Nicolas Sarkozy

Blog Coopératif

Nicolas Sarkozy sur France-Inter

Posté le 09/10/2006 par admin dans la catégorie Interviews de Sarkozy, Radio

NICOLAS DEMORAND
Linvité ce matin…

NICOLAS SARKOZY
N. Sarkozy, ministre de lIntérieur, président de lUMP et victime parfois de critiques extrêmement modérées.

NICOLAS DEMORAND
Bonjour N. Sarkozy.

NICOLAS SARKOZY
Bonjour Monsieur Demorand.

NICOLAS DEMORAND
Les critiques viennent de qui alors ?

NICOLAS SARKOZY
Eh ben, ça on a le choix.

NICOLAS DEMORAND
Allez, dites-nous, faites la liste pour commencer.

NICOLAS SARKOZY
Non, cest vous le spécialiste…

NICOLAS DEMORAND
Ah non ! Moi je ne suis pas spécialiste de ça, moi je nen ai pas vu des critiques récemment.

NICOLAS SARKOZY
Eh ben ! Très bien, vous êtes aussi bon journaliste quon me la dit alors.

NICOLAS DEMORAND
Cest-à -dire ?

NICOLAS SARKOZY
Cest-à -dire que vous êtes le contraire de cette journaliste russe, courageuse, qui voyait tout. Donc vous ne voyez rien.
NICOLAS DEMORAND
Et donc, qui vous donne vos informations sur les journalistes ?

NICOLAS SARKOZY
Oh ! Quand jécoute les autres chaînes de radio alors…

NICOLAS DEMORAND
Il faudrait écouter France Inter un peu plus souvent.

NICOLAS SARKOZY
Oui, mais si vous nentendez pas ces critiques, on ne peut pas… vous le savez très bien, vous savez très bien ce que je veux dire.

NICOLAS DEMORAND
Bon alors, par exemple D. de Villepin, oui il vous a critiqué sur la politique étrangère hier. Jentendais avec émotion le papier de B. Guetta à  linstant sur Anna Politkovskaia qui a été assassinée. Dans la revue Le Meilleur des Mondes, vous dites quil faut parler différemment maintenant avec la Russie de V. Poutine, et D. de Villepin vous a renvoyé dans vos cordes en disant “ oui effectivement, quand on parle dans une revue qui sappelle Le Meilleur des Mondes, on est un peu frappé par lidéalisme ”.

NICOLAS SARKOZY
Oui, enfin je ne répondrai pas à  ces critiques, parce que répondre à  ces critiques ce serait faire le jeu de la gauche, et ce nest pas le rôle du président dune grande famille politique de faire ça.

NICOLAS DEMORAND
Mais donc en politique étrangère, on ne rompt pas avec les habitudes…

NICOLAS SARKOZY
Mais en revanche, je suis fier davoir signé ce papier. Dans ce papier, quest-ce que je dis ? Cest bien sûr quil faut de lexpérience, et je crois en avoir, mais il faut des convictions. Et que la raison dà‰tat, comme la très bien dit Monsieur Guetta, ne justifie pas tout. Lorsquon a en face de soi un chef de là‰tat, ce nest pas insulter le pays quil représente que de lui poser des questions sur le fonctionnement de la démocratie. Et ça fait bien longtemps que je dis que je crois quil ne faut pas humilier le sentiment national russe, dont le moins quon puisse dire est quil a été bien mis à  mal toutes ces dernières années. à‡a fait longtemps que je pense et que je crois que Monsieur Poutine, comme Monsieur Eltsine ont fait beaucoup de bonnes choses pour la Russie. Mais ça ne me fait pas accepter pour autant ce qui se passe en Tchétchénie, et ça ne me fait pas fermer les yeux pour autant sur les grandes lacunes de la démocratie russe.
NICOLAS DEMORAND
J. Chirac a fait V. Poutine Grand-Croix de la Légion dhonneur, N. Sarkozy, est-ce que vous trouvez que cétait un bon signe à  envoyer aux démocrates du monde entier et aux gens qui défendent les droits de lhomme ?

NICOLAS SARKOZY
Disons que cest une tradition, une tradition dà‰tat, mais enfin la mort de cette malheureuse journaliste vient éclairer cette tradition dune lumière qui nest pas très éclatante.
NICOLAS DEMORAND
Je vais essayer dêtre un bon journaliste N. Sarkozy, vous me direz si jy arrive, parce que cest vous qui décernez les bons points…

NICOLAS SARKOZY
Oh, non, non, jespère que vous nen serez pas blessé parce que…
NICOLAS DEMORAND
Non, absolument pas mais enfin, ça se joue…

NICOLAS SARKOZY
Avec votre curriculum universitaire, je prends des risques.
NICOLAS DEMORAND
Mais vous avez dû lire une note blanche sur moi, enfin passons…

NICOLAS SARKOZY
Oh non ! Cétait… dire que vous étiez un bon étudiant…
NICOLAS DEMORAND
Donc, on va essayer…

NICOLAS SARKOZY
à‡a a été écrit partout.
NICOLAS DEMORAND
On va essayer, N. Sarkozy, de vous poser une bonne question, intelligente. Vous vous êtes présenté tout à  lheure comme ministre et président de lUMP, est-ce que vous ne pensez pas quil faudrait aussi se présenter maintenant comme candidat à  la future élection présidentielle, parce que ça permettrait de lever un certain nombre de doutes peut-être sur votre action dambiguïté

NICOLAS SARKOZY
Je ne sais pas, jai entendu que Monsieur Strauss-Kahn et Madame Royal disaient ça. Ils ont certainement oublié quils ont été des ministres et des soutiens très fidèles de L. Jospin, qui a été candidat à  lélection présidentielle en étant Premier ministre jusquà  la dernière seconde, de la dernière minute, de la dernière heure de la dernière journée. Je respecte les convictions des autres, je pose simplement une question : pourquoi ce que Monsieur Strauss-Kahn et Madame Royal trouvaient très bien pour L. Jospin serait très mal pour moi ? Jajoute que je ne comprends pas tout. Un certain nombre de mes adversaires, et cest leur droit, disent “ah non, on ne peut pas être au Gouvernement et peut-être un jour candidat” - parfait - parce quil y a trop davantages”. Et un certain nombre de mes amis disent “ il faut surtout quil sen aille, parce quil y a trop dinconvénients à  assumer la responsabilité de ministre de lIntérieur ”. La vérité, cest que jai des dossiers, des problèmes à  gérer, que je les gèrerai, et le moment venu, je ferai autre chose si je suis candidat.
NICOLAS DEMORAND
Mais par exemple, vous revendiquez la sortie de crise dans laffaire de Cachan, vous dites que cest parce quune de vos conseillères était depuis 10 jours, jour et nuit, sur place quune solution a pu être trouvée. On se demande, puisque vous dites que vous aviez le pouvoir de sortir de cette crise, pourquoi vous ne lavez pas fait plus tôt, et là  on se dit “ tiens, cest peut-être parce que le candidat na pas le même intérêt que le ministre” !

NICOLAS SARKOZY
Non, mais jaimerais quon parle de cette affaire sérieusement et je vous réponds très sérieusement…
NICOLAS DEMORAND
Cest une question sérieuse, cest une question sérieuse Ni. Sarkozy.

NICOLAS SARKOZY
Bien sûr, bien sûr, mais jai observé avec beaucoup dintérêt que pendant le mois et demi o๠a duré cette occupation de Cachan, jen étais le seul responsable. A la minute o๠ça a commencé à  discuter, et quon a trouvé une sortie de crise, jai trouvé qualors il y avait beaucoup de personnes qui avaient travaillé au dénouement de la crise. Quest-ce qui sest passé à  Cachan ? Il sest passé quil y a eu une décision de justice qui intimait lordre dexpulser les gens qui occupaient Cachan. Et jai trouvé extrêmement incohérent que, ceux-là  même qui demandent le respect de lindépendance de la justice - parlementaires, anciens ministres socialistes - venaient à  la télévision et à  la radio demander quon nexécute pas une décision de justice. Cest quand même très curieux. Que le simple citoyen prenne ses libertés, je comprends parfaitement, mais quun parlementaire vienne, ceint de son écharpe - Monsieur J. Lang, par exemple - pour dire “ on napplique pas une décision de justice ”, alors que la veille il voulait me donner des leçons sur lindépendance de la justice, cest une première incohérence. Quest-ce que jai dit le 17 août quand ça a commencé, car il ny a pas eu une expulsion mais deux ? Jai dit quil y avait une solution dhébergement pour tout le monde, et que je regarderai les dossiers au cas par cas car je refuse, et je confirme, toute forme de régularisation collective et massive. Cest exactement la sortie de crise. Alors pourquoi on a eu cette sortie de crise ? Tout simplement parce que des associations raisonnables et responsables, comme la Licra, comme SOS Racisme, comme France Terre dAsile, ont convaincu ces malheureux, qui avaient été mis dans un gymnase comme on est installé dans une impasse, que je ne cèderai pas sur la régularisation massive, et que pour les femmes et les enfants qui se trouvaient dans le gymnase, il fallait trouver une solution. Et cest la solution qui a été trouvée…
NICOLAS DEMORAND
Mais pourquoi aussi longtemps alors ?

NICOLAS SARKOZY
Mais parce que des associations, comme le DAL, ont voulu faire de la politique sur le dos de malheureux, en leur laissant à  penser que je cèderais sous la pression médiatico-mondaine, et que je régulariserais tout le monde. Jétais à  Madrid il y a 15 jours, jai vu le Premier ministre Zapatero qui a vu les conséquences dune décision de régularisation massive de 500.000 personnes. Quest-ce que ça amène ? Il faut que les gens le sachent. Quand un pays régularise, les réseaux criminels et mafieux du monde entier qui exploitent la pauvreté de ces malheureux clandestins, les amènent dans le pays o๠on régularise, en leur laissant à  penser et en leur faisant croire quun jour, ils seront régularisés. Les socialistes français lont fait en 97 en France. Lannée suivante, lannée suivante on a quadruplé le nombre des demandes dasile politique. Donc, on a voulu exploiter ces gens-là , jai essayé de régler le problème, je suis ravi que la responsabilité ait pu triompher, et je vois dailleurs quaujourdhui je suis critiqué par lextrême gauche parce que je ne suis pas assez généreux, par lextrême droite parce que je le suis trop. Moi ce que jessaie de faire, cest de trouver des solutions aux problèmes de la France.
NICOLAS DEMORAND
Quasiment un an après les émeutes de banlieue de lautomne 2005, comment jugez-vous aujourdhui la situation dans les quartiers N. Sarkozy ?

NICOLAS SARKOZY
Les causes structurelles nont pas disparu. Pourquoi ? Et je suis très intéressé de voir quun certain… L. Fabius, pas plus tard quhier, cest quand même invraisemblable, dit “ maintenant, il ne faut plus aller chercher les délinquants dans les quartiers, parce que sinon on risque de rallumer les tensions ”. Sil y a des tensions dans notre pays, cest pour une raison et une seule, cest quun certain nombre dindividus pensent quils peuvent sabriter derrière limpunité. Cest ça la réalité des choses. Et nous avons décidé depuis 2002 quon irait chercher les délinquants là  o๠ils se trouvent…
NICOLAS DEMORAND
Avec les caméras !

NICOLAS SARKOZY
Si la société… je vais y venir, si la société devait céder, ça serait lexplosion de la violence. Alors avec les caméras, mais que les choses soient claires, je ne comprends pas. Les caméras, vous faites allusion sans doute à  lopération des Mureaux…
NICOLAS DEMORAND
Difficile dy échapper. On a trois télés devant nous, difficile dy échapper.

NICOLAS SARKOZY
3 télés devant vous, o๠?

NICOLAS DEMORAND
Là , ici là , trois écrans de télévision. Et vous, vous avez 25 caméras de télévision derrière la vitre.

NICOLAS SARKOZY
Cest bien la première fois que je vois un journaliste, qui minvite à  une émission de télévision, se plaindre que son émission radiophonique sera télévisée…
NICOLAS DEMORAND
Ben voilà  ! Vous lavez dit, je ne suis pas le même journaliste que partout ailleurs, cest peut-être un peu bizarre, ça vous étonne peut-être…

NICOLAS SARKOZY
Oui.

NICOLAS DEMORAND
Mais oui, mais voilà  cest comme ça.

NICOLAS SARKOZY
Peut-être, mais alors dans ce cas-là , expliquez donc à  vos auditeurs pourquoi vous avez envoyé un communiqué à  toutes les télévisions, pour dire “ jai Sarkozy ce matin comme mon invité, venez sil vous plaît ”. Cest vous qui les avez invités…
NICOLAS DEMORAND
Vous savez, quand on a Joseph Stiglitz, prix Nobel dEconomie, on fait la même chose, donc voilà  cest simplement pour informer les gens de la richesse et de la variété du débat public sur cette antenne.

NICOLAS SARKOZY
Daccord, mais ce nest pas moi qui les ai invités, bon. Et sur les Mureaux, il serait très simple, invitez donc les journalistes qui étaient présents dans lopération des Mureaux, et demandez-leur qui les avait invités. Cest très simple, ce sont vos confrères, il suffit que vous leur demandiez. Et tous vous diront une chose, parce quils sont honnêtes, que ce nest pas le ministère de lIntérieur qui les a prévenus, et vous le savez parfaitement bien. Il suffit de leur demander, il y avait 80 journalistes qui étaient aux Mureaux, vous les invitez et vous leur demandez qui les a informés, et ça sera très intéressant pour le débat public et vous le savez parfaitement.
NICOLAS DEMORAND
Quatre ans quand même au Gouvernement, N. Sarkozy, et vous nous dites que les causes structurelles de la situation en banlieue nont pas évolué. Alors comment expliquer cet état de fait ? Il faut combien dannées de Gouvernement pour commencer à  faire évoluer les choses ?

NICOLAS SARKOZY
Il y a deux éléments… dabord les choses, elles évoluent bien sûr, mais il y a deux éléments structurels…
NICOLAS DEMORAND
Pas dans le bon sens, excusez-moi mais pas dans le bon sens.

NICOLAS SARKOZY
Quest-ce qui vous permet de dire ça ?
NICOLAS DEMORAND
Je ne sais pas… quand jentends vos déclarations, vous dites que les policiers sont victimes de guet-apens, quils ne peuvent plus faire leur travail dans les quartiers, je me dis “ même le ministre de lIntérieur le dit, donc ça veut dire que ça nest pas brillant ”…

NICOLAS SARKOZY
Non, ce nest pas exact. Si vous regardez lappareil statistique qui existe depuis le lendemain de la guerre, qui na pas changé, qui est le même, de 1998 à  2002, la délinquance a explosé en France de 15 % en plus. Le même appareil statistique, qui na pas changé, explique que depuis que je suis ministre de lIntérieur, la même délinquance entre 2002 et 2006 a baissé de 9 %. Alors pour autant, si vous voulez me faire dire quil existe encore de la violence, vous avez raison. Pourquoi ? Il y a deux phénomènes que nous navons pas su maîtriser, je parle de la société française. Le premier, cest que nous navons pas eu le courage de parler de limmigration, et que depuis 30 ans, nous subissons un phénomène sans vouloir le contrôler. Et cest incroyable, il se trouve que les petits-enfants français sont moins intégrés que leurs grands-parents étrangers. Ce qui prouve donc quil faut maîtriser limmigration, et quon ne pouvait plus continuer comme ça. Et puis un deuxième phénomène qui est extrêmement préoccupant, qui a valu des déclarations de ma part et des problèmes avec un certain nombre de magistrats, cest que les mineurs de 2006 nont plus rien à  voir avec les mineurs de 1945. Il faut donc être beaucoup plus sévère avec les mineurs et avec les multirécidivistes. Voilà  les problèmes structurels auxquels nous sommes confrontés.
NICOLAS DEMORAND
Eh bien, on va en discuter dans la deuxième partie de cet entretien… Une petite pause et juste après, simplement les titres de la presse.
NICOLAS DEMORAND
INTER ACTIV, il est 8 heures 32, je vous rappelle que notre invité ce matin est Nicolas SARKOZY, et quà  mes côtés il y a désormais Hélène JOUAN et Bernard GUETTA, qui peuvent lun comme lautre intervenir quand ils le souhaitent dans cet entretien. On va prendre tout de suite une première question, Michel qui nous appelle de Seine Saint-Denis, bonjour à  vous Michel.

MICHEL
Oui, bonjour, bonjour Monsieur SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY
Bonjour Michel.
MICHEL
Je vous appelle parce que je suis un électeur de droite, majoritairement de droite, il mest arrivé de voter à  gauche mais de façon anecdotique. Et donc je mapprête à  voter pour vous au 1er et de façon certaine au 2ème tour, et pourtant quelque chose me gêne un peu puisque jai le sentiment quun de vos ressorts politiques porte sur, dune certaine façon, le fait de dresser un peu les gens les uns contre les autres, les ruraux contre les urbains, les salariés du privé contre les fonctionnaires, les gens qui travaillent contre les chômeurs, les Français contre les immigrés. Et je me demande si cest un bon ressort politique, pour quelquun qui prétend aux plus hautes fonctions et qui est chargé dassurer lunité de la République.
NICOLAS DEMORAND
Voilà , Nicolas SARKOZY vous répond Michel.

NICOLAS SARKOZY
Michel, ne men veuillez pas mais heureusement quavec tout ça, vous envisagez de voter pour moi, bon. Cest tout le contraire, jétais toute la journée de vendredi dans le Finistère, et je nai cessé dexpliquer que les problèmes de la campagne daujourdhui seraient les drames de la ville demain. Sagissant de la Seine Saint-Denis, je viens dexpliquer que les problèmes de la Seine Saint-Denis cétait ceux dune immigration non maîtrisée. Et quant aux fonctionnaires, je crois être le seul responsable politique à  avoir fait des propositions, parce que je naime pas la façon dont on parle des fonctionnaires en France. On en parle de façon pas assez respectueuse, parce que la performance existe également dans la Fonction publique. Mais quest-ce que jessaie de faire Michel ? Jessaie de tirer les conséquences du tsunami politique de 2002, et du fait que nous sommes une démocratie o๠il y a un Français sur deux qui ne vote pas. Jessaie dêtre sincère, jessaie dêtre authentique, jessaie de dire la vérité, jessaie dêtre loyal avec les Français en leur disant très exactement ce que je pense, ce que je ferai si jai des responsabilités, et par-dessus tout que je tiendrai après les élections ce que jaurai dit avant. Vous voyez, cest un vrai changement.
NICOLAS DEMORAND
Allez une question, Hélène JOUAN.

HELENE JOUAN
Mais certains Nicolas SARKOZY vous soupçonnent justement un peu de populisme, voire de démagogie quand vous dites “ lopinion est avec moi, et cest cela qui compte ”. Est-ce que cest ça une ligne politique, incarner une ligne politique ?

NICOLAS SARKOZY
Oui, Hélène JOUAN cest tout à  fait extraordinaire ça. Quand un homme de gauche est populaire, on dit quil est proche du peuple, quand un homme de droite est populaire, on dit quil est populiste. Qui le dit ?

HELENE JOUAN
Non mais de dire que…

NICOLAS SARKOZY
Non, juste un mot, qui le dit ça ? Cest assez extraordinaire, cest-à -dire quil vaudrait mieux ne pas être compris par les gens ? Et vous pensez que lélégance des idées, cest quon ait de moins en moins de gens qui adhèrent à  son parti politique, qui votent pour vous aux élections ou des mauvais sondages. Si javais des mauvais sondages Hélène JOUAN, vous les matraqueriez toute la journée, et je ne suis même pas sûr quau bout, vous continueriez à  minviter. Quest-ce que jai dit qui est populiste ? Quand je dis par exemple : “ les magistrats en Seine Saint-Denis, certains dentre eux au tribunal pour Enfants, ont renoncé devant la violence ”, ça na rien de populiste, cest une conviction. Conviction qui sappuie sur des faits, dun côté on dit “ la violence augmente en Seine Saint-Denis ”, de lautre je regarde les chiffres, il y a 15 % de mises sous écrou de moins. Ce nest pas être populiste que de dire ça.

HELENE JOUAN
Et quand le président de la République dit “ non, moi je suis garant des Institutions, la Justice fait tout à  fait bien son travail ”, quand Dominique de VILLEPIN le rappelle hier, ça veut dire que vous exprimez effectivement une conviction différente des leurs ?

NICOLAS SARKOZY
Le même président de la République, qui était sommé par des syndicats de magistrats, de défendre lindépendance de la magistrature mise en cause par mes déclarations, une semaine avant on accusait le même président de la République de mettre gravement en cause lindépendance de la Justice à  propos de la nomination de Laurent le MESLE. Mais vous pensez que les Français sont dupes de ce petit cirque médiatique, o๠entre trop bons amis on continue à  dire et à  penser la même chose ? Je suis élu depuis 25 ans, je suis à  la tête dun grand parti républicain, jai débattu… je crois que je suis le responsable politique qui a le plus souvent débattu avec Jean-Marie le PEN, je pense être lun de ceux qui peut le faire reculer. Je défends mes idées avec franchise, avec loyauté, sans aucune hypocrisie, cest exactement le contraire du populisme, exactement. Et je voudrais dire à  toutes les élites, qui sont si sûres davoir raison, quil faut peut-être se réveiller. Quand jai défendu lidée que la Turquie ne devait pas rentrer en Europe, on ma traité de populiste. A larrivée, le “ non ” a fait 55 % au referendum…

HELENE JOUAN
Pour dautres raisons peut-être aussi.

NICOLAS SARKOZY
Oui bien sûr, cest toujours dautres raisons, continuez à  dormir tranquille au sens o๠ne provoquons pas de débat. Quand jai posé cette question-là , on a dit “ mais cest une question quon ne doit pas poser lorsquon est un homme dà‰tat ”. Seulement le problème, cest que le peuple lui se la pose.
NICOLAS DEMORAND
Le Premier ministre turc a demandé à  la France de faire bien attention, avant dadopter le texte qui va être en débat à  lAssemblée sur le génocide arménien. Et la tension monte dun point de vue diplomatique entre les deux pays. Quelle est votre analyse sur ce sujet ?

NICOLAS SARKOZY
Jai eu deux fois Monsieur ERDOGAN au téléphone sur cette question-là , et je suis très heureux dailleurs de voir lévolution des positions. Jai toujours été de ceux qui pensaient quil y a eu un génocide en Arménie, et je nai pas compris pourquoi on ne le reconnaissait pas. Je lai toujours pensé et je lai toujours dit…

BERNARD GUETTA
Il est reconnu maintenant, Monsieur le ministre.

NICOLAS SARKOZY
Il est reconnu, mais Monsieur GUETTA pour moi, ce nest pas une condition préalable pour rentrer en Europe, parce que pour rentrer en Europe, le fait quun pays fasse son devoir de mémoire, comme lAllemagne la fait, cest le minimum. Mais ce nest pas parce quon fait son devoir de mémoire quon a droit de rentrer en Europe. Jajoute quil est très étonnant quun pays comme la Turquie qui veut rentrer en Europe, commence par expliquer (alors même quelle nest pas membre de lUnion) que lEurope cest 24 pays et pas 25, puisque la Chypre ne lui plaît pas.
NICOLAS DEMORAND
Et sur la loi donc, il faut éviter de voter ce genre de loi daprès vous ?

NICOLAS SARKOZY
Je pense quon pourrait éviter de voter cette loi quà  trois conditions, me semble-t-il. La première, cest quil y ait une Commission bilatérale et paritaire entre lArménie et la Turquie, pour que ces deux pays fassent ce travail lun vers lautre. La seconde condition, cest que la Turquie rouvre ses frontières avec lArménie car, Monsieur GUETTA vous le confirmerait mieux que moi, elles sont aujourdhui fermées. Et la troisième condition, cest que la Turquie renonce à  la législation pénale qui fait interdiction en Turquie de parler du génocide. Si ces conditions étaient réunies, alors je pense quon pourrait sabstenir de voter.
NICOLAS DEMORAND
Alors Bernard GUETTA.

BERNARD GUETTA
Cest ce que vous avez dit à  Monsieur ERDOGAN au téléphone ?

NICOLAS SARKOZY
Cest ce que jai dit à  Monsieur EREDOGAN, mais sans être certain Monsieur GUETTA de le convaincre.

BERNARD GUETTA
Et comment a-t-il réagi ?

NICOLAS SARKOZY
Il a pris bonne note.
NICOLAS DEMORAND
Hélène JOUAN, Brigitte JEANPERRIN, allez Brigitte.

BRIGITTE JEANPERRIN
Moi je voulais revenir sur les banlieues. Dans quelques temps, on va être 1 an après les événements dans les banlieues françaises, quel bilan tirez-vous, a-t-on donné assez dargent pour que les associations réagissent ? Beaucoup disent quelles nont pas eu les budgets promis. Est-ce que vous luttez toujours contre la discrimination, poussez-vous les entreprises dans ces quartiers à  embaucher les jeunes ?

NICOLAS SARKOZY
Merci, alors trois réponses. Dabord je voudrais dire une chose qui est à  lhonneur de notre République et de notre démocratie, tous les pays, les grands pays du monde ont connu des émeutes urbaines, nous avons connu 27 nuits démeute, il ny a pas eu une victime, ni du côté des émeutiers ni du côté des policiers. Franchement, ça a fait ladmiration dun certain nombre de grands pays. Si je me rappelle les émeutes de Los Angeles, il y a eu 50 morts, les émeutes de Birmingham en Angleterre, il y a eu beaucoup de morts. Cest à  lhonneur de la police et de la gendarmerie française, lattitude quils ont eue et la maîtrise dont ils ont fait preuve.
NICOLAS DEMORAND
Mais vous ne regrettez pas pour autant davoir démantelé la police de proximité, Nicolas SARKOZY, parce quelle peut marcher sur deux pieds la police ?

NICOLAS SARKOZY
Certainement pas. Ecoutez si cette police de proximité était si bonne, on se demande pourquoi monsieur HONDELATTE, pourquoi…
NICOLAS DEMORAND
Je ne suis pas monsieur HONDELATTE, on est sur FRANCE INTER là  Nicolas SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY
Alors cher Nicolas alors. Pourquoi pour la première fois, en 2002, le seuil de 4 millions de crimes et délits a été dépassé ? Si la police de proximité cétait la panacée, pourquoi les statistiques mesurant la délinquance ont explosé ? Deuxièmement, est-ce quil y a assez dargent ? Ma réponse est oui. Et la solution nest pas de mettre toujours plus dargent. La politique de la ville sur les dix dernières années, cest 45 milliards deuros payés par le contribuable. Et moi, je pense quon a fait une erreur. Il faut maintenant cesser de réfléchir en terme de zone, en terme de territoire et de réfléchir aux gens qui y vivent. Refaire un immeuble, cest très bien mais si vous ne donnez pas un boulot à  ceux qui y vivent, ça ne sert pas à  grand chose. Et je termine sur un troisième point, sur la discrimination. Je crois comme vous le savez à  la discrimination positive à  la française. Il faut aider davantage celui qui veut se lever tôt le matin, celui qui veut sen sortir. Il faut quon lui tende la main. En revanche, il est temps quon explique que si quelquun ne veut pas sen sortir, lEtat ne peut rien pour lui.
NICOLAS DEMORAND
Si la politique de la ville, Nicolas SARKOZY, a donc échoué, en tant que futur candidat à  la présidentielle que pensez-vous, quallez-vous proposer pour essayer de redonner, de ré insuffler de lavenir dans ces quartiers ?

NICOLAS SARKOZY
Je ne dis pas quelle a échoué, je dis quelle a touché ses limites. Et pour moi, dans ces quartiers tout se jouera sur la capacité que nous aurons à  dire à  un certain nombre de jeunes, si tu te formes et si tu travailles, tu peux trouver ta place dans la société. Si tu veux pas te lever le matin, si tu continues à  dealer de la drogue, tu nas aucune chance de ten sortir.
NICOLAS DEMORAND
Allez Hélène JOUAN puis Bernard GUETTA et beaucoup de questions au standard. Hélène ?

HELENE JOUAN
Alain JUPPE a été réélu hier maire de Bordeaux au premier tour, quel rôle vous espérez le voir jouer Nicolas SARKOZY ? Et dabord est-ce que cest un ami ou un adversaire qui revient dans le jeu politique ?

NICOLAS SARKOZY
Dabord cest une très bonne nouvelle parce quimaginez quAlain JUPPE ait perdu, ce serait une défaite pour la famille politique que je préside et vous minterrogeriez alors, quelle est votre réaction sur cette défaite. Donc cest une bonne nouvelle politique. Je pense de surcroît que cest une bonne nouvelle personnelle parce que je pense quAlain JUPPE a beaucoup souffert, quil y a eu beaucoup dinjustice dans ce qui lui a été reproché et finalement, cest assez réjouissant de voir que les électeurs de Bordeaux ont considéré que la sanction qui lui avait été infligée était sans doute sévère, très sévère, peut-être même trop sévère et ont voulu en votant à  56% pour lui, réparer en quelque sorte cette injustice. Ca prouve que les gens sont extrêmement lucides. Quant au rôle que jouera Alain JUPPE, cest à  lui de le définir.

HELENE JOUAN
Vous espérez quil fera campagne avec vous ?

NICOLAS SARKOZY
Jespère quil prendra toute sa part dans la formation politique qui est la sienne, qui est la notre et quil fera campagne pour celui qui sera choisi comme le candidat de notre famille. Dailleurs vous savez cest pas un secret, jai eu Alain JUPPE au téléphone vendredi soir et dimanche soir.
NICOLAS DEMORAND
Allez Bernard GUETTA puis le standard de FRANCE INTER.

BERNARD GUETTA
Monsieur le ministre, vous nous disiez tout à  lheure que les démocraties et notamment la France devraient ou auraient du être plus fermes, parler plus directement avec la Russie. Mais dun autre côté quand on traverse lAtlantique, on voit, quand on traverse lAtlantique pour aller aux Etats Unis, on voit Guantanamo, on voit les prisons de la CIA, on voit létat de droit bafoué spectaculairement par la plus grande démocratie du monde. Et quand vous sortez de la Maison Blanche, vous reprochez à  la France dêtre trop arrogante. Alors est-ce quil y a deux poids deux mesures dans votre vision de la politique étrangère ?

NICOLAS SARKOZY
Dabord ce nest pas exact. Jai parlé dune arrogance française dans une interview au MONDE trois jours avant de partir. Donc dont act. Lhomme précis que vous êtes doit le dire. Et vous savez parfaitement, pour vous passionner pour la politique extérieure, que le sentiment que notre pays parfois donne des leçons alors que nous aurions sur bien des sujets un travail à  faire, cest un sujet que tous ceux qui se passionnent pour les relations internationales connaissent parfaitement bien. La démocratie américaine a bien des insuffisances, je nai pas connaissance que dans la démocratie américaine, on assassine les opposants politiques.

NICOLAS DEMORAND
Non mais on légalise la torture en ce moment.

NICOLAS SARKOZY
En tous cas, je voudrais faire une troisième remarque. La troisième, cest que ça fait deux fois consécutivement que les Etats Unis se dotent dun ministre des Affaires étrangères de couleur. Il me semble que cest un très bon, signe en matière de lutte contre les discriminations. Quant à  Guantanamo, je nai jamais accepté le principe de Guantanamo même si il faut comprendre que ce qui sest passé à  New York et à  Washington en 2001 a durablement marqué non seulement les Américains, mais tous les démocrates. Et par ailleurs quil y a beaucoup de progrès encore à  faire. Mais je dis une chose, cest que les démocraties doivent être davantage exigeantes sur le plan des principes. Je le dis pour lIran, je le dis pour la Corée, je le dis pour un certain nombre dEtats qui se comportent comme des Etats voyous.
NICOLAS DEMORAND
André nous appelle des Hauts de Seine. Bonjour à  vous André, nous vous écoutons.

ANDRE
Bonjour à  tous. Bonjour à  monsieur le ministre.

NICOLAS SARKOZY
Bonjour André.

ANDRE
Monsieur SARKOZY, vous venez de faire référence au non au référendum pour le traité de constitution européenne. Or moi, je me pose des questions actuellement, de quelle autorité, suivant quelle consultation du peuple de France on va faire rentrer la Roumanie et la Bulgarie dans lUnion européenne ?
NICOLAS DEMORAND
Nicolas SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY
Pour la Roumanie et la Bulgarie, ça avait été décidé bien avant et par conséquent je soutiens la décision qui les fait rentrer. Pourquoi André ? Parce que personne ne conteste que la Roumanie et la Bulgarie sont en Europe. La Bulgarie et la Roumanie cest la réconciliation de la famille européenne et me semble t-il, on ne peut pas refuser à  un pays européen de rentrer dans lUnion européenne. Ma position sur la Turquie, cest pas parce quils sont musulmans, cest parce que la Turquie à  une toute petite exception, cest à  dire la partie dIstanbul qui se trouve à  lOuest, la Turquie est en Asie Mineure. Donc jai considéré quelle avait pas à  être en Europe. Cest pas le cas pour la Roumanie et pour la Bulgarie. Jajoute enfin quil sagit de deux pays très francophones et que cest, me semble t-il, notre intérêt de les faire rentrer.

NICOLAS DEMORAND
Nicolas SARKOZY sur la question de lIslam, votre réaction, votre analyse à  laffaire du philosophe Robert REDEKER. Le texte, la pétition signée par un certain nombre dintellectuels appelle lEtat français à  protéger Robert REDEKER aussi longtemps que nécessaire comme le fit en son temps la Grande Bretagne pour Salman RUSHDIE. Quelle est votre analyse de cet événement dactualité tout de même préoccupant ?

NICOLAS SARKOZY
Je suis dautant plus daccord que jai pris la décision moi-même de faire protéger le professeur REDEKER, que je trouve que cette espèce de fatwa dont il est la victime est absolument scandaleuse. Que mieux que ça, non seulement nous protégeons le professeur REDEKER mais jai mis en Å“uvre toute une stratégie et beaucoup de moyens pour retrouver ceux qui le menacent. Que les choses soient claires. Dans la démocratie française, on a le droit de parler de ce quon veut. Jajoute que lorsquil y a eu laffaire, vous le savez, des caricatures du prophète, je crois avoir été lun des rares hommes politiques de droite à  considérer et à  dire quil valait mieux un excès de caricature quun déficit de caricature. Non pas que je trouvais que les caricatures du prophète étaient du meilleur goût, personnellement il y aurait beaucoup à  dire. Mais je préfère lexcès de caricature que linsuffisance de caricature. Et permettez de le dire, je suis bien placé pour le dire et le raconter étant sans doute lun des responsables les plus caricaturés qui soit. Mais cest la démocratie. Et donc ceux qui menacent ce professeur de philosophie le font au mépris des règles de la démocratie et de la République. Ils auront à  rendre des comptes. La démocratie na pas à  se laisser impressionner. Jajoute enfin pour lIslam que cest tout lintérêt des musulmans de France que lIslam devienne une religion comme les autres. Pas plus ni moins que les catholiques, les protestants, les juifs, dans notre pays. Et ça cest un point sur lequel nous ne pourrons pas céder et nous ne pourrons pas transiger. Ce qui se passe avec cet enseignant est parfaitement scandaleux.
NICOLAS DEMORAND
Charles nous appelle du Lot et Garonne. Bonjour à  vous Charles.

CHARLES
Oui bonjour. Bonjour monsieur le ministre.

NICOLAS SARKOZY
Bonjour Charles.

CHARLES
Bonjour à  toute léquipe.
NICOLAS DEMORAND
Elle vous salue.

CHARLES
Vous utilisez depuis quelques mois, monsieur le ministre, le mot de rupture. Il semblerait que ce mot prenne tout son sens aujourdhui à  lUMP puisque de nouvelles candidatures se profilent entre guillemets. Monsieur De VILLEPIN, le Premier ministre, et madame ALLIOT MARIE, le ministre de la Défense. Dans ce postulat, monsieur le ministre de lIntérieur, avez-vous dores et déjà  prévu une date pour une primaire interne à  lUMP ?

NICOLAS SARKOZY
Oui il y a un calendrier qui a été prévu Charles. Ce calendrier cest que les candidatures devront se faire connaître à  la fin du mois de novembre et quil y aura un congrès o๠tous les militants de lUMP pourront voter. Je crois au débat, je crois à  la démocratie et je crois à  la concurrence. Si il y a dautres candidats, tant mieux. Jajoute que la méthode, lélection, le calendrier entre novembre et janvier a été défini lors dun bureau politique de lUMP o๠siégeaient et monsieur De VILLEPIN et madame ALLIOT MARIE. La rédaction de larticle je lai faite avec Michèle ALLIOT MARIE elle-même. La règle a été votée par chacun dentre nous. Le calendrier a été adopté par chacun dentre nous. Cest la règle de la démocratie. Je suis de ceux qui pensent que la concurrence, cest normal. Cest sain. Cest utile. Il ny a pas de candidat de droite divin, il ny a pas de domaine réservé à  lUMP. Que chacun qui a quelque chose à  dire et veut porter une alternative, ait le courage de le faire. Mais ça se passe à  lintérieur de lUMP, pas à  lextérieur.
NICOLAS DEMORAND
Charles évoquait lidée de rupture. On sait quelle vous est chère Nicolas SARKOZY. Expliquez-moi, juste un problème de logique. Comment peut t-on mettre en Å“uvre une rupture alors que ça fait si longtemps quon fait partie de la vie politique classique de la chiraquie, comme on dit dans les livres ? Vous avez été également aux côtés dEdouard BALLADUR. Ca fait donc très longtemps que vous êtes là . Donc vous faites partie de lhéritage plus que vous nêtes en rupture par rapport à  lui.

NICOLAS SARKOZY
Cest très flatteur de votre part de venir me faire dire que je fais partie de la chiraquie. Cest une information qui me flatte et qui me touche beaucoup, puis qui témoigne dune très grande connaissance de la vie politique interne à  notre pays.
NICOLAS DEMORAND
Non en tout cas de son histoire et de la votre aussi. Oui des ruptures, il y a eu des ruptures par le passé mais le système global politique, au sens large. La vue politique française en grande partie.

NICOLAS SARKOZY
Jy viens. Mais bien sûr.
NICOLAS DEMORAND
Cest pas moi qui linvente.

NICOLAS SARKOZY
Bien sûr. Jy viens. Alors quand je commence cette interview avec vous, vous me rappelez quil faut beaucoup dexpérience et quon ma dit, quon ma reproché un certain manque dexpérience. Voilà  que je la termine et on me dit, mais enfin comment un type comme vous qui est là  depuis si longtemps, avec une telle expérience, peut t-il incarner le renouveau ? Ca devient difficile à  suivre. Je vais mexpliquer sur la rupture. Cest parfaitement simple. En 2002, on a LE PEN au deuxième tour. En 2005, on a 55% des Français qui disent non à  lEurope. On a un Français sur deux qui vote pas. Et dans les Français qui votent, il y en a un quart qui vote pour lextrême gauche ou pour lextrême droite. Je réclame une rupture avec la façon traditionnelle de faire de la politique. Parce que je pense que les Français attendent autre chose. Et je vais même vous dire autre chose, cest que ça marche parce que cest sur ce thème de la rupture que jai développé lUMP qui a triplé le nombre de ses adhérents. Et cest sur ce thème de la rupture que depuis quatre ans, jessaie de dire il faut faire de la politique autrement. Mais regardez ce que je fais au ministère de lIntérieur. Est-ce que vous me trouvez dans la stricte continuité avec ce que faisait Daniel VAILLANT ? Ou est-ce que je porte moi-même la rupture ? Regardez ce que je dis sur la politique de limmigration. Hélène JOUAN disait, est-ce que vous nêtes pas populiste ? Est-ce que cest pas de la rupture avec ce qui se disait avant ? Regardez ce que je dis à  monsieur GUETTA sur la politique des Affaires étrangères. Est-ce que cest pas une rupture ? Vous avez parlé, vous même, de mon interview à  la revue de monsieur André GLUCKSMANN. La rupture non seulement jen parle mais je la fais. Et je la fais parce que je crois que cest mon devoir dhomme politique de donner davantage de sens au débat public français, darrêter de ronronner, darrêter de faire des discours o๠on fait du bruit avec la bouche sans rien dire, sans rien proposer, sans que les gens, avec des gens qui nous écoutent qui disent, mais celui-la qui parle, est-ce quau moins il croit en ce quil dit ? Voilà  cest ma façon dincarner la rupture. Et pour cela, il faut beaucoup dexpérience. Alors je précise une dernière chose. Comme vous lavez certainement observé, je ne suis pas président de la République. Et dans la Vème République, le patron cest le président de la République. Alors peut-être si un jour ça change, ce sera une vraie rupture.
NICOLAS DEMORAND
Allez une petite question dHélène JOUAN et on vous laisse partir.

HELENE JOUAN
Je reviens sur les candidatures à  lUMP. Est-ce quaujourdhui votre conviction, cest que Dominique De VILLEPIN sera candidat ?

NICOLAS SARKOZY
Franchement, jai pas de conviction là  dessus et je considère que si il veut être candidat, quil le dise.

HELENE JOUAN
Avant fin novembre vous venez de nous dire ? Il doit le dire avant fin novembre pour faire partie du processus de désignation.

NICOLAS SARKOZY
Il doit suivre le calendrier qui a été fixé par notre propre formation politique.

HELENE JOUAN
Mais vous le voyez souvent. Vous sentez quil a envie dy aller, quil a envie de vous affronter dans cette élection interne ou pas ?

NICOLAS SARKOZY
Je sais pas. Ces dernières déclarations doivent bien témoigner dune quelconque impatience mais cest son droit.

NICOLAS DEMORAND
Vous avez encore le temps pour une petite question de Bernard GUETTA ou pas Nicolas SARKOZY ?

NICOLAS SARKOZY
Vous savez avec qui jai rendez-vous après ?
NICOLAS DEMORAND
Non, dites-le-nous.

NICOLAS SARKOZY
Avec celui dont vous avez parlé.
NICOLAS DEMORAND
Le président de la République.

NICOLAS SARKOZY
Si je suis en retard comme ça, ce sera de votre faute. Je pourrais dénoncer, enfin je pourrais dénoncer quelquun.
NICOLAS DEMORAND
Il écoute FRANCE INTER le matin. Il écoute FRANCE INTER cette bonne radio.

NICOLAS SARKOZY
Ah oui cest sûr, il écoute la radio le matin.
NICOLAS DEMORAND
Formidable. Un scoop.

BERNARD GUETTA
Il y a encore quelques mois, Nicolas SARKOZY, rupture dans votre bouche signifiait rupture avec le modèle social français, cest à  dire grosso modo avec lEtat providence. Etait-ce et est-ce toujours le cas ?

NICOLAS SARKOZY
Ecoutez rupture, quand on parle de modèle social français, je veux que ceux qui nous écoutent le comprennent. Pour moi, le meilleur modèle social, cest celui qui donne un emploi à  chacun. Or ce nest plus le modèle social français qui trimballe deux fois plus de chômeurs malgré nos bons résultats récents que les autres pays. Quand je vous lAngleterre plein emploi, les Etats Unis plein emploi, le Danemark plein emploi, un certain nombre de démocraties du Nord plein emploi, est-ce que je ne suis pas dans mon rôle en disant, ce que les autres ont réussi à  faire peut-être quon peut nous aussi le faire. Le modèle social, cest pas de donner le Rmi pour survivre, cest de donner un emploi parce que la seule façon, quon a de vivre dignement, cest de vivre debout du fruit de son travail.
NICOLAS DEMORAND
Merci Nicolas SARKOZY davoir été linvité de FRANCE INTER. Jespère que vous écouterez plus souvent cette belle radio de service public.

NICOLAS SARKOZY
Maintenant que je vous connais, vraiment je serais fidèle à  mort.
NICOLAS DEMORAND
Ah merci.

2 commentaires »

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Commentaire par observeur

8 novembre 2006 @ 0:42

Quelle puissance de feu.

J’espère que la fidélité “à  mort” se traduira par un remaniement de ce “service public” de la radio et l’éviction de ces guignols établis qui ne se nourrissent que de détails (caméras, petite phrase…) pour mener des débats vides de sens.

Je ne voterai pas pour Sarkozy, mais je le soutiendrai quand il sera président.

Commentaire par rouldug

28 décembre 2007 @ 21:05

Sarkozy qui recase son chargé de mission Colombani, responsable de la faillite du journal le Monde, et qui vient se plaindre … C’est l’hôpital qui se fout de la charité !

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