Nicolas Sarkozy

Blog Coopératif

” Notre République ” - Réunion publique - Périgueux

Posté le 12/10/2006 par admin dans la catégorie Discours de Sarkozy, Institutions

Mes amis,

Mon devoir, ma responsabilité, mon ambition est celle de l’union de tous ceux qui veulent la victoire de nos idées. Que nul ne doute en cette minute que je ne faillirai pas à  ma mission. Je veux l’unité. Je suis le garant de l’unité. Et s’il le faut je serai unitaire pour tous les autres.

Je salue le Périgord o๠depuis que le premier artiste dessina il y a 20 000 ans sa première représentation sur les parois de Lascaux il se tisse entre la nature et lHomme ce lien profond et mystérieux qui sur tant de territoires rattache les Français do๠quils viennent à  une terre, à  des paysages, à  un climat.
Je salue les Périgourdins qui choisirent toujours la fidélité à  la France et qui furent dans leur histoire toujours du côté de la justice et de la tolérance.
Je salue cette terre généreuse o๠les exilés et les proscrits ont toujours trouvé lhospitalité et o๠naquit le premier Français qui osa proclamer que ” la nature de lhomme est dêtre libre et de vouloir lêtre “.
Je salue cette terre o๠depuis les maquis contre les Anglais de la guerre de Cent Ans jusquaux maquis contre les Allemands de la Deuxième Guerre Mondiale, depuis les guerres de religions jusquaux révoltes paysannes se sont cachés dans ses grottes et dans ses forêts tant dhommes qui avaient compris que pour devenir libre il faut avoir la force de dire “non “.
Français de toutes les provinces, nous sommes les citoyens dun vieux pays qui a surmonté bien des épreuves et bien des drames. Nous sommes les citoyens dun vieux pays qui sest toujours relevé quand on le croyait terrassé, qui a toujours résisté quand tout le monde l’imaginait vaincu, qui a toujours repris son essor quand on le pensait condamné à  la décadence.

Il y a dans le peuple français une énergie qui vient du fond des âges et qui resurgit quand tout semble perdu. Tant de fois la France parut sur le point de se défaire, tant de fois elle sut se ressaisir ! Tant de fois elle parut sur le point de seffacer, tant de fois elle étonna le monde en ressuscitant !
Il y a des pays qui sont portés à  la grandeur par le patient et laborieux effort dun peuple persévérant.

Alors que le monde se met à  douter de la France, et que les Français eux-mêmes sinterrogent, voilà  quune fois de plus, des tréfonds du pays je sens monter cette volonté de renouveau que je veux incarner et par laquelle je veux vaincre la fatalité. Cette force que j’imagine, elle est en vous. Elle est dans cette foule immense rassemblée ce soir à  Périgueux.
Vous êtes les héritiers dune grande histoire. Vous êtes les héritiers de tous ceux qui refusent l’idée même du renoncement, qui connaissent le sens des mots résistance, honneur, fraternité, liberté, justice, et pour lesquels par dessus tout la République nest pas une pensée morte mais une idée vivante.
Je le sais. Je le sens. La Dordogne est passionnément républicaine.

En 1940 la Dordogne accueillit les habitants de Strasbourg évacués devant lavancée des troupes hitlériennes. Des milliers de Juifs alsaciens furent cachés dans les villages et dans les fermes. Certains parmi vous sont les enfants de ces persécutés que la milice et la Gestapo ne trouvèrent jamais et qui finirent la guerre dans la brigade Alsace-Lorraine. Malraux, qui se battit ici aux côtés des maquisards de Dordogne, disait deux : ” ces quelques centaines dhommes à  quatre pattes dans les bois, avec quelques revolvers et un drapeau fait de trois mousselines nouées, ont maintenu la France avec leurs mains nues “.
Ils ont fait la République fraternelle dans laquelle je crois.
La République ne se définit pas seulement par ce à  quoi elle sest opposée – labsolutisme, le cléricalisme, lantidreyfusisme, le collectivisme ou le totalitarisme – mais aussi par ce quelle propose.
La République ce nest pas seulement le contraire de lAncien Régime. Ce nest pas seulement lantithèse de Vichy. Ce nest pas non plus uniquement la démocratie.
La République cest la compréhension mutuelle, le respect de l’autre et la solidarité pour tous.
Cest la liberté de chacun garantie par la liberté de tous.
Cest légalité des droits pour tous garantie par les devoirs de chacun.
Cest la souveraineté de lindividu garantie par la souveraineté du peuple.
Cest lespérance de la justice.
Cest la volonté générale exprimée par la loi.
Cest la nation qui se gouverne elle-même.
Cest lEtat impartial. Idée sur laquelle je ne transigerai pas et qui passe par des nominations elles aussi impartiales.
Cest la foi dans la raison, dans lHomme et dans le progrès.
Cest le mérite.
Cest la vertu civique comme fondement de la citoyenneté.
Cest la propriété et son respect comme conditions de la liberté.
Cest le service public comme condition de légalité de tous les citoyens, quel que soit leur rang, quel que soit leur handicap, quel que soit le territoire o๠ils vivent.
Cest léducation comme condition de lémancipation.
La République fraternelle cest celle des paysans périgourdins qui cachent les Juifs alsaciens au péril de leur vie.
La République fraternelle cest celle dEugène Leroy et des croquants, celle de Mirabeau et des droits de lhomme, celle de Victor Hugo et des ” Misérables “, celle de Jules Ferry et des instituteurs, celle de Jaurès et des dreyfusards, celle du Général De Gaulle et des Français libres.
Nous sommes les héritiers de tous ceux qui dans lhistoire ont porté haut les idées de nation et de République quel que fût leur parti.
Quil soit bien entendu que nous ne laisserons pas plus le monopole de la République au Parti Socialiste que nous ne laisserons le monopole de la nation à  lextrême-droite.
Quont fait les socialistes, pour la République ? Rien ! Quont-ils lintention de faire ? Pas davantage ! Les socialistes de jadis étaient dabord des Républicains. Les socialistes d’aujourd’hui sont dabord des socialistes. Ils ne sont pas préoccupés par lavenir de la République. Ils sont préoccupés par lavenir du socialisme. Ils n’ont pas tort : la République est toujours une idée neuve tandis que le socialisme est déjà  une idée morte. Pour eux la République cest laffaire des partis. Pour nous cest le problème de la nation. Pour eux la République cest la gauche. Pour nous la République ce nest pas la droite, ce nest pas la gauche, ce sont tous les Français.
J’affirme quon affaiblit la République quand on cherche à  abaisser lautorité de lEtat. On affaiblit la République quand on dénigre la nation. On affaiblit la République quand on soutient ceux qui violent la loi, ceux qui squattent le bien dautrui, ceux qui veulent avoir tous les droits sans respecter les droits des autres. On affaiblit la République quand on sefforce par tous les moyens de ruiner la morale de leffort et du mérite, quand on transforme le citoyen en assisté, quand on confond légalité avec légalitarisme, la solidarité avec l’assistanat.
On affaiblit la République quand on la livre aux corporatismes et aux clientélismes, quand on l’abandonne aux communautarismes.
A ceux qui veulent lordre sans le mouvement, je dis que la République est un idéal de progrès, et que dans un monde qui change la République immobile est vouée au déclin.
A ceux qui veulent le mouvement sans lordre je dis que le désordre prépare toujours le triomphe de la loi du plus fort, qui est le contraire de la République.
Je veux dire que la République n’est pas un modèle figé pour l’éternité mais un projet toujours inachevé, un élan du cÅ“ur et de l’esprit, un idéal de civilisation et d’humanisme, un rêve d’universalité et de fraternité.
Je veux dire que la République, depuis 200 ans, cest une continuité de principes, de valeurs, dobjectifs et une variété de moyens, de procédures et de priorités en fonction des circonstances.
Je veux dire que la République de Jules Ferry et de Gambetta nétait pas celle de Danton pas davantage celle de Robespierre, que celle de Clemenceau nétait pas celle de Lamartine et pas non plus celle du Général De Gaulle. Elle fut tour à  tour girondine, jacobine, libérale, anticléricale, sociale, radicale… Elle se développa tour à  tour par la conscription, par le suffrage universel, par lécole, par la laïcité, par la Sécurité sociale ou par le droit du travail… Elle saffirma tour à  tour dans la guerre et dans la paix, mais toujours combattant pour le même idéal.
Il y a cent ans presque jour pour jour Clemenceau prononça à  la Roche-sur-Yon, sur cette terre vendéenne o๠il était né, un de ces discours dont il avait le secret “le combat éternel pour la libération de lHomme continue, non plus nécessairement à  coups de fusils mais à  coups de pensées, par le livre, par la parole, par la leçon. Le combat nest plus aux chemins creux, il est à  lécole (…) La République nest rien quun instrument démancipation, un instrument dévolution par léducation de tous “. On ne saurait mieux dire !
Nul ne se bat plus pour le drapeau blanc ou pour le drapeau rouge.
Nul na plus à  choisir entre la liberté ou la mort.
Il ny a plus de sans-culotte pourchassant les aristocrates.
Il ny a plus de chouans en Vendée, ni de croquants en Périgord.
La République a accompli le vieux rêve des rois. Elle nous a fait une nation une et indivisible. Une communauté de libres citoyens.
Il y a bien une exception française auquel il est légitime que nous soyons attachés, non parce qu’il est la marque d’une quelconque supériorité par rapport aux autres, mais parce qu’il exprime ce que nous sommes et ce qui nous unit. Cette exception tient en trois mots : la Nation, la République, l’Etat. Cette exception est politique. Elle est intellectuelle. Elle est morale. Elle est culturelle.
Cest le miracle de la France de conjuguer une identité si forte avec une aspiration si grande à  luniversalisme.
Cest le miracle de la France dêtre une grande patrie faite dune multitude de petites patries unies par une formidable volonté de vivre ensemble, de partager une langue, une histoire, une façon dêtre et de penser, o๠chacun se reconnaît dans un idéal et un destin communs sans que soient effacés les histoires personnelles et les destins particuliers.
Cest le miracle de la France davoir forgé de lunité sans jamais fabriquer de luniformité.
Cest le miracle de la France de combiner une aussi haute idée de lEtat avec une passion aussi grande de la liberté.
Cest le miracle de la France dêtre aussi fortement attachée à  lidée de nation et en même temps aussi ouverte sur le monde.
Cest le miracle de la France daimer dune même passion légalité et le mérite, le sentiment et la raison.
Mais chacun sent bien que ce miracle est menacé.
LEtat sabîme dans limpuissance, la nation dans la repentance, la République dans le communautarisme, les discriminations, le chômage et la pauvreté.
Dès lors, mon projet est simple : Je veux construire une nouvelle relation avec les Français, faite de vérité, de respect de la parole donnée, de confiance. Je veux un nouvel Etat, une nouvelle nation, une nouvelle République.
La République c’est d’abord une certaine idée de la Nation.
A force de demander à  la France dexpier son passé,
A force de demander aux enfants de se repentir des fautes des pères,
A force de réécrire lhistoire avec les préjugés daujourdhui,
A force de dénigrer la nation et de la charger de tous les péchés de la Terre,
A force de nourrir la honte dêtre Français au lieu de chercher les raisons den être fier.
A force cest notre capacité à  vivre ensemble qui sabîme, cest notre participation à  un destin commun qui est remise en question.
A force ce sont les valeurs de la République qui se trouvent menacées.
A la gauche je dis : non, la nation nest pas lennemie de la République. La nation cest ce qui fait que la République nest pas seulement une idée généreuse mais aussi une réalité vivante.
A l’extrême droite je dis : non, la République nest pas lennemie de la nation. La République est lennemie du nationalisme. La République cest une conception ouverte, tolérante et généreuse de la nation. Le nationalisme cest une conception fermée, intolérante et agressive de la nation.
A tous, je veux dire :
La nation nest pas un obstacle à  la démocratie, elle en est la condition.
La nation nest pas un obstacle à  la paix. Cest le mépris des nations et de leurs identités, cest la violation du droit des peuples à  disposer deux-mêmes qui sont les principales causes de la guerre.
La nation nest pas un obstacle à  la construction de lEurope, à  lorganisation du commerce mondial ou à  la lutte contre leffet de serre.
Ceux qui voudraient construire le monde de demain contre les nations au lieu de travailler à  leur entente et à  leur coopération courent droit à  léchec. Un monde sans attache, sans frontière et sans souveraineté serait un monde sans liberté, sans solidarité et sans responsabilité. Un monde qui aurait perdu en humanité.
Lhomme ne grandit pas quand la nation décline. Entre la fuite en avant dans le mondialisme et lenfermement dans le local, entre le marché planétaire et les féodalités, entre le nomadisme et le tribalisme, je le dis haut et fort : la conception française de la nation est une force démancipation.
Le 21 avril 2002, le non à  la Constitution européenne, la montée du vote extrême et du vote protestataire qui mettent la République en péril sont dabord lexpression dune profonde crise de l’identité nationale. Nous n’avons pas pris cette crise suffisamment au sérieux. Il faut cesser de se voiler la face, de se soumettre à  la dictature du politiquement correct et de la pensée unique.
Il faut dire les choses comme elles sont :
Cest le dénigrement et laffaiblissement de la nation qui attisent le nationalisme.
Cest lincapacité croissante de la nation à  protéger qui nourrit lexaspération sociale.
Cest laffaissement de lidentité nationale qui nourrit la crispation identitaire.
Cest le déclin du volontarisme qui nourrit la défiance envers des élus condamnés à  répéter quils ne peuvent rien.
La France est généreuse, la France est tolérante, la France est ouverte. Mais la France ne renoncera pas à  son identité, à  sa culture, à  sa langue.
La France cest la nation mise au service dune certaine idée de lhomme, et cette idée de lhomme la France est bien décidée à  ne pas la renier.
La France est accueillante mais elle ne veut pas quon sinstalle chez elle sans respecter ses lois, ses mœurs, ses traditions, ses valeurs.
La France est prête à  faire des efforts pour mieux intégrer ceux qui viennent dailleurs, pour leur donner des droits, pour lutter par tous les moyens contre les discriminations, contre les ségrégations et contre le racisme. Elle est prête à  donner plus à  ceux qui ont moins. Elle est prête à  promouvoir la diversité partout o๠elle a du mal à  simposer. Mais elle ne veut pas accepter le communautarisme. Elle ne veut pas de ceux qui ne la respectent pas. Elle ne veut pas de ceux qui ne l’aiment pas.
La France veut garder vivantes les langues et les cultures dorigine et les langues et les cultures régionales, parce que cest une richesse et parce que la francité cest quelque chose en plus, pas quelque chose en moins, une adhésion, pas une amputation.
Mais je n’accepterai jamais quil y ait en France des enfants qui napprennent pas le Français, quil y ait en France des enclaves linguistiques ou des citoyens qui seraient autorisés à  utiliser une autre langue que le Français dans leurs rapports avec ladministration.
La France est prête à  organiser le dialogue entre lEtat et les grandes religions, elle veut que tous les croyants puissent prier dans des lieux de culte convenables, elle veut que les croyances de chacun soient respectées, mais elle ne veut renoncer ni à  la liberté dexpression - les menaces contre un enseignant sont un scandale - ni à  la laïcité. Elle ne veut pas le voile à  lécole, ni linfériorisation des filles, ni les mariages forcés, ni la polygamie, ni lexcision. Elle ne veut pas de la confusion entre le spirituel et le temporel, ni du fanatisme. Elle ne tolérera sur son sol ni les guerres de religions, ni le séparatisme religieux, ni l’extrémisme sous quelque forme que ce soit.
Elle ne reniera pas non plus, il faut avoir le courage de le dire, deux mille ans de chrétienté, deux mille ans dhéritage de valeurs spirituelles et de valeurs de civilisation que notre morale laïque a incorporées et qui sont inscrites dans les valeurs de notre République.
La France qui a porté la grande idée de l’Europe politique rejette le nationalisme qui nest pas lamour de la patrie mais la haine des autres. Elle est le seul pays qui, en hissant la fraternité au même rang que la liberté et légalité, dit au monde comme Antigone : ” je suis née pour partager lamour, non pour partager la haine “.
Mais si la France se trahit quand elle se laisse aller à  la haine des autres, elle se détruit quand elle se laisse aller à  la haine de soi. Il faut en finir avec le masochisme national. Si nous ne sommes plus unis par la fierté dêtre Français, si nous ne prenons plus en partage une histoire et une civilisation, sur quoi allons-nous fonder notre appartenance à  une communauté de destin ? Sur quoi allons-nous fonder notre solidarité ? Do๠viendront nos droits et nos devoirs les uns vis-à -vis des autres ?
Je suis fier dêtre Français et personne ne m’enlèvera cette fierté.
La décentralisation est une nécessité pour que laction publique se rapproche des citoyens. Parce que les problèmes ne sont pas identiques en Picardie et en Provence, en Alsace et en Aquitaine, à  la Réunion et en Martinique. Parce que les priorités ne sont pas les mêmes, parce que les atouts sont différents dune région à  lautre.

Mais il est hors de question que la France devienne un Etat fédéral. Il est hors de question que renaissent des féodalités locales et des principautés, hors de question que les territoires riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, ou que la citoyenneté devienne à  géométrie variable, hors de question que lunité nationale et légalité qui en est la clé de voûte soient remises en cause par quiconque.
La France a besoin de lEurope, la France veut lEurope, mais la France ne veut pas que lEurope se construise contre la nation. La France veut déléguer sa souveraineté pour qu’elle soit exercée en commun parce quelle sait bien que toute seule elle naura pas les moyens de faire entendre sa voix dans le dialogue des cultures, ni de jouer un rôle décisif dans léconomie globale.
Mais la France ne veut pas par la dérive des jurisprudences et par une interprétation abusive des traités que la démocratie nationale soit vidée de sa substance au profit dune technocratie communautaire. Elle veut que le principe de subsidiarité soit strictement appliqué et que lEurope soit un multiplicateur de puissance, non une cause daffaiblissement.
Elle veut que lEurope soit une protection, non le cheval de Troie dune concurrence déloyale.
Elle veut le marché unique et la libre concurrence à  lintérieur de lEurope mais elle ne peut accepter que lUnion serve de prétexte à  tous les dumpings fiscaux et à  tous les dumpings sociaux. Elle veut le droit à  la libre circulation des personnes à  lintérieur de lEurope mais elle ne peut pas tolérer que certains pays négligent le contrôle de leurs frontières ou que dautres procèdent sans concertation à  des régularisations massives dimmigrés clandestins.
Elle veut les règles du libre-échange mais si tout le monde les respecte.
Elle veut être un acteur de la mondialisation mais elle ne veut pas que léducation, la santé, la culture, l’agriculture ou lenvironnement soient soumis au seul droit du commerce et à  la seule loi du profit.
Elle veut tirer des leçons des expériences réussies des autres nations, mais elle ne veut en imiter aucune.
Elle veut être lamie de tout le monde, mais elle ne veut être la vassale de personne.
Elle veut être idéaliste, mais elle ne veut pas être naïve.
Elle veut être ouverte et accueillante mais elle ne veut pas se dissoudre.
Il ny a, à  mes yeux, quune seule politique qui vaille pour la France : celle qui défend en toute circonstance son honneur, son identité, ses intérêts et ses valeurs. Au final, sa capacité à  être exemplaire.
La République c’est aussi une certaine idée de l’Etat.
En France lEtat a une importance quil na nulle part ailleurs.
Cest lEtat qui a fait la France.
Cest lEtat qui a forgé la nation et qui en a maintenu lunité.
Cest lEtat, tour à  tour administrateur, militaire, instituteur, entrepreneur qui nous a faits ce que nous sommes.
Toujours, leffondrement de lEtat a coïncidé avec leffondrement de la nation.
Nous ne moderniserons pas la France et nous ne conforterons pas la République sans refaire lEtat.
Je récuse létatisme et le dirigisme.
Jai la conviction que lEtat na pas vocation à  se mêler de tout, à  intervenir partout.
Jai dénoncé plus que quiconque les dérives et les excès de lEtat-Providence qui ont contribué à  créer un climat délétère dirresponsabilité, dassistance et de nivellement.
Je ne suis pas spontanément porté au jacobinisme et au centralisme.
Mais je ne suis pas de ceux qui pensent que cest en abaissant lEtat que lon relèvera la France.
La France pour être forte a besoin dun Etat fort.
Or, aujourd’hui il est faible parce quil est étouffé par son endettement et par sa bureaucratie.
Il est faible parce quil se charge de trop de missions quil na pas les moyens daccomplir.
Il est faible parce quil est miné par les corporatismes et paralysé par les conservatismes.
La faiblesse de lEtat, elle est dans le renoncement politique bien plus que dans la défaillance de ladministration.
Quand lEtat est humilié cest la France qui est humiliée. Quand lautorité de lEtat est bafouée cest la République qui est bafouée. Quand lEtat est faible ce sont les plus vulnérables qui en souffrent le plus.
Comme en 1958 il faut refaire l’Etat. Sauf que le problème aujourd’hui n’est pas dans la Constitution. Il est dans les comportements, dans les façons de penser, dans la manière de gouverner.
Je veux un Etat respecté.
Je veux un Etat que les fonctionnaires soient heureux de servir et dont les Français soient fiers.
Je veux un Etat exemplaire sur le plan de la diversité et de la lutte contre les discriminations.
Je veux un Etat qui domine les intérêts catégoriels au lieu dêtre dominé par eux.
Je veux un Etat qui ne soit pas fragilisé par le laxisme et par la fraude.
Je ne veux pas que ceux qui ne veulent rien faire, que ceux qui ne veulent pas travailler vivent sur le dos de ceux qui se lèvent tôt et qui travaillent dur.
Je ne veux pas que ceux qui fraudent lassurance chômage, lassurance maladie, les allocations familiales, ceux qui escroquent le fisc ou les ASSEDIC, ceux qui détournent de largent public par copinage ou par favoritisme, continuent à  mettre en péril la solidarité nationale.Parce que cela renforce la crise morale et la défiance vis-à -vis de ceux qui sont vraiment dans le besoin.
Il y a beaucoup déconomies à  faire dans lEtat. Mais ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, cest la réforme qui fera les économies. Et cest la réforme aussi qui fera la croissance.
Depuis 20 ans, on échoue à  réformer lEtat parce que lon se refuse à  y consacrer les moyens nécessaires.
Je propose que soit créé un budget annexe dédié exclusivement à  la réforme de lEtat qui sera abondé par les recettes de privatisation. Je propose que le principe de la gestion de lEtat soit désormais la productivité et lefficacité de la dépense publique, et non plus les tours de vis indifférenciés qui accroissent les dysfonctionnements au lieu de les réduire.
Je propose que lon entreprenne la réforme de lEtat par lévaluation des politiques publiques, en supprimant celles qui ne sont pas efficaces ou qui sont contradictoires.
Je propose que lon supprime tous les organismes, toutes les commissions, tous les comités, tous les observatoires qui ne servent à  rien, et quon continue de créer à  tour de bras pour satisfaire des clientèles ou pour faire croire quon est décidé à  sattaquer à  des problèmes quen réalité on ne veut pas résoudre.
On ne refera pas lEtat sans les fonctionnaires. A fortiori contre eux. Je veux le dire ce soir : je naime pas la façon dont on parle des fonctionnaires dans notre pays.
Chercher à  opposer les salariés du secteur public à  ceux du secteur privé est dangereux.
Chercher à  faire des fonctionnaires le boucs émissaires de la faillite des politiques dont ils ne sont en rien responsables est indigne.
Chercher à  faire passer les fonctionnaires pour des privilégiés est injuste.
Les fonctionnaires sont comme tout le monde, ils veulent être reconnus et ils veulent être respectés. Ils sont prêts au changement mais ils veulent y être associés.
Les fonctionnaires ont la sécurité de lemploi, mais ils ont vécu depuis 25 ans la même dégradation de leurs conditions de travail et de leur pouvoir dachat que tous les autres salariés.
Lascenseur social est en panne dans le secteur privé. Il lest aussi dans le secteur public. La promotion interne sest ensablée dans les contraintes budgétaires et les méandres de la gestion des corps.
Au fonctionnaire qui se sent mal payé, je dis que ma volonté est quil y ait moins de fonctionnaires mais quils soient mieux payés et mieux considérés.
Au fonctionnaire qui se sent démotivé parce que ses efforts ne sont jamais récompensés je dis que mon objectif est que le mérite soit reconnu et les gains de productivité partagés.
Au fonctionnaire qui est prisonnier des règles de gestion des corps je dis que mon objectif est de supprimer la gestion par corps pour la remplacer par une gestion par métier qui ouvrira des perspectives de promotion professionnelle beaucoup plus grandes. Je ne veux pas que la seule voie de réussite soit celle des concours et des examens. L’expérience, cela compte aussi.
A linfirmière qui veut progresser je dis que je veux lui donner la possibilité dacquérir une formation complémentaire qui lui permette de devenir médecin par la promotion interne si elle en a l’aptitude et la motivation. Je veux par dessus tout qu’elle gagne plus parce qu’elle le mérite.
Au fonctionnaire qui souffre de la désorganisation créée par les 35 heures, en particulier à  lhôpital, je dis que mon objectif est la remise à  plat complète des 35 heures dans le secteur public de sorte que ceux qui veulent travailler davantage et gagner davantage aient le droit de le faire.
Au fonctionnaire de police, au professeur, à  l’agent hospitalier, au chauffeur de bus, au contrôleur de la SNCF qui se font insulter, agresser, menacer, je dis que cette violence dont ils sont les victimes est inacceptable et quelle doit être éradiquée, parce quils ont droit à  leur dignité et parce quà  travers eux cest à  lautorité de lEtat quon porte atteinte, cest la République quon offense.
Je veux dire aux juges que je veux une justice respectée.
Je veux dire aux juges que je sais à  quel point leurs conditions de travail sont difficiles, à  quel point leurs moyens matériels et humains sont insuffisants. Je veux leur dire combien la justice à  mes yeux est une institution essentielle de la République.
Mais je veux leur dire aussi que dans la République nul ne peut prétendre se soustraire à  la critique. Je veux leur dire que lindépendance de la justice ne peut les exonérer davoir à  rendre compte au peuple de la manière dont la justice est rendue en son nom. Je veux rappeler quils ont mission dappliquer la loi, non de la faire. Je veux rappeler quils ont à  juger en fonction du droit et non dune idéologie. Je veux rappeler quils ont pour fonction de rendre justice aux victimes.
Je veux leur dire que je serai toujours à  leurs côtés pour défendre lindépendance de la justice et laccroissement de ses moyens.
Mais je serai toujours ladversaire du corporatisme judiciaire, de limpunité des juges qui ont commis des fautes, dune justice qui naurait dautre but que daccorder davantage de considération au délinquant quà  la victime.
Dans la République, la justice est rendue au nom du peuple.
Je propose qu’en correctionnelle, pour les affaires les plus importantes, on introduise le jury aux côtés des magistrats comme c’est déjà  le cas en assises.
La parole rendue au peuple, le pouvoir redonné au peuple, c’est ça la République.
La République cest aussi le civisme, une certaine idée du mérite et de l’équité.
Jai proposé à  la jeunesse de France dinstituer le service civique obligatoire. On m’a répondu que cétait impossible. Nos aïeux ont fait le service militaire obligatoire et nous, nous ne serions pas capables de faire le service civique obligatoire ! De qui se moque-t-on ? Il faut en finir avec cette pensée unique qui dit toujours que ce qui est nécessaire est impossible. Cest ça la rupture !

La République pour moi cest à  chacun selon son mérite.
La République pour moi cest le travail récompensé. Cest le partage des fruits de la croissance. Ce nest pas tous les profits pour quelques-uns et rien pour tous les autres.
Je le dis comme je le pense : aujourdhui en France les prix sont trop hauts et les salaires sont trop bas.
L’euro que j’ai voté a masqué une réelle hausse des prix qui pèse sur le pouvoir d’achat, les 35 heures ont empêché la hausse des salaires.
Bloqué entre la concurrence des pays à  bas salaires, l’appréciation de l’euro et le chômage de masse, le salarié français ne voit pas le bout du tunnel de la rigueur salariale alors qu’il doit faire face à  l’envolée des prix de l’énergie et de l’immobilier.
Je le dis comme je le pense : il y a en France beaucoup trop de travailleurs pauvres c’est à  dire qui n’ont pas la récompense de leurs efforts.
La République pour moi ce nest pas seulement laugmentation du SMIC comme le proposent les socialistes. Cest laugmentation des salaires pour tous ceux qui le méritent.
Je propose que les subventions aux nouveaux Etats membres de l’Europe ne puissent pas servir à  alimenter le dumping fiscal à  l’intérieur de l’Europe. Ils ne peuvent pas être à  la fois suffisamment pauvres pour bénéficier des subventions et suffisamment riches pour baisser leurs impôts. La solidarité européenne, ce n’est pas pour moi des pays qui importeraient nos ressources fiscales pour mieux exporter leur chômage.
Je propose que les heures supplémentaires soient exonérées de toutes charges salariales et de tout impôt pour que ceux qui veulent travailler davantage pour gagner plus puissent le faire.
Je propose que le maintien des exonérations de charges pour les entreprises soit dorénavant conditionné à  la hausse des salaires et à  la revalorisation des grilles de rémunérations fixées par les conventions collectives.
Je propose que la participation soit débloquée pour libérer du pouvoir d’achat et que toutes les entreprises soient incitées à  la mettre en Å“uvre.
Je propose que les plans de stock-options, lorsqu’une entreprise y recourt, concernent obligatoirement l’ensemble des salariés.
Je propose que la prime pour l’emploi revienne à  sa vocation d’origine qui était l’incitation au travail et qu’elle ne devienne pas qu’un complément de salaire qui soit un encouragement à  la modération salariale.
La République c’est enfin pour moi une certaine idée de la liberté.
Cest la liberté dexpression et la liberté de conscience qui sont de nouveau menacées par le fanatisme et par lextrémisme. Nulle divergence dopinion nautorise la menace de mort. Nous navons pas séparé dans la douleur lEglise et lEtat il y a 100ans pour composer aujourdhui avec le fanatisme religieux.
La République pour moi cest la liberté daller et de venir sans se faire agresser.
Cest la liberté de choisir sa manière de vivre en fonction de ses aspirations.
Cest la liberté de choisir lécole de ses enfants.
Cest la liberté de travailler plus pour gagner plus ou de travailler moins pour gagner moins.
Cest la liberté pour la femme de choisir délever ses enfants et de travailler. C’est pourquoi je propose que toutes les familles de France puissent laisser leurs enfants en études dirigées après les cours sur la base du volontariat et que ces derniers rentrent à  la maison leurs devoirs faits.
Cest la liberté dentreprendre.
Cest la liberté de léguer à  ses enfants le fruit de son travail.
Cest laugmentation du pouvoir dachat parce que le pauvre nest pas libre.
Cest lemploi parce que le chômeur nest pas libre.
Cest leffort personnel comme contrepartie de laide parce que lassisté nest pas libre.
Cest léducation et la culture pour chacun parce que lignorant nest pas libre.

La République pour moi cest légalité réelle qui n’est pas l’égalitarisme comme condition de la liberté.
Comment peut-on encore parler de République quand le destin de lenfant est à  ce point déterminé par le quartier o๠il est né ?
Comment peut-on parler de République quand lorigine ethnique constitue à  ce point un obstacle à  lascension sociale ?
Comment parler de la République au fils de harki, à  lenfant noir ou au fils de limmigré maghrébin qui mesure le peu de chances quil a daccéder un jour à  des postes de responsabilités ou même simplement de trouver un emploi ?
Comment parler de la République à  ceux dont les enfants se font racketter à  lécole et qui ont peur de sortir de chez eux parce quils subissent la loi des bandes et des caïds ?
Comment faire aimer la République à  tous ceux quelle laisse à  lécart : travailleurs pauvres, mères qui élèvent seules leurs enfants, ruraux qui voient partir tous les services publics, agriculteurs à  la pension de retraite dérisoire, ouvriers de lindustrie en concurrence avec la main dÅ“uvre bon marché du Tiers-Monde, jeunes qui mettent des années à  accéder à  un emploi stable, personnes âgées abandonnées à  leur solitude ?
Comment faire espérer dans une République qui continuerait à  tenir si peu ses promesses ?
Je ne me résigne pas à  ce qui serait un désastre.
Je veux légalité des chances pour tous.
C’est pour cela que je propose à  la jeunesse des internats dexcellence, des classes de 15 élèves dans les banlieues défavorisées, les devoirs faits à  lécole, le droit à  la formation tout au long de la vie, le droit à  la deuxième chance, le droit à  la première expérience professionnelle, le droit à  la création. Et le plus important peut-être : le droit pour tous à  une éducation dexcellence.
Parce que lélitisme républicain a toujours fait davantage pour la promotion sociale que le nivellement et l’égalitarisme.
Parce quil ny a pas plus grand mépris vis-à -vis dune partie de la jeunesse que de la croire indigne des grandes Å“uvres de lesprit, et de la culture la plus exigeante.
Je veux la culture pour chacun, parce la culture cest la clé de légalité des chances.
Jai proposé aussi la suppression de la carte scolaire parce quelle favorise la ségrégation sociale. On m’a répondu que cétait injuste et anti républicain. Comme si ce nétait pas plutôt dobliger les enfants de familles modestes à  fréquenter des écoles qui concentrent tous les handicaps sociaux qui était profondément injuste et anti républicain !
Dautres comme dhabitude mont dit que cétait impossible. Jai envie de leur répondre : si vous croyez sincèrement que tout ce qui renforce la justice est impossible ne faites pas de politique et, une fois pour toutes, laissez dormir la République ! Je veux leur dire : la différence entre vous et moi cest que je veux faire en sorte que tout ce qui est nécessaire et qui est juste devienne possible et vous ne le voulez pas !
Je veux légalité des territoires devant le service public. Je veux que les services publics reviennent dans les quartiers en difficulté.
Je veux que les services publics restent présents dans les zones rurales.
Je veux la mutualisation des risques par le moyen dun cautionnement public pour que le malade puisse emprunter, pour que lenfant de famille modeste ait le même droit à  lemprunt que lenfant de riche, pour que celui qui na pas les moyens dapporter une garantie puisse quand même louer ou emprunter pour financer ses projets.
Je veux que grâce à  la mutualisation des risques il y ait plus dinvestissement immobilier, plus dopportunités dentreprendre, plus de création, plus dinvention, plus de consommation et donc plus dégalité de chances et plus de croissance.
Je veux quil y ait plus dégalité et de justice dans les retraites.
La nécessaire réforme des régimes spéciaux doit être loccasion de mieux prendre en compte la pénibilité réelle du travail.
Je pense notamment aux agriculteurs. Je pense plus encore à  leurs veuves qui ont tant travaillé toute leur vie et qui ne touchent pas de quoi vivre. Je pense à  ces femmes du Périgord si dures à  la peine et que le veuvage réduit presque à  la misère.
Je trouve que c’est bien mal récompenser leur peine et leur courage, et à  travers elles celles de toutes ces femmes admirables, de ces épouses infatigables, de ces mères dévouées qui n’ont jamais pris de vacances de leur vie et pour lesquelles la durée du travail, les jours fériés et les congés payés n’ont jamais rien voulu dire. Je trouve que c’est indigne de notre République.
En 1936, pour la première fois dans l’histoire de France, trois femmes entrèrent dans le gouvernement Léon Blum. Suzanne Lacore fut l’un d’entre elles. Elle était institutrice en Dordogne. Elle est morte centenaire dans un petit village tout près d’ici. Le combat de sa vie était pour la condition de la femme. Dans les années 30 elle avait écrit : “la femme entend être non une ménagère et une maman avant tout. Avant tout elle veut être elle-même. Non un moyen, mais un être humain ayant sa fin en soi”. L’aspiration demeure toujours aussi insatisfaite et toujours aussi vive. Depuis qu’en 1944 le Général de Gaulle a fait entrer les femmes de plain-pied dans la République en leur donnant le droit de vote, les progrès ont été bien insuffisants. Je le dis là  encore comme je le pense : malgré la loi sur la parité, malgré la loi sur l’égalité professionnelle, les femmes ne sont pas encore des citoyennes à  part entière dans notre République.
Je veux un Etat exemplaire en matière d’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et on est encore bien loin du compte.
Je veux que dans les conseils d’administration des entreprises publiques il y ait au moins 50% de femmes. Je veux que le principe de la parité tel qu’il s’applique à  la politique s’applique aussi aux représentants du personnel dans les entreprises.
Je veux que le temps passé à  l’éducation des enfants soit intégralement pris en compte pour le calcul des retraites, que les femmes aient continué de travailler en les élevant ou qu’elles aient cessé de travailler pour les élever.
Je veux que les femmes qui ont cessé longtemps de travailler pour élever leurs enfant et qui se séparent de leur mari soient davantage aidées pour retrouver un emploi.
Je veux que les femmes au chômage qui cherchent un emploi aient le droit de faire garder leurs enfants comme les femmes qui travaillent.
Je veux que la violence conjugale soit plus durement réprimée et que les femmes qui en sont victimes soient mieux accompagnées.
Je veux répéter qu’aucune coutume, aucune culture d’origine, aucune pratique religieuse ne saurait en France autoriser quiconque à  proclamer l’infériorité intrinsèque de la femme. Je veux que partout en France les femmes soient libres de se promener en jupe, libres de vivre comme elles l’entendent, libres de se marier à  leur guise.
Je veux que la République sattaque aux nouvelles inégalités. Depuis des années, au nom de la morale républicaine, on proclame des droits qui ne sont pas suivis deffet.
Parce quau fond personne ne se sent réellement concerné.
Parce que dans les méandres de la décentralisation les institutions et les collectivités ne cessent de se défausser les une sur les autres.
Quil sagisse de lhébergement durgence, du logement, de la garde des enfants, de la dépendance des personnes âgées, cela n’avance pas assez vite.
Il faut passer des droits virtuels aux droits réels.
Je propose que l’on passe de l’obligation de moyens à  l’obligation de résultats. Parce que la question en politique ce n’est pas de savoir si oui ou non on a fait tout ce qu’on a pu pour résoudre un problème mais de savoir si oui ou non on l’a résolu.
Je propose que pour chaque droit nouveau une collectivité responsable soit désignée, de sorte que la responsabilité politique soit clairement établie.
Je propose que les citoyens puissent faire valoir leurs droits devant les tribunaux face aux collectivités ou aux institutions qui ne se seraient pas donné les moyens de rendre effectifs les droits dont elles sont responsables. Sinon il ne se passera rien parce que tout le monde continuera à  ne pas se sentir concerné.
Pour faire cesser cette honte de ceux qui n’ont rien et sont condamnés à  dormir sur les trottoirs, je propose que le droit à  l’hébergement devienne opposable devant les tribunaux et que les collectivités publiques concernées disposent de deux ans pour créer les places nécessaires pour accueillir ceux qui n’ont même pas un toit pour s’abriter.
Pour que ceux qui travaillent ou qui ont travaillé toute leur vie aient la possibilité de se loger dignement, pour que le jeune qui gagne le SMIC ne soit pas obligé d’habiter indéfiniment chez ses parents, je propose qu’au bout de cinq à  dix ans le droit au logement devienne opposable de façon à  créer une forte incitation à  construire des logements manquants là  o๠ils sont nécessaires pour que tous les français puissent trouver un toit.
Pour faire cesser la situation insupportable de la mère qui travaille, qui élève seule ses enfants et qui n’arrive pas à  les faire garder, je propose que le droit de faire garder ses enfants quand on travaille ou quand on est à  la recherche d’un emploi devienne opposable au bout de cinq ans afin d’obliger tout le monde à  créer au plus vite les capacités d’accueil nécessaires.
Pour faire cesser le scandale des personnes âgées condamnées à  mourir dans la solitude parce que tout le monde s’est désintéressé de leur sort et pour que la dépendance puisse être prise en charge dans la dignité, je propose que le droit à  la prise en charge de la dépendance devienne opposable au bout de cinq ans pour qu’enfin l’effort de la nation en faveur des personnes âgées soit à  la hauteur des enjeux.
C’est ambitieux, mais ce n’est pas utopique.
C’est cela, la rupture : se donner les moyens de construire une société o๠chacun de ceux qui ont une responsabilité se trouve obligé de se sentir concerné par les drames humains et les souffrances sociales.
C’est cela la rupture : ne plus tolérer des injustices qui font honte à  notre République.
L’Angleterre et l’Ecosse ont un droit au logement opposable, et la France ne pourrait pas y songer ?
Au Danemark, les femmes qui travaillent n’ont pas de problème de garde d’enfants et la France, elle, ne pourrait pas résoudre ce problème ?
Je vous le dis : l’opposabilité des droits va tout changer.
En devenant effective de façon irréversible à  une date donnée, elle mettra tout le monde au pied du mur.

La République ce n’est pas proclamer des principes que l’on n’applique pas, ce n’est pas non plus rendre supportables des inégalités qu’on ne veut pas réduire.
Ne plus tolérer l’intolérable. Ne plus accepter l’inacceptable. Voilà  la rupture que je vous propose !

Pour compenser la discrimination négative il faut de la discrimination positive. Je propose un volontarisme républicain qui passe du discours aux actes. Je ne veux pas faire une discrimination positive sur des critères ethniques qui serait la négation de la République. Mais je veux que sur la base de critères économiques, sociaux, éducatifs, on mette tous les moyens nécessaires pour combler des écarts qui sont devenus insupportables et qui mettent en péril la cohésion nationale.
Il faut aider ceux qui veulent sen sortir à  sen sortir.
Cela vaut d’abord pour les bassins d’emploi durement touchés par les fermetures d’activité et les délocalisations. Dans le cadre de la sécurité sociale professionnelle que je propose, les personnes percevant des bas salaires et qui perdent leur emploi doivent pouvoir bénéficier d’indemnités de chômage équivalentes à  leur niveau antérieur de rémunération. Ce droit à  compensation intégrale doit avoir pour contrepartie l’obligation dûment vérifiée de s’engager immédiatement dans une démarche active de recherche d’emploi. Conjugué à  des services de l’emploi plus performants car profondément rénovés, à  des droits à  formation renforcés à  travers la création d’un compte-épargne formation individuel, à  un droit du travail simplifié et modernisé pour faciliter les embauches, il offrira des garanties nouvelles à  tous ceux qui, malgré les coups du sort, n’ont pas renoncé à  vivre debout des fruits de leur travail.
Cela vaut ensuite pour les individus qui souffrent des blocages de notre société.
Je propose une politique massive de discrimination positive non comme une réparation, non comme une compensation, mais comme un investissement, comme la possibilité donnée à  celui qui veut faire des efforts de réussir, dexploiter ses talents, de tenter sa chance. Je veux quon naide pas seulement les territoires ou les quartiers mais aussi les personnes. Aménager les territoires, rénover les immeubles cest bien. Donner de la sécurité, de linstruction, du travail, des moyens de transport à  ceux qui les habitent, cest mieux.
A ceux qui pensent que cela coûtera trop cher, je veux dire que ne pas faire assez pour restaurer le sentiment de légalité et de la justice coûterait infiniment plus cher.
A ceux qui pensent que la pureté idéologique de la République pourrait en souffrir, je veux dire que la République souffrira bien davantage de la persistance dinjustices intolérables. A ceux qui pensent que les bénéficiaires de la discrimination positive prendront les places des autres, je veux dire qu’il n’en sera rien car des places supplémentaires seront créées à  cette fin.
Cest la violence née du sentiment dinjustice quil nous faut conjurer.
Ce sentiment dinjustice, il nest pas que dans les quartiers défavorisés o๠sentassent les enfants dimmigrés.
Il est dans les taudis des grandes villes.
Il est sur les trottoirs des rues.
Il est dans nos campagnes.
Il est dans nos usines.
Il est dans le cÅ“ur de tous les Français auxquels on ne rend pas justice de leurs efforts, de leur travail et de leur peine.
Notre République est un chef-dÅ“uvre mais cest un chef-dÅ“uvre qui a besoin d’être conforté.
Tous les conservatismes se sont coalisés pour en faire une formule creuse qui sert de paravent ou dalibi à  nos renoncements, à  notre immobilisme.
La République est une grande idée quon a dénaturée.
La République est un idéal quon a détourné.

On dit que la France est vouée au déclin et que les Français nont plus la volonté de se battre. On dit que la France nest pas réformable et que les Français ont peur. On dit que la France est bloquée et que les Français sont fatigués.
Vous êtes la preuve vivante du contraire.
Vous êtes lespérance qui ne veut pas séteindre.
Vous êtes les témoins dune France qui veut renaître et qui ne craint ni le changement, ni lavenir.
Vous êtes les témoins dune France qui na pas peur de la rupture.
La rupture que je souhaite est au cÅ“ur de la République. C’est le meilleur de ce que la République nous a donné, en brisant les chaînes et les liens.
C’est le message de 1789, de 1848, de l’Appel du 18 juin. Quand un peuple décide de rompre ses entraves pour plus de libertés, plus d’égalité, plus de fraternité.

Je vous le promets, nous allons construire une France nouvelle dont vous serez les acteurs.
Je souhaite sceller un nouveau pacte avec tous les Français.

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire