui ont envie de réussir pourront le faire. Mais ceux qui ont des difficultés, on ne voit pas ce quil peut faire pour eux “, je réponds très simplement, et je veux avoir ce débat avec les Français : ” la première chose quon peut et quon doit faire pour ceux qui ont des difficultés, cest de faire revenir en France tous les facteurs de richesse qui en sont partis “. Je ne mintéresse pas plus à  ceux qui sont à  Bruxelles avec leurs capitaux, quà  ceux qui sont à  Londres avec leur calculette, aux Etats-Unis avec leur cerveau, à  Shanghai avec leur soif dentreprendre. Je veux que tous ceux qui se sont expatriés pour réussir puissent revenir car nous avons besoin de tout le monde.

Je noppose pas les jeunes qui refusent les réformes en France aux jeunes qui partent tenter leur chance à  létranger. Ce sont les mêmes. Ils ont les mêmes ambitions, les mêmes attentes, les mêmes envies. Ils refusent seulement, soit en partant, soit en manifestant, de subir seuls le poids des ajustements dune société qui vit au-dessus de ses moyens depuis 25 ans.

Quand je vois que la fondation Bill et Melinda Gates dispose dun budget annuel de 3 milliards de dollars, autant que celui de lOMS et cinq fois celui de lUNESCO, quand je vois que le Wellcome Trust, une ancienne entreprise pharmaceutique devenue fondation britannique, distribue 800 millions deuros par an à  la recherche biomédicale, cest-à -dire presque un tiers de ce que la France consacre à  cette discipline, je me dis que cest un drame que la France ne sache pas garder ses investisseurs et encourager leur philanthropisme. Ce nest pas seulement une question de fiscalité. Je ne suis même pas sûr que ce soit la question prédominante. Cest une question de confiance dans lavenir du pays, de reconnaissance, de respect pour ceux qui ont pris des initiatives et qui ont eu des résultats.

Rétablir le pacte social, renouer les liens entre ceux qui ont beaucoup et ceux qui ont trop peu, cest agir dans les deux directions. Cest tendre la main vers ceux qui ont besoin quon les aide et cest le faire massivement. Cest aussi dire à  ceux qui financent leffort de solidarité ou qui créent nos richesses les plus précieuses que leur réussite est nécessaire, appréciée, respectée, reconnue.

***

Pour un responsable politique, la qualité de la recherche a ceci dembêtant quelle ne se décrète pas. Elle se construit sur la durée avec lespoir que les investissements consentis produiront des fruits sur le long terme. Il faut des années pour créer un bon système de recherche, quelques mois pour le dilapider.

Il nen reste pas moins quil existe un certain nombre de conditions sans lesquelles il est illusoire dattendre de grands bénéfices dun système de recherche.

Il faut en particulier une recherche fondamentale de qualité exceptionnelle. Dans un environnement économique o๠lessentiel de la rente est captée par celui qui trouve le premier, il ny a pas de recherche privée, et moins encore dinnovations, sil ny a pas en amont une recherche fondamentale de haut niveau.

Cessons d’ailleurs d’opposer la recherche fondamentale à  la recherche appliquée, la recherche publique à  la recherche privée. C’est une posture idéologique qui ne résiste pas à  l’analyse des faits. Toutes ces composantes de l’effort de recherche sont complémentaires et se confortent. Aucune ne peut espérer progresser sur l’affaiblissement de l’autre. Stanford et le MIT reçoivent des financements publics et des financements privés. Et le fait que ces deux établissements excellent dans la valorisation de la recherche ne les empêche aucunement de collectionner les Prix Nobel.

Comparée à  la structure des dépenses de recherche dans les autres pays de lOCDE, ce qui manque à  la recherche française, ce sont dabord des financements privés. Mais ceux-ci ne viennent pas sils ne sont pas attirés par une recherche fondamentale et académique denvergure. Depuis une dizaine dannées, nous avons perdu par exemple beaucoup de laboratoires de recherche dans le domaine pharmaceutique, qui ont préféré se rapprocher des pôles de recherche fondamentale créés aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Le nombre de chercheurs publics par habitant est élevé en France. Mais la qualité de leurs travaux est affaiblie par notre organisation. Notre recherche est dispersée : une bonne partie des étudiants est dans les grandes écoles, les enseignants dans les universités, les chercheurs dans les grands organismes. Or, en la matière plus quen dautres, il nest de richesse que dhommes. Labsence duniversités autonomes dotées dune identité forte, mêlant lenseignement et la recherche au plus niveau, facilitant la circulation des hommes et des idées, dissuadent beaucoup de nos esprits les plus brillants soit de sengager dans la recherche, soit de rester en France. La reconduction dannée en année des structures existantes prévaut sur la mise en concurrence des équipes, qui est pourtant la clé indispensable et admise par tous dun fonctionnement efficace dun système de recherche. Enfin, et pour les mêmes raisons, lEtat na pas réellement la possibilité de concentrer nos efforts de recherche sur des priorités nationales. Il affiche des intentions, les nanotechnologies, les biotechnologies, les T.I.C., mais en réalité il na guère de moyens de diriger les fonds publics en priorité sur ces secteurs car il est dabord tenu de financer des structures rigides. En 10 ans, la répartition des moyens et des effectifs entre les laboratoires scientifiques du CNRS na quasiment pas bougé. LAgence nationale de la recherche, qui vient dêtre créée et qui fonctionne sur le modèle dune agence de moyens, est à  cet égard un progrès. Mais elle ne dispose que de 6% du budget civil de la recherche publique et na pas de marges de manÅ“uvre sur laffectation des personnels.

Nos grands organismes de recherche ont rendu de grands services dans le passé et continuent de le faire. Mais cest un fait que leurs forces dhier sont devenues des faiblesses. ” Réformer nest pas annuler le passé “, cest lui permettre dévoluer pour continuer à  viser le meilleur.

A défaut de 2010, devenu inatteignable, il faut prévoir de porter notre effort de recherche et de développement à  3% du PIB dici 2012, soit 15 milliards deuros supplémentaires dont 4 pour la puissance publique. Mais là  encore ces moyens seront par construction toujours insuffisants, s’ils irriguent un système qui continue de pécher par ses faiblesses structurelles. Cest donc à  une véritable transformation de lorganisation de notre système de recherche quil faut désormais procéder.

Celle-ci doit reposer sur quatre piliers :

- la création de campus de recherche de niveau mondial autour de nos universités et de nos grandes écoles déjà  en pointe sur le sujet. Ces campus seraient les noyaux durs dun renouveau de la recherche fondamentale française, les artisans dun nouvel enthousiasme, des incubateurs de nouveaux talents, des pôles dattraction pour les chercheurs étrangers et les entreprises innovantes ;

- la transformation, au moins partielle, de nos grands organismes de recherche en agences de moyens, chargées de financer des projets sur des bases pluriannuelles en fonction de priorités nationales, et non pas des structures en fonction dorganigrammes hérités du passé ;

- la pratique de lévaluation, notamment internationale, qui est la seule manière de garantir la liberté indispensable à  la recherche tout en stimulant les équipes ;

- enfin la réforme de lemploi scientifique public. Non pas sa disparition, ni même sa limitation, parce quil est une force de notre recherche, mais un fonctionnement nettement amélioré : revalorisation des bourses et des salaires pour les post-doctorants et les jeunes chercheurs ; promotion au mérite ; titularisation et octroi de responsabilités, même jeune, quand on a fait ses preuves ; possibilité de le faire dans le cadre dun contrat stable et digne de jeune chercheur, dune durée de trois à  cinq ans, quand on doit encore les apporter. Il est dautant plus nécessaire de retenir nos jeunes quà  lhémorragie provoquée par le départ de trop de chercheurs à  létranger vont sajouter les départs à  la retraite.

Ces réformes structurelles sont au surplus indispensables si nous voulons que nos équipes participent à  cette Europe de la recherche quil faut impérativement mettre en place pour mutualiser nos moyens sur les projets les plus stratégiques.

Parallèlement, il faut améliorer la valorisation économique de notre recherche académique et fondamentale. O๠sont les Cisco, Yahoo !, Google, Microsoft… issus de nos établissements de pointe, de lEcole polytechnique, de lUniversité Pierre et Marie Curie ou du CNRS ?

Quant à  nos PME, elles doivent être davantage impliquées dans nos grands programmes de recherche. Il faut leur permettre de grandir plus vite, soit en augmentant significativement les seuils dapplication des dispositifs qui leur sont destinés, soit en suspendant à  titre expérimental les seuils pendant une durée de deux ans. Une partie des commandes publiques et des fonds publics de recherche devrait leur être attribuée en priorité.
Mes chers amis, notre université et notre recherche ont subi des chocs sans précédent au cours des dernières années : le conflit entre le monde de la recherche et le gouvernement en 2003 et 2004, le classement de luniversité Jiao Tong de Shanghai qui a provoqué la stupeur et la consternation dans les milieux universitaires, le refus du CPE par les jeunes. Tous ces événements ne sont pas seulement des crises, des souvenirs désagréables à  oublier, des révélateurs de contraintes qui nous forceraient à  changer.

Ils sont des occasions, des chances que nos universités et notre recherche ont su saisir pour nous convaincre de les aider à  relever le défi de la société de la connaissance. La France na jamais changé sous la contrainte. Elle a changé sous limpulsion dun nouvel espoir. Elle a changé quand elle percevait les contours de nouvelles perspectives. Elle a changé quand elle sest donnée des ambitions.

Si nous navons pas dambition pour notre système denseignement supérieur et de recherche, ne comptons pas sur les autres pour en avoir à  notre place.

Notre ambition est forte. Je veux la résumer en quatre points :

- donner à  chaque jeune une formation supérieure conduisant à  un emploi :
- augmenter le niveau général de qualification de la population parce que cest la chance de nos enfants et la clé de notre croissance future ;
- donner de lautonomie à  nos universités pour permettre à  celles qui le veulent de faire valoir leurs talents dans la compétition mondiale des systèmes denseignement et de recherche ;
- mettre notre système de recherche au plus haut niveau international.

Au travers de cette grande ambition, je le dis avec beaucoup de gravité, c’est tout simplement le destin de notre nation et de chacun d’entre nous qui est en jeu. C’est un défi immense dont dépendent le rang et le rayonnement de notre pays dans le monde, de même que notre capacité à  renouer avec une croissance forte et durable, donc à  préserver le niveau de bien-être et de civilisation que nous avons atteint. Je sais que la France et les Français ont les ressources et les talents pour le relever. Leur en donner les moyens sera, soyez en persuadés, un axe central de notre projet politique.

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