Pour la France du travail - Discours à Agen
Chers amis,
Je veux vous dire ma joie de vous retrouver ce soir dans cette région si riche dhistoire et de traditions, o๠le bonheur de vivre la toujours emporté sur les malheurs du temps, o๠lesprit de renoncement sest tant de fois brisé sur lindomptable caractère de la vieille Guyenne et de lantique Gascogne, o๠la fierté dêtre Français ne sest jamais démentie, o๠les rugbymen sont des héros.
En un temps o๠le sentiment dappartenance à la Nation seffrite, o๠la tentation du communautarisme menace denfermer chacun dans ses origines, sa religion et sa couleur de peau ; en un temps o๠la mémoire collective se rétrécit, o๠le patriotisme est dénigré, il est bon de rappeler combien cette région a compté dans la formation de notre unité nationale. Elle a été au cÅ“ur de toutes les grandes tragédies à travers lesquelles la France est devenue ce quelle est : de la guerre de Cent Ans aux guerres de religions, de la croisade des Albigeois à la Révolution française, du coup dEtat du 2 décembre à la Résistance antinazie !
Elle sest forgée une forte identité faite, à limage de la France elle-même, dune multitude dapports successifs qui se sont mélangés de siècle en siècle les uns aux autres.
Les habitants d’Aquitaine sont venus du Nord, de la Bretagne, de la Vendée, du Massif Central, mais aussi de lAngleterre, de lEspagne, de lItalie.
Travailleurs venus combler les vides des campagnes, cathares et protestants fuyant lintolérance religieuse, républicains espagnols pourchassés par les franquistes, antifascistes italiens persécutés par Mussolini, rapatriés dAlgérie qui avaient tout perdu, harkis avec lesquels la France fut si ingrate, tous trouvèrent ici une terre dasile o๠la passion de la liberté se conjuguait avec celle de la fraternité.
Cette région na pas donné à la France que le sang de ses enfants tombés dans toutes les guerres.
Sans les cadets de Gascogne je sais que notre histoire nationale n’aurait pas été la même.
Sans la protection que trouvèrent à Nérac auprès de Marguerite dAngoulême, de Jeanne dAlbret ou de la reine Margot tant desprits libres et dhumanistes, la culture française n’aurait pas été aussi libre.
Sans cette générosité, cet amour de la vie et cet esprit de tolérance qui sont les traits de caractère que cette région sest forgés dans les drames du passé, lidentité française ne serait pas aussi marquée. Et que dire de notre conscience nationale sans la grande figure dHenri IV qui domine ici toutes les autres, et que lEdit de Nantes a consacré comme le plus beau symbole de notre unité nationale ?
Oui votre région a trop vécu au rythme de lhistoire de France pour ne pas mesurer limportance de ce qui va se jouer dans quelques mois pour la France.
Jai reçu une lettre bien émouvante dune vieille dame de 87 ans qui mécrit de Marmande : ” Pour la première fois je mengage dans un parti politique. Tout devient si confus et désespérant pour lavenir. Mon mari a fait partie de la Résistance (…) Je lai aidé de mon mieux. Je me suis consacrée à laide des Espagnols chassés de leur pays par un tyran et si peu aidés par la République. Jai caché des personnes recherchées, jai aidé les réfugiés belges et ensuite ceux du mur de lAtlantique (…) “. Que veut-elle ? Simplement la reconnaissance pour les supplétifs indochinois et pour les harkis qui ont tout perdu pour aider la France. Elle a raison. Cette reconnaissance est un droit. Je me battrai pour ce droit.
Et une autre dame, qui a dû quitter sa maison et son village parce quelle navait plus les moyens dentretenir sa toiture, m’a écrit dAgen : ” Jai la nostalgie du temps o๠on parlait avec le cÅ“ur (…) dans ce monde bouleversé o๠nous vivons, mes peines et mes douleurs je les offre pour la réussite de la France “.
Cette dame parle d’un temps o๠souffrir pour la France était une noblesse. J’ai la nostalgie de cette noblesse lorsque j’entends siffler la Marseillaise.
Ces deux femmes sont les visages dune France qui na jamais rien demandé pour elle-même et qui a toujours vécu avec le sentiment quelle navait au fond que des devoirs. Elles sont les visages dune France qui a toujours placé au-dessus de tout le sens de leffort, et la fierté de ne devoir quà soi-même le peu que lon possédait.
Je sais qu’on ne fait pas une politique avec de la nostalgie. Il ny a rien de pire que de chercher à ressusciter un âge dor qui nexistera plus si tant est qu’il ait jamais vécu.
On sait o๠nous ont menés dans le passé lidéologie de la ” terre qui ne ment pas ” et lapologie des anciennes sociétés provinciales, étriquées, repliées sur elles-mêmes et dominées par les notables. Et létudiant de mai 68 qui navait jamais travaillé de sa vie ne rêvait en fait de retour à la terre que parce quil navait aucune idée de ce que le travail dagriculteur exigeait de peine et de sacrifice.
Il ne faut pas croire que la vie davant était plus facile. Elle était souvent plus cruelle. Mais les ouvriers qui ne connaissaient pas les congés payés et qui mouraient avant datteindre lâge de la retraite, les paysans que les cycles de la nature laissaient sans repos, les mères de famille qui sécorchaient les mains sur les lavoirs, les enfants quon envoyait à douze ans travailler à la ferme ou à lusine, étaient portés par lespérance que demain serait mieux quhier et que les fils vivraient plus heureux que les pères. Cette espérance avait un nom : elle sappelait le progrès. Le progrès et l’avenir sont deux idées dont les liens étaient indissociables.
A la Révolution Saint-Just avait proclamé que le bonheur était une idée neuve en Europe ! Le siècle des Lumières avait accouché dune foi nouvelle dans lavenir et dans le genre humain, qui se révéla longtemps plus forte que la misère, la guerre et linjustice.
Trente ans de crise économique, sociale, morale ont eu raison de cette foi. On ne peut plus croire au bonheur quand on a peur de tout, de lavenir, des autres, du voisin, de soi-même. Quand les parents craignent leurs enfants, quand les professeurs redoutent leurs élèves, quand les jeunes se méfient du monde des adultes, quand chacun est effrayé de voir dans la vieillesse la promesse de son déclin futur, quand l’homme devient plus violent que l’animal. Quant la société est aspirée par cette violence primitive, alors la France va mal.
Cest ce que ressent la vieille dame qui ne reconnaît plus le pays quelle a tant aimé.
Cest ce que pressentent trop de Français. Cest ce qui accable tous ceux qui dans le monde attendent de la France quelle incarne un idéal de progrès, de liberté et de fraternité.
Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas voir, pour ne pas entendre le mal-être des Français.
Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas voir, pour ne pas entendre la déception et la tristesse de tous les peuples qui ont besoin de la France pour continuer despérer dans la justice et dans la paix, et qui aujourd’hui sinquiètent de la voir hésiter.
La France doute.
Les symptômes de son mal ont pour noms : pauvreté, exclusion, précarité, insécurité… Ce mal est dans les têtes, il sappelle : angoisse, frustration, démoralisation, découragement, désespérance.
Ce mal est autour de nous.
Il se voit.
Il se voit sur les trottoirs de nos villes o๠sinstallent ceux qui nont plus de domicile. Il se voit dans les restaurants du cÅ“ur et les banques alimentaires o๠se précipitent ceux qui nont plus les moyens de se nourrir. Il se voit dans les commissions de surendettement, aux guichets du RMI, dans les centres médico-sociaux. Il se voit dans le désarroi d’une partie de la jeunesse.
Qui ne voit ce changement si révélateur ? Avant les pauvres étaient des vieux. Maintenant ce sont des jeunes qui sont venus s’additionner aux plus anciens.
Il y a une France, qui ne sen sort pas, qui vit la précarité au quotidien, qui ne peut pas faire de projets davenir.
Je veux madresser à cette France qui souffre dont tout le monde parle mais à laquelle pourtant on ne parle pas.
Je veux madresser à ce jeune titulaire dune licence qui enchaîne les stages et les petits boulots, à ce fils dimmigré qui malgré ses diplômes ne trouve pas à se faire embaucher, à ce débutant auquel on demande une expérience quil naura jamais si on ne lui donne pas sa première chance, à ce chômeur de 50 ans qui sait quil ne retrouvera pas d’emploi.
Je veux madresser à celui qui a quitté lécole sans aucune formation et qui nen peut plus de dépendre de ses parents parce quil na pas les moyens de se loger, à ce chômeur de longue durée qui vit des minima sociaux, qui se sent humilié de ne pas pouvoir gagner sa vie du fruit de son travail et qui a la rage au cÅ“ur de ne pas avoir les moyens de payer des vacances à ses enfants.
Je veux parler à tous ces malheureux, mais je veux dire que la souffrance et la dureté de la vie ne se limitent pas à eux.
Je veux parler d’une autre souffrance, bien réelle, qui ne doit pas être sous-estimée : celle de la France qui n’est pas dans la précarité, qui se lève tôt, qui travaille dur, qui se donne du mal pour nourrir sa famille et élever ses enfants, qui elle aussi je l’affirme est à la peine, et qui entend qu’on le sache et qu’on réponde à son appel.
Sur fond de chômage de masse, de mondialisation, defforts acharnés de productivité et de prélèvements sur le travail sans cesse accrus pour régler la facture toujours plus lourde de la fracture sociale, depuis 25 ans la vérité est qu’on demande à cette France qui travaille toujours plus de sacrifices.
Je veux madresser à cette France qui nen peut plus de faire des efforts et dont on ne parle que pour la culpabiliser.
En 25 ans le pouvoir dachat des salaires na en moyenne presque pas augmenté alors que le niveau de qualification na pas cessé de sélever ! Et tout le monde sait bien que la réalité est pire, et quen vingt cinq ans la France qui vit de son travail a subi une chute de son niveau de vie, quelle a plus de mal à joindre les deux bouts, plus de mal à se loger.
Pour habiter un logement de la même surface dans le même quartier les jeunes générations doivent travailler aujourdhui deux fois plus longtemps que leurs parents pour le louer et trois fois plus pour lacheter !
Je veux madresser à lhabitant de la commune rurale qui ne peut rien faire sans sa voiture car les transports en commun n’existent pas, à louvrier qui doit aller travailler à 20 kilomètres de chez lui et qui dépense un quart de son salaire en transport, qui regardent avec inquiétude la hausse du prix de lessence.
Je veux madresser au petit commerçant qui voit chuter la valeur de son fonds de commerce parce que les usines ferment et au paysan qui voit baisser le prix des terres agricoles parce que les cours seffondrent et qui sont saisis d’angoisse quand ils se demandent comment ils vont pouvoir sassurer une retraite décente.
Je veux madresser à cette mère de famille qui élève seule ses enfants en cumulant plusieurs emplois à temps partiel et qui malgré toute sa volonté ne sen sort pas.
Il y a en France 3 millions et demi de travailleurs qui gagnent moins que le SMIC et qui ne demandent pour la plupart quà travailler plus. Il y a en France plus de travailleurs pauvres que de RMIstes.
Il y a en France 1 million six cent mille parents qui élèvent seuls leurs enfants avec un seul salaire et qui sont confrontés à des problèmes quotidiens souvent insolubles.
Il y a en France un million de salariés qui sont obligés de jongler avec plusieurs employeurs en même temps pour gagner parfois à peine de quoi vivre.
Il y a une France qui voudrait travailler pour gagner sa vie et qui ne trouve pas de travail. Et il y a une France qui travaille de plus en plus dur et qui ne se sent pas payée de retour.
Mais je veux madresser aussi à ce salarié qui veut travailler plus pour gagner plus parce quil vient davoir un enfant et qui se heurte au mur des 35 heures.
Je veux madresser à ce cadre qui sert de variable dajustement dans la valse incessante des restructurations, dont le statut professionnel a tendance à se diluer dans les nouvelles formes dorganisation du travail, à cet ingénieur qui nest plus à labri du licenciement économique et qui a peur, sil venait à être au chômage, davoir à affronter le regard des autres, de sa famille, de ses enfants.
Mais je veux madresser aussi à ce jeune diplômé encore célibataire qui na peur de rien, qui travaille sans compter son temps, qui naspire quà travailler encore plus et à prendre davantage de responsabilités et qui a le sentiment que tout est fait pour lempêcher davancer, à cet entrepreneur qui a créé sa petite entreprise et quon écarte systématiquement des appels doffre parce quil na pas de référence et quon ne lui donne jamais loccasion de faire ses preuves.
Je veux madresser à ce fonctionnaire qui vit mal la paupérisation de lEtat et la dégradation de son statut social et qui sait que malgré ses efforts, il ne sera pas récompensé puisque tout le monde s’en moque.
Toutes ces France en vérité nen forment quune. En chacun dentre nous, dans chacune de nos familles, à différents moments de notre vie, dans nos aspirations contradictoires, nous appartenons à la France qui perd et à celle qui gagne, à la France qui travaille beaucoup et à celle qui ne travaille pas assez. A celle des propriétaires et à celle des travailleurs. Nos destins, nos souffrances, nos réussites sont entremêlés.
Quand, au cours des dix dernières années, pas loin dun Français sur trois a connu le chômage, quand au cours des deux dernières années un ménage sur quatre en âge de travailler a fait au moins une fois lexpérience du chômage, plus personne ne se sent à labri. Même le fonctionnaire qui a peur pour ses enfants.
Quand la France qui travaille va mal, la France du chômage et de lexclusion senfonce un peu plus. Quand la France du chômage et de lexclusion sétend, la France du travail paye plus de charges et se sent davantage hantée par la peur dêtre touchée à son tour. Quand louvrier sinquiète de la délocalisation des usines, les salariés du tertiaire savent bien que ladministration, la conception, la recherche et les services aux entreprises finiront par suivre. Et quand la rémunération du travail seffondre pendant que la rémunération de la propriété explose cest une forme deuthanasie sociale qui se met en route dans laquelle la propriété finira par tout perdre.
A langoisse de lexclusion qui étreint la classe populaire répond langoisse du déclassement qui hante la classe moyenne.
La fracture sociale sest transformée en désintégration sociale.
Comment sétonner que toute la société se raidisse, que chacun soit tenté de se replier sur lui-même ? Comment sétonner que les solidarités ethniques et religieuses sengouffrent dans le vide laissé par le délitement du lien social ?
Comment sétonner que ce qui peut apparaître comme l’échec de lidéal républicain ouvre la voie à des valeurs qui sont tout le contraire des valeurs de la République ?
Comment sétonner de ce front du refus qui unit désormais les classes moyennes aux classes populaires ? Cest lexpression, de la part dun nombre de plus en plus grand de Français, dune liberté dont ils ont le sentiment quelle ne peut plus se manifester quen disant ” non “.
Comment sétonner que tant de jeunes soient tentés par l’expatriation ou rêvent à haute voix de devenir fonctionnaires ? Cest lexpression de langoisse dune jeunesse qui ne demande quà espérer et qui a le sentiment quon lui vole son avenir.
Il faut dire que depuis 25 ans tout est fait pour déprécier leffort, pour dénigrer le mérite.
Depuis 25 ans, une gauche qui na plus rien à voir avec celle de Jaurès et de Blum qui connaissait la valeur du travail, et une droite qui a fini par avoir honte de ne pas être la gauche, dévaluent économiquement et moralement le travail.
Depuis 25 ans on met en accusation la France qui travaille, on veut la culpabiliser, la rendre responsable de la pauvreté, de lexclusion, du chômage.
On sobstine à opposer les inclus aux exclus, ceux qui ont un emploi à ceux qui sont au chômage, ceux qui sont protégés par un statut à ceux qui vivent dans linsécurité du travail. On oppose lancienne économie à la nouvelle, on oppose le territoire au territoire, le quartier au quartier, le citoyen au citoyen.
Au fond, depuis 25 ans, on fait une politique qui se résume tout entière à prendre aux uns pour donner aux autres, à pénaliser les uns pour favoriser les autres, à déshabiller Pierre pour habiller Paul.
On ponctionne les classes moyennes soi-disant pour aider les pauvres.
On freine les salaires soi-disant pour aider les chômeurs à retrouver un emploi.
On invente les 35 heures soi-disant pour partager le travail plus équitablement.
On taxe le travail soi-disant parce que cest plus juste que de taxer la consommation.
On incite les vieux à sortir du marché du travail soi-disant pour favoriser lemploi des jeunes.
On crée des ZEP soi-disant pour réduire les inégalités.
On met en Å“uvre des politiques de monnaie forte et de surévaluation du change qui profitent à la rente et pénalisent lactivité, au motif de la protection du pouvoir dachat.
Depuis 25 ans on se contente de gérer le sous emploi et dessayer à grands frais de rendre supportables des inégalités quon a renoncé à combattre.
On s’enferme dans la logique exclusive du traitement social du chômage, de lemploi aidé et de lassistance.
On se contente daccompagner les conséquences sans chercher à agir sur les causes.
Depuis 25 ans on décourage les Français qui travaillent sans améliorer le sort des autres.
Et au bout du compte : toujours plus de pauvres, toujours plus de chômeurs, toujours plus dexclus, toujours plus de déficits, toujours moins de pouvoir dachat et des inégalités face à lécole et à lemploi qui nont jamais été aussi fortes !
Les socialistes proposent de continuer.
Je propose darrêter !
Ils proposent de changer lindice des prix.
Je propose de changer de politique !
Le mal français ne vient pas de notre histoire, qui est celle dune grande nation dont nous avons tout lieu dêtre fiers.
Il ne vient pas de notre culture qui est celle de la liberté de lesprit et de la diversité des identités.
Il ne vient pas de nos valeurs de liberté, dégalité et de fraternité qui sont celles de la dignité humaine.
Il ne vient pas de lélitisme républicain dont nous payons en vérité laffaiblissement. Les soixante-huitards de gauche qui ont confondu la démocratisation avec la baisse du niveau des examens portent une responsabilité considérable dans la panne de lascenseur social. Il faut dire que ce sont les mêmes qui jadis voulaient supprimer les notes pour ne pas traumatiser les mauvais élèves ! On n’a jamais rien inventé de plus sot.
Au fil du temps nous avons dénaturé la République en lenfermant dans légalitarisme, le nivellement et l’assistanat.
Je refuse ces valeurs.
Je vous propose de construire ensemble une France nouvelle qui redonne vie aux vraies valeurs, celles du mérite, de l’effort, du travail, de la récompense, du respect, de l’autorité, et pourquoi pas le dire de la fermeté.
Nous avons réduit la nation à nêtre plus que le cadre de la redistribution.
Je vous propose den refaire une communauté de destin et lexpression dune ambition et dune fierté collectives qui tire chacun vers le haut et qui tourne le dos au misérabilisme.
Je vous propose de construire ensemble une société qui donne à chacun les moyens dêtre libre, de gagner sa vie par son travail, de se faire sa place dans la société, de réaliser ses aspirations, de vivre debout, dignement, du fruit de son activité.
Je propose de construire une société dégalité qui donne à chacun ce qui lui est nécessaire pour développer ses talents et vivre son rêve.
Je propose de rétablir légalité devant limpôt en laissant à celui qui a travaillé dur le produit de son travail.
Je propose de rétablir légalité devant le service public, devant lécole, devant la santé, en ramenant l’Etat dans les quartiers que cela plaise ou non aux bandes et aux voyous.
Je propose de rétablir légalité des devoirs et des droits en mettant sous tutelle les allocations familiales de celui qui laisse son enfant pratiquer l’absentéisme scolaire.
Je propose de rétablir légalité devant la loi en supprimant l’amnistie et en transférant à une instance collégiale le droit de grâce.
Je propose de construire une société fraternelle. La fraternité ce nest pas la charité.
La fraternité cest la France qui travaille solidaire de la France des chômeurs qui ne demandent quà travailler, cest la France bien portante solidaire de la France des malades, des handicapés, des personnes âgées.
La fraternité cest la compréhension et le respect.
L’heure est venue de savoir ce que nous voulons collectivement
L’alternative est simple.
Ou bien nous ne changeons rien et nous continuons, ou bien nous changeons tout dans notre façon de concevoir la politique et nous construisons réellement une France nouvelle.
Ou bien nous voulons véritablement refaire une société, refaire une communauté de destin, refaire une Nation, bref, construire l’avenir, ou bien nous nous contentons daccompagner la désintégration sociale.
Si nous voulons véritablement construire une ambition collective pour relever le grand défi de la mondialisation, si nous ne voulons pas nous contenter de gérer le déclin économique et politique dune France écartelée par les conflits dintérêts et paralysée par les peurs. Alors, il nous faut changer nos méthodes et nos priorités.
Et le premier des impératifs, c’est de donner la priorité au travail parce que cest le travail qui crée le travail. Comme c’est la richesse qui crée la richesse.
Ce nest pas parce que lon fait moins travailler les uns quil y a davantage demplois pour les autres. Cest tout le contraire !
Ce nest pas parce que les vieux ne travaillent pas que les jeunes ont du travail. Cest tout le contraire !
La réhabilitation du travail, elle passe dabord par une certaine morale.
La politique pour les socialistes cest faire la morale à tout le monde.
Moi je veux faire une politique respectueuse de la morale !
Ladolescent voit limpunité du petit trafiquant, le petit trafiquant voit la fortune du patron voyou et linfortune de son père qui travaille à la chaîne. Le chômeur finit par se demander pourquoi il reprendrait un emploi qui lui rapportera moins que le RMI. Louvrier nen peut plus des parachutes en or et des retraites chapeau et y perd l’envie de se dévouer à une entreprise.
Je veux dire à celui qui travaille dur pour gagner sa vie et qui est démoralisé de voir que lassistance paye mieux que le travail, que je veux construire avec lui une société o๠il ny aura plus dassistance sans contrepartie, o๠il sera demandé à celui qui vit avec les minima sociaux daccomplir un travail dutilité sociale. C’est cela aussi la solidarité. Elle n’est pas à sens unique. Dans les valeurs que je porte, on ne peut réclamer des droits sans être prêt à assumer des devoirs.
Je veux dire au salarié qui a économisé sou à sou pour acheter la voiture dont il a besoin pour aller travailler et qui est écÅ“uré de découvrir au petit matin quelle a été brûlée pour se distraire par des individus désÅ“uvrés, que je veux construire avec lui une société o๠lon ne cherchera plus des excuses aux voyous, qu’ils seront punis, parce que dans mes valeurs, la victime compte davantage que le délinquant.
Je veux dire à louvrier qui se demande ce quil va bien pouvoir dire à ses enfants pour les convaincre de travailler à lécole quand il lit dans le journal quun adolescent de 14 ans gagne 700 € par semaine en faisant le guet pour les revendeurs de drogue du quartier, que je veux construire avec lui une société qui pratiquera le principe de la tolérance zéro avec tous les trafiquants.
Je veux dire au petit patron qui paye toutes ses charges et qui nen peut plus de la concurrence déloyale que je veux construire avec lui une société o๠il ny aura plus aucune indulgence ni aucune tolérance pour le travail au noir et pour la contrefaçon.
Je veux dire au patron voyou qui déménage son usine la nuit, ou qui vide la caisse pour navoir à payer ni les salaires ni les indemnités de licenciement que pour lui ce sera la tolérance double zéro. Quand on a plus de chances dans la vie on a également plus de devoirs.
Je veux dire au grand patron qui gagne beaucoup dargent quil est sain de gagner de largent quand on la mérité parce quon a contribué à créer beaucoup demplois et beaucoup de valeur. Mais je veux lui dire aussi que loutrance en la matière est une insulte à tous ceux qui travaillent dur pour gagner péniblement leur vie.
Je veux dire à ce grand patron dont la gestion est un échec et qui négocie une prime déviction en forme de parachute en or quil est légitime que la réussite paye mais quil est scandaleux que léchec enrichisse et que son parachute en or nest rien dautre quune forme dabus de bien social.
La moindre des choses cest que les dirigeants des grands groupes cotés assument leur rémunération devant leurs salariés, leurs actionnaires, et que, par conséquent la rémunération de chaque dirigeant ne soit pas secrètement fixée dans le huis-clos du conseil dadministration mais publiquement approuvée pour chacun dentre eux par lassemblée générale des actionnaires, et bien sûr publiée nominativement dans le rapport annuel. Je propose quil en soit de même pour toutes les primes exceptionnelles, les parachutes et les retraites chapeau.
Je comprends que les stocks options soient considérées comme un bon instrument de motivation. Mais ce qui est bon pour les uns doit être bon pour tous.
Je propose donc quaucun programme de stocks options ne puisse être réservé aux seuls dirigeants mais quil soit étendu à tous les salariés de lentreprise de sorte que chacun soit partie prenante au succès de tous.
Revaloriser le travail cest faire en sorte que le revenu dépende davantage de lactivité, quil soit plus en rapport avec le travail. Mais cest aussi – je le dis avec force - faire en sorte que le travail paye. Il faut briser la spirale suicidaire du revenu de la propriété qui explose et de la rémunération du travail qui seffondre.
Les socialistes proposent la généralisation des 35 heures.
Je propose laugmentation du pouvoir dachat !
Voici le véritable clivage de la prochaine élection présidentielle. Je ne veux pas d’une réduction obligatoire et uniforme du temps de travail. Je veux que tous ceux, dans le public comme dans le privé, qui veulent travailler plus pour gagner plus puissent le faire.
A louvrier dAlstom, à linfirmière, à linstituteur qui sont fiers de leurs métiers mais pas de leurs salaires, à tous ceux qui travaillent dur, qui se donnent du mal, qui depuis 25 ans subissent laustérité salariale, à tous ceux, cadres, professions intermédiaires, ouvriers qualifiés dont la charge de travail sest alourdie sans compensation salariale, je propose de rendre du pouvoir dachat. Plus de pouvoir dachat cest plus de motivation, plus de productivité, plus de consommation, et au bout du compte plus de travail et plus demplois.
Les socialistes veulent construire le progrès social contre léconomie.
Je veux construire le progrès social grâce à léconomie !
Ils disent : augmentons le SMIC, lentreprise paiera !
Mais si elle ne peut pas payer, elle licenciera ou elle ira produire ailleurs ou elle se rattrapera sur tous les autres salaires.
Ils disent : faisons payer le capital ! Mais si le capital paye trop, il sen ira.
Je propose laugmentation des salaires nets et la diminution des charges qui pénalisent le travail. Je veux tout mettre sur la table sans tabou : limpôt sur le revenu, la taxe professionnelle, la taxe sur les salaires, les charges sociales. Comment pourrait-on espérer revaloriser le travail si en le surtaxant on pousse les entreprises à léconomiser et à freiner les salaires ? Et comment peut-on sérieusement proclamer quon veut donner la priorité à lemploi si lon taxe lentreprise sur le nombre des salariés quelle emploie et sur les salaires quelle leur verse plutôt que sur quelle produit et sur ce quelle vend ? Quelle logique y a t- il à ce que le consommateur contribue à financer sa sécurité sociale quand il achète un produit français et pas quand il achète un produit étranger ? Comment atténuer cette contradiction qui pousse le salarié en manque de pouvoir dachat à détruire son emploi et sa protection sociale en achetant les produits bon marché des pays à bas salaires ? Comment enrichir le contenu en emploi de la croissance sans détruire la compétitivité des activités à forte valeur ajoutée ? Comment financer la protection sociale sans faire fuir ni les capitaux ni le travail ? Je veux que nous examinions toutes les pistes sans tabous. Allez donc demander à lindustriel, à louvrier du textile, à lagriculteur s’ils pensent que ce n’est pas une bonne idée de faire contribuer les importations au financement de la protection sociale et den exonérer les exportations ! Je propose que loption de la TVA sociale soit étudiée, débattue, sans a priori idéologique et au-delà des cénacles o๠se forge habituellement cette pensée unique dans laquelle nous sommes englués .
Je propose que toutes les heures supplémentaires soient totalement exonérées dimpôts et de charges sociales. Aujourd’hui on décourage le travail supplémentaire, je veux le décupler.
Je propose que chacun puisse transmettre à ses enfants sans aucun droit de succession le patrimoine constitué tout au long dune vie de travail. Ce n’est pas un crime d’avoir un patrimoine et de vouloir le transmettre à ses enfants.
Je propose la participation, lintéressement et les stocks options pour tous, car la détention du capital ce doit être d’affaire de tous les salariés !
Pour tous ceux qui gagnent souvent moins que le SMIC et à tous ceux pour lesquels larrivée dun enfant représente une baisse sensible du niveau de vie, je propose une forte revalorisation des allocations familiales dès le premier enfant. C’est un investissement pour l’avenir que de permettre aux familles de mieux vivre. Et c’est le pouvoir d’achat qui soutiendra la croissance française.
Au fonctionnaire auquel on demande des gains de productivité pour assainir les finances publiques je propose le partage systématique des gains de productivité et une part de rémunération au mérite.
Au patron de PME qui à la moindre difficulté risque dêtre lâché par son banquier ou mis en faillite par lURSSAF, je propose comme aux Etats-Unis une politique de discrimination positive en faveur des PME, en leur réservant des parts dans la commande publique.
Les socialistes proposent de partager lemploi.
Je propose de libérer le travail !
Voici le deuxième clivage de la prochaine présidentielle.
Au chef dentreprise qui hésite à embaucher parce quil a peur de ne pas pouvoir licencier et qui se perd entre les quelque 36 formules de contrats de travail possibles, je propose un contrat unique à durée indéterminée, plus souple, avec une consolidation des droits du salarié au cours du temps. Au salarié qui a peur de la précarité je propose de créer une sécurité sociale professionnelle pour sécuriser l’ensemble de son parcours professionnel plutôt que seulement son emploi du moment. Je lui propose la liberté du choix syndical en mettant fin au monopole de la représentativité fondé sur un critère historique qui na plus lieu dêtre.
A celui qui veut changer de métier je propose le droit à la formation tout au long de la vie.
A la femme qui a du mal à concilier sa vie familiale et sa vie professionnelle, je propose un investissement massif dans le développement et la diversification des modes de garde, ainsi qu’une journée scolaire qui se termine par des études surveillées qui permettront de ne pas laisser les enfants livrés à eux-mêmes, qui garantiront que les devoirs seront faits, qui offriront aux enseignants qui le souhaiteront la possibilité daugmenter leur pouvoir dachat.
Les socialistes veulent la réduction du temps de travail pour tous comme projet de société !
Je veux aider chacun à construire son projet de vie grâce au temps choisi !
Je veux la liberté du choix vis-à -vis du travail. Je veux que chacun soit libre de rester aux 35 heures ou den sortir. Et cela vaut pour les salariés de la fonction publique comme pour ceux du secteur privé.
A celui qui vient davoir un enfant et qui a besoin de gagner plus je propose la liberté de travailler plus. A celui qui souhaite avoir davantage de temps je propose la liberté de travailler moins. A celui qui préfère travailler le dimanche je propose la liberté de le faire. Je veux que chacun soit libre de choisir son rythme de travail en fonction de ses besoins et de ses aspirations et dorganiser sa vie comme il le souhaite. Et à celui qui est contre la grève obligatoire imposée par une minorité je propose la démocratie par lorganisation obligatoire dun vote à bulletin secret dans les 8 jours qui suivront tout déclenchement de mouvement social.
Les socialistes veulent lassistance pour tous.
Je veux que l’on reconnaisse l’utilité sociale de chacun !
Aux Français qui sont happés par le chômage et par la pauvreté et qui ne sont plus capables de sen sortir tout seuls, à ceux que les services sociaux passent plus de temps à chercher de quel dispositif ils relèvent quà les aider à retrouver leur place dans la société, je propose de concentrer tous les efforts sur les parcours dinsertion et de donner la priorité au traitement des familles et des individus plutôt que de se reposer entièrement sur le traitement global des territoires et des quartiers.
Je propose une aide dans léducation des enfants dès le plus jeune âge qui est le plus décisif. Je propose que les enfants lorsquils sont doués pour les études bénéficient de bourses plus substantielles et puissent être accueillis dans des internats dexcellence.
Dans les quartiers o๠saccumulent tous les problèmes de lexclusion et du chômage, je propose de créer des classes de 15 élèves dans les collèges et les lycées. Aux familles qui sont tentées de déménager pour pouvoir inscrire leurs enfant dans des établissements scolaires qui obtiennent de meilleurs résultats je propose dassouplir la carte scolaire parce que cest une meilleure façon de lutter contre la ségrégation urbaine que de créer autoritairement des enclaves de pauvres au milieu des enclaves de riches.
A celui qui veut se donner du mal pour sortir de lassistance, à celui qui veut se donner du mal pour sortir du chômage, je propose quon laide à trouver un emploi parce que cette aide sera toujours moins coûteuse que le chômage.
Les socialistes lui proposent la survie sociale par lallocation. Je lui propose la dignité par le travail !
Je lui dis : ” Tu veux trouver du travail ? On taccompagnera. Tu es prêt à prendre un emploi loin de son domicile ? Tu bénéficieras dune prise en charge de tes frais de transport. Tu veux devenir entrepreneur ? Tu pourras aller dans une école de projets et tu pourras bénéficier dune aide aux chômeurs créateurs dentreprise. Tu as quitté lécole sans aucune qualification et tu veux ten sortir ? Tu pourras aller dans une école de la deuxième chance. Tu nas pas ton bac et tu veux reprendre tes études ? Tu disposeras dun crédit formation tout au long de ta vie et tu trouveras dans toutes les disciplines des passerelles sur le modèle de la capacité en droit qui permet daccéder à luniversité sans le bac. Tu veux créer ton propre emploi ? Tu auras accès au micro-crédit. ”
Mais je lui dis aussi : “La société ne pourra rien pour toi si tu n’es pas décidé au préalable à produire le minimum d’efforts pour t’en sortir par toi-même. LEtat ne peut rien pour toi si tu ne veux rien pour toi ! ”
Et à ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans queux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de lhistoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et quà leurs yeux elle naurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à sintégrer par leffort et par le travail, ceux qui naiment pas la France, ceux qui exigent tout delle sans rien vouloir lui donner je leur dis quils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national.
Nous avons une dette que nous navons pas réglée envers ceux qui, ayant versé leur sang pour la France, ont été chassés de leur pays et ont tout perdu. A tous les autres nous ne devons que ce que nous devons à tout citoyen : légalité des devoirs et des droits.
Mais nous ne parviendrons à faire tout ceci que si le chômage de masse cesse de tirer toute la société vers le bas ?
Un chômage faible nélimine pas automatiquement la pauvreté et lexclusion mais il donne les moyens de les combattre et il ouvre une issue. Comment espérer insérer quand lemploi manque ? Comment espérer que lentreprise fasse un effort de rémunération, de formation, de promotion et quelle se laisse moins aller à la discrimination quand elle na que lembarras du choix pour embaucher ? Comment redonner au travailleur un pouvoir de négociation et des perspectives davenir ? Comment, sinon par le plein emploi qui corrige naturellement le rapport de force entre lemployeur et lemployé, entre le capital et le travail, entre lactionnaire et le salarié ? Comment réduire les déficits publics et les prélèvements ? Comment ralentir limmense pompe aspirante de la redistribution ? Comment faire, sinon par le plein emploi ?
On a tout essayé disait Mitterrand !
Eh bien non, contre le chômage on na pas tout essayé ! Nous avons obtenu des premiers résultats mais il faut aller plus loin.
La France nest pas condamnée au déclin ! Elle ne doit pas être à la remorque du monde.
Le mal français ne vient pas des Français qui ne sont ni frileux, ni conservateurs, ni incapables de voir le monde tel quil est, qui sont créatifs, imaginatifs, qui sont travailleurs.
Depuis un demi-siècle la France na pas cessé de sadapter grâce à leffort et aux sacrifices du plus grand nombre.
Dans ses profondeurs la France nest pas saisie par le renoncement. Elle ne manque ni de courage, ni daudace, ni dimagination.
La France nest pas condamnée éternellement à ne pas pouvoir offrir du travail à tous ceux qui veulent travailler : il se crée chaque année dans le monde des millions demplois. La fin du travail est un mythe. La fin de lHistoire en est un autre.
Il suffit de regarder autour de nous pour sen convaincre: on peut conduire une politique économique qui tende au plein emploi, qui rende l’espoir.
Et il ny a aucune raison pour que la zone Euro soit la variable dajustement des déséquilibres économiques du monde.
Avons-nous déjà oublié le Franc fort à tout prix qui nous a coûté cher en emplois, en pouvoir dachat, en déficits et en endettement public pour que nous nous sentions obligés de recommencer alors même que nous navons plus à gérer la réunification allemande et la marche vers lEuro ?
Navons-nous pas encore compris combien il est risqué pour lemploi de pousser à la réévaluation de lEuro quand tous les autres pays du monde mènent une stratégie monétaire offensive, et quand le dumping monétaire amplifie les effets dévastateurs du dumping social ? Demandez donc au patron de la petite entreprise industrielle et à ses ouvriers qui ont vu en quelques mois la baisse du dollar ruiner des années deffort de productivité !
Je me souviens de Lionel Jospin déclarant pendant la campagne pour lélection présidentielle : ” Un homme politique responsable ne parle pas de la monnaie “. Pour moi c’est dire cela qui est irresponsable ! Il ny a pas un pays au monde o๠la monnaie ne soit pas un instrument de politique économique. Regardez les Etats-Unis, le Japon ou la Chine. Et demandez-vous pourquoi les pays européens qui enregistrent les meilleures performances en matière demploi, de pouvoir dachat et de croissance comme le Danemark, la Suède ou lAngleterre sont en dehors de lEuro ?
J’ai voté pour la création de l’Euro. Je ne le regrette pas.
Nous avons fait lEuro au prix de beaucoup de sacrifices mais nous l’avons fait pour agir pas pour subir !
Nous avons fait lEuro pour mettre le travail européen en mesure de relever le défi de la mondialisation, non pour létrangler.
Jai toujours dit oui à lEurope. Jai voté oui à lActe unique, oui à lEuro – et il n’est pas question de le remettre en cause. J’ai voté oui à la constitution européenne !
Mais on ne peut pas être un Européen conséquent et se satisfaire de la situation actuelle qui affaiblit lEurope. Etre un européen conséquent cest dire à la Banque Centrale Européenne qu’il y a des risques à poursuivre une politique de resserrement monétaire alors que lactivité stagne. Il est urgent que soit créé un véritable gouvernement économique de la zone Euro et que soient rediscutés le statut et les objectifs de la BCE. Dire la vérité aux Français, c’est reconnaître que l’introduction de l’Euro a brouillé les repères monétaires et qu’il sest bel et bien accompagné dune forte hausse du coût de la vie et dune chute du pouvoir dachat. Cela ne sest peut être pas vu dans les statistiques de la Banque Centrale mais cela sest senti dans les porte-monnaie de tous les Français. Je suis un homme politique qui veut parler de la vie réelle des français pas de la vie virtuelle.
Etre un Européen conséquent cest accepter une discipline budgétaire commune comme contrepartie de la monnaie unique, cest chercher à réduire les déficits quand la conjoncture est bonne, mais cest aussi refuser une logique absurde qui conduit à augmenter les impôts, à couper dans les investissements publics, et à tailler dans les dépenses sociales quand la croissance ralentit et le chômage augmente. Cest sen tenir à cette simple vérité que ce nest pas le déficit qui crée le chômage mais le chômage qui creuse le déficit.
Cest poser comme principe que si la dette publique doit être remboursée, ce ne peut être que par la croissance et certainement pas par la diminution du pouvoir dachat. Cest refuser la dictature du court terme en inscrivant la stratégie budgétaire dans la durée. Cest privilégier la logique économique sur la logique comptable. C’est se donner des marges pour l’investissement et l’innovation.
Regardez ce que font les autres, les Etats-Unis ou le Japon, regardez comment lAngleterre, la Suède ou le Danemark ont réussit à financer leurs réformes! Faire semblant de croire que lon peut réformer quand léconomie stagne et quand tous les leviers de la politique économique sont bloqués cest se condamner à ne jamais réformer.
Oui, une nouvelle fois, je veux le dire : Nous avons fait lEurope pour agir pas pour subir !
Etre un Européen conséquent cest admettre les grands principes de la concurrence comme fondements du marché unique, mais cest refuser que le droit européen de la concurrence laisse les entreprises européennes à la merci des prédateurs du monde entier. Cest refuser que lEurope sanctionne la présomption dabus de position dominante quand les Etats-Unis se contentent de sanctionner labus avéré de position dominante. Cest refuser que lEurope rejette toute forme de préférence communautaire et empêche toute politique industrielle quand le monde entier fait le contraire. Cest refuser que certains pays membres puissent financer la baisse de leur impôt sur les sociétés et faire ainsi du dumping fiscal à notre détriment avec largent de nos impôts !
Etre un Européen conséquent, être un homme politique responsable cest refuser que lEurope serve dalibi à tous les renoncements !
Cest refuser que le marché unique serve de paravent à tous les dumpings sociaux, fiscaux ou écologiques !
Etre un Européen conséquent et un homme politique responsable cest ne pas faire après le ” non ” français à la constitution européenne comme sil ne sétait rien passé !
Etre un Européen conséquent et un homme politique responsable cest appeler à une révision de la politique économique européenne afin que dans tous les pays dEurope les gouvernements ne soient pas condamnés à répondre toujours aux citoyens qui leur demandent des comptes sur le chômage, le pouvoir dachat ou la croissance : ” Nous ny pouvons rien ! ”
Nous avons fait lEurope pour agir pas pour subir !
Mes cher amis, la France a besoin de construire des politiques qui permettent de saisir l’avenir à bras le corps. Elle a besoin de rénover en profondeur son système éducatif, ses universités, sa recherche. Elle a besoin d’un dialogue social renouvelé, d’un droit du travail modernisé dans la concertation. Elle a besoin dune politique de relance par le travail et par laugmentation du pouvoir dachat. Elle a aussi besoin de maîtriser sa dépense publique.
Mais nous ne construirons rien si dabord nous ne redonnons pas à la France du travail sa dignité et sa fierté.
Dans cette région o๠depuis que le dernier chasseur-cueilleur de Sauveterre sest mis à cultiver la terre il a fallu 7 à 8 mille ans defforts ininterrompus pour fabriquer un des plus beaux paysages du monde et le plus grand jardin de France ;
Dans cette région o๠les fils des immigrés italiens et espagnols des années 30 se sont si bien intégrés par leffort et le travail, poussés par le seul désir déprouver un jour la fierté dêtre devenus des citoyens comme les autres ;
Dans cette région o๠les rapatriés dAfrique du Nord qui navaient plus rien ont reconstruit courageusement leur vie après avoir laissé derrière eux le fruit du travail de trois générations et qui pour la plupart navaient jamais exploité personne dautre queux-mêmes ;
Dans cette région on sait la valeur du travail des hommes. Sans travail, il n’y a pas de richesse. Les Américains, les Anglais ont un niveau de bien supérieur au nôtre – on le sait bien du reste dans cette région o๠de plus en plus les Anglais achètent nos maisons. Ce n’est pas qu’ils soient plus talentueux. C’est tout simplement qu’ils travaillent davantage.
Sans lamour du travail bien fait, sans la fierté de lÅ“uvre accomplie il ny a pas de civilisation. Les paysans qui ont façonné le visage de la France, les bâtisseurs de cathédrales qui cherchaient le salut dans la perfection de leur Å“uvre, les artisans qui nont dautre fierté que celle quils mettent dans la maîtrise de leur art, les ingénieurs qui ont conçu le viaduc de Millau, les savants dans leurs laboratoires, les ouvriers dans leurs ateliers, les employés dans leurs bureaux, les médecins au chevet de leurs malades ne nous lèguent pas quun immense héritage de savoir-faire, de technique et de culture. Ils nous enseignent depuis des millénaires une immense leçon de savoir-vivre ensemble à travers une division du travail social o๠chacun travaillant pour les autres reçoit de tous davantage quil ne donne. Ils trouvent dans leur talent et dans son expression une part de leur raison d’être et d’intenses satisfactions.
Cest ce réapprentissage de la valeur du travail quil va nous falloir opposer à la désintégration sociale.
Il faudra beaucoup defforts pour remonter le courant qui nous entraîne si loin de nos idéaux ; si loin de ce modèle de société quont rêvé pour nous nos parents et nos grands-parents, la vieille dame de Marmande et celle dAgen, et tous ceux avant eux qui ont construit le plus beau pays du monde avec la fierté de ne devoir quà eux-mêmes dêtre des femmes et des hommes libres et solidaires.
Mais au bout de ces efforts nous redonnerons vie et réalité aux idéaux qui ont toujours animé notre peuple, nous rendrons l’espérance à nos enfants, nous retrouverons notre fierté d’être Français.
Mes chers amis, c’est cette France nouvelle que je vous invite à construire, à construire ensemble.
Vive la France. Vive la République.























