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Nicolas Sarkozy sur Europe 1

mar, juil 18, 2006

Interviews, Radio

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour Nicolas SARKOZY.

NICOLAS SARKOZY
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez quon parle dabord du Liban et de la situation internationale. Ce matin Israà«l continue de bombarder le Liban et annonce une offensive terrestre. Vous avez demandé récemment et vous répétez, Israà«l devrait proportionner sa réplique. Vous nêtes pas entendu. Qui peut être aujourdhui entendu par Israà«l ?

NICOLAS SARKOZY
Il faut que les amis de tous les protagonistes fassent pression pour que chacun comprenne quil ny a pas dautres solutions quun cessez le feu, quune trêve humanitaire. IL y a des civiles qui meurent aujourdhui au Liban, en grand nombre, en Israà«l et il faut que le calme revienne dans la région, parce que le risque descalade est extrêmement grand. Le Liban doit voir son intégrité territoriale préservée. Le Liban a le droit à  lindépendance. Le Liban a le droit à  la paix et cest un peu dramatique de voir ce petit pays qui fait tant deffort pour se reconstruire, que tout soit mis par terre ainsi. Mais il faut rappeler aussi la responsabilité du Hezbollah.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui pour vous cest lagresseur, le Hezbollah.

NICOLAS SARKOZY
Il y a pas que pour moi. Pour toute personne raisonnable et de bon sens, on voit…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cest vrai quil a provoqué le drame et quil est à  lorigine de lescalade, quil a pris les prisonniers israéliens. Mais à  partir de quel niveau ?

NICOLAS SARKOZY
Enfin quil a frappé à  lintérieur du territoire israélien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quil continue de la faire.

NICOLAS SARKOZY
Dire cela, enfin maintenant il faut parler clair. Les relations internationales, il faut que les choses soient dites, quelles soient dites avec calme et quelles soient dites franchement. La langue de bois nest pas plus supportable dans le cadre des relations internationales que dans le cadre du débat national. Le Hezbollah sest, me semble t-il, comporté de façon parfaitement irresponsable. On sait très bien également qui est derrière le Hezbollah, quelles sont les puissances qui arment le Hezbollah.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cest à  dire la Syrie, lIran.

NICOLAS SARKOZY
Oui mais quand on voit le comportement de lIran avec larme nucléaire et la façon dont lIran se moque des recommandations de la communauté internationale, il y a de quoi être inquiet. Et cest en ami dIsraà«l que je dis aux responsables israéliens, ne tombez pas dans le piège, proportionnez la réponse, épargnez les civils.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cest trop tard.

NICOLAS SARKOZY
Mais cest jamais trop tard. Ce nest jamais trop tard pour éviter des catastrophes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A partir de quel niveau de riposte, de destruction, du Liban lagresseur aura changé de camp ?

NICOLAS SARKOZY
Aujourdhui lagresseur cest clairement le Hezbollah et il ny a pas dautres solutions, me semble t-il, que de sécuriser le Sud du Liban en y mettant larmée libanaise, débarrassée des milices, qui minent la souveraineté du Liban ou en mettant une force internationale qui est la confiance des deux côtés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc cest à  Israà«l de désarmer le Hezbollah puisque personne ne le fait ?

NICOLAS SARKOZY
A partir du moment o๠Israà«l se retrouve seul face à  cette agression, Israà«l se défend. Je dis donc à  Israà«l, proportionnez la réponse. Cest un sujet extrêmement difficile. Il faut se mettre à  la place aussi des Israéliens. Nous sommes là  sur une bombe qui peut désagréger non seulement la région mais une partie du monde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi ladministration BUSH et lAmérique ne sengagent t-elles pas pour imposer un cessez le feu aujourdhui ?

NICOLAS SARKOZY
Moi je ne suis pas représentant de ladministration américaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous avez peut-être un jugement.

NICOLAS SARKOZY
Oui mais enfin je vais vous dire, dun autre côté il faut aussi être logique. On demande à  ce que le monde ne soit pas dominé par une seule puissance. On demande à  ce que le monde soit multi polaire. On demande à  ce que les organisations internationales prennent leurs responsabilités et on ne veut pas que le monde marche au pas cadencé de quelque puissance que cela soit. Et dès quil y a un problème, on se tourne vers eu. Il me semble que lEurope et la France peut jouer un rôle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La France se bat, on la vu au G8 avec Jacques CHIRAC. Ce matin sans douter au conseil des ministres, vous allez lentendre et vous allez peut-être en parler tous, pour un cessez le feu, pour la libération des prisonniers israéliens, pour sauver le Liban. Et hier à  Beyrouth sur place, il y avait Dominique DE VILLEPIN et Philippe DOUSTE BLAZY. Est-ce que vous êtes fier de ce qua fait la France aujourdhui ?

NICOLAS SARKOZY
Ils ont parfaitement bien fait de se rendre au Liban. Le Liban est un allié traditionnel de la France. Le Liban est un pays francophone. Le Liban doit être défendu.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En France est-ce quil y a des risques que vous avez perçus de tension et dinsécurité entre communautés à  cause de ce qui se passe au Proche orient ?

NICOLAS SARKOZY
Très franchement je ne le pense pas. Et le déchaînement de violence auquel nous avons assisté dans notre pays au moment des émeutes de novembre, nétait pas un déclenchement de violence fondé sur des considérants idéologiques ou en rapport avec une crise internationale. Cétait de la violence gratuite du fait dindividus totalement déracinés, ayant perdu tous repères familiaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors on parle de votre livre. Il paraît quil se vend très très bien et quil y a une édition supplémentaire, aux 130 000 il y en a 15 000 de plus. Cest bien. Le livre sappelle “ Témoignage ” au singulier. Témoignage. Mais quel besoin avez-vous de parler en témoin alors que pour tous aujourd’hui, demain et après demain, vous êtes lun des principaux acteurs ?

NICOLAS SARKOZY
Deux choses. Dabord “ Témoignage ” cétait une façon de dire ma part de vérité. Je dis ma part de vérité parce que je suis persuadé quil y a plusieurs vérités, selon lépoque o๠on se trouve, selon la personne et la perspective o๠on se présente. Et donc par conséquent, “ Témoignage ” cétait une façon de dire voilà  cest la mienne, cest ma part de vérité avec le droit à  lerreur dont chacun peut reconnaître quil en est responsable. Et puis deuxième chose, ça fait quatre ans que je suis au front, que je dois prendre des décisions, assumer des crises et cest sûr quil y a un certain nombre de choses sur lesquelles je ne métais pas expliqué ou je navais pas expliqué. Jai éprouvé le besoin de le faire plus longuement dans le cadre dun livre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire quil y a un SARKOZY qui agit et un SARKOZY témoin qui observe lautre et qui quelquefois doute ?

NICOLAS SARKOZY
Enfin douter, vous savez heureusement que je doute et heureusement que je réfléchis parce que laction sans la réflexion, ça na pas beaucoup de sens. Mais cétait une façon aussi de remettre en cohérence tout ceci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez pris la plume vous-même apparemment pour rassure et cest vrai que vous reconnaissez, vous le dites ?

NICOLAS SARKOZY
Je suis pas sûr que cest pour rassurer. En tous cas pour expliquer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et montrer quil y avait une cohérence, vous lavez dit et vous reconnaissez quon vous a reproché den, faire trop, dêtre trop pressé, trop boulimique, trop ambitieux dites-vous. Ce ne serait plus vrai ?

NICOLAS SARKOZY
Vous savez, jen vois tellement qui ont dit que jen faisais trop et dont je pensais moi mme, à  la fin de ma journée, que jen avais pas fais assez. Je ne pense pas, pour dire les choses, que le problème des responsables politiques cest den, faire trop. Le problème cest sans doute quils nen font pas assez.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous savez quels sont les mots qui reviennent le plus dans votre livre ? Vous voulez que je vous les dise ? Agir bien sûr, énergie, authenticité, rompre, volonté, construire, aimer. Le mot aimer, le mot revient souvent. Pour un politique, cest plutôt rare.

NICOLAS SARKOZY
Ecoutez je sais pas, quand on fait de la politique il vaut mieux aimer les autres, aimer les gens, sintéresser à  la vie des autres. Parce que sinon, il faut mieux faire un métier qui ne soit pas public. La politique cest quoi ? Cest la rencontre. Cest donner de la cohérence à  des sentiments forcément contradictoires dun peuple. Si on aime pas le public, si on aime pas la rencontre, si on aime pas léchange, si on aime pas dialoguer, si on aime pas parler et convaincre, encore une fois il faut choisir un autre métier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous aviez dit et raconté que vous avez été saisi dès lâge de 15 ans par la politique, qui nétait pas dans votre tradition familiale.

NICOLAS SARKOZY
Je pense que le problème pour moi de la politique cest que cétait pas un choix, cétait une identité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La politique elle parvient dagir mais laction pour quelle finalité ? Et est-ce quelle est collective ou, personnelle ?

NICOLAS SARKOZY
Dabord laction ne peut être que collective parce que seul, on ne peut pas changer les choses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la finalité ?

NICOLAS SARKOZY
Pour quelle finalité ? La question me semble t-il est assez simple. Si vous prenez deux pays comme la Grande Bretagne et lEspagne, sur les trente dernières années, vous voyez quils ont fait ces deux pays des progrès spectaculaires en terme de modernité. La question pour la France est clairement posée. Pourquoi les meilleurs de nos jeunes, pourquoi la partie de la population la plus dynamique épreuve le besoin de partir pour réussir ? Je voudrais réconcilier les Français avec la réussite. Je voudrais que chacun comprenne que lavenir, cest une espérance, cest pas une menace. Je voudrais que chacun puisse se mobiliser sur la promotion sociale de sa famille. Je voudrais quon réconcilie la France avec toutes ces valeurs, ce sont celles du travail, de leffort, du mérite, de la récompense. Il y a quand même pas, on va pas sexcuser de vouloir travailler plus que les autres et despérer gagner davantage que les autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nous sommes donc dans la pré campagne 2007. Le projet va venir dans pas longtemps.

NICOLAS SARKOZY
Je pense quon est surtout dans une situation o๠des mots comme le nivellement, comme lassistanat, comme légalitarisme ont fait des ravages. Alors que le monde à  une vitesse formidable. La France ne peut pas rester immobile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
François HOLLANDE vous savez quil a ironisé sur le livre. IL dit que cest le livre miroir de Narcisse qui voudrait tous nous convaincre de laimer. Est-ce que cest faux ?

NICOLAS SARKOZY
Ecoutez je suis très heureux que François HOLLANDE sintéresse tant à  mon livre. Je dois dire que javais pas mis la même attention au sien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je lui ai dis parce quil était linvité dimanche quil assurait la promotion de votre livre.

NICOLAS SARKOZY
Cest pas la prochaine fois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais tout de même, est-ce quil y a pas ce besoin dêtre aimé, de le demander aux Français ?

NICOLAS SARKOZY
Non franchement, vous savez si javais besoin dêtre aimé je ferais, là  aussi, jaurais choisi un autre engagement car le moins quon puisse dire depuis des années, cest que jai participé à  beaucoup de batailles, suscité beaucoup de polémiques, été lacteur de beaucoup de dé ”bats. Donc de ce côté la, je ne crois pas avoir beaucoup de leçons à  recevoir. En revanche, je suis très étonné de cela. On devrait prendre le livre pour ce quil est, pour une contribution au débat. Que tout le monde ne soit pas daccord mais cest parfaitement nécessaire et cest parfaitement évident et cest parfaitement naturel. Mais est-ce que la démocratie française na pas besoin de vrai débat. Est-ce que le premier secrétaire du Parti socialiste na pas autre chose à  dire que ça ? Est-ce quil na donc pas de conviction, didées, didéal dengagement ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dabord il les exprime et même il vous demandait lautre soir un débat direct à  la rentrée. Voyez.

NICOLAS SARKOZY
Mais je serais très heureux de faire un débat direct le jour o๠je saurais qui sera le candidat du Parti socialiste parce que franchement si je devais débattre avec tous les hiérarques du Parti socialiste, je passerais ma semaine à  cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cet été avec votre livre et votre tournée des plages, vous entrez, ou est-ce que vous entrez dans une nouvelle phase Nicolas SARKOZY ?

NICOLAS SARKOZY
Non le déclenchement de la campagne présidentielle se fera au moment o๠elle doit se faire. Cest à  dire quelque part dici à  la fin de lannée 2006 ou début de lannée 2007. Jai voulu livrer ce témoignage, mexpliquer sur un certain nombre dévènements, donner ma part de vérité, essayer de susciter une espérance, montrer quil ny a pas de fatalité, participer au débat politique. Pour autant, je suis ministre de lIntérieur, président de lUMP, ça suffit bien à  ma tâche pour linstant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous irez en Corse aussi pour parler de votre livre, mais pas pour parler de violences, pas parler des institutions en Corse ?

NICOLAS SARKOZY
Ecoutez jai été 22 fois en Corse. La situation en Corse fort heureusement saméliore. IL y a plus de croissance sur lîle que sur le continent. Un certain nombre de mafieux ont été ms en prison. COLONNA a été arrêté, PIERI est sous les verrous. Dautres iront. Et je dois dire que jai été un peu étonné du voyage de madame ROYAL en Corse o๠elle na rien trouvé à  dire sur rien dailleurs, de la même façon pour le contexte international on peut pas dire quon soit ennuyé par ses déclarations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quest-ce que vous auriez voulu ? Quelle naille pas en Corse ou quelle aille en Corse et quelle dise…

NICOLAS SARKOZY
A partir du moment o๠on va en Corse, on exprime sa vision pour la Corse. On dit ce quon fera contre les mafieux, quest-ce quon peut faire pour le développement, quelle est sa réflexion sur les institutions. Bref il y avait des sujets à  évoquer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous venez dentendre Nicolas SARKOZY, lappel que vous adressez le maire de Lens. Depuis quelques jours, dans quelques jours, 20 000 témoins de Jéhovah vont se rassembler légalement sur le stade de Lens qui leur a été loué. Et il vous demande dintervenir. Est-ce que cest à  vous dintervenir en tant que ministre des cultes ?

NICOLAS SARKOZY
Ah ça cest formidable. Enfin je suis là  parce que dès quil y a un problème, voilà  quon se retourne vers moi. La location du stade ne mappartient pas, je ne suis pas maire de Lens, je ne suis pas propriétaire du stade de Lens et jai appris, comme vous, que les témoins de Jéhovah se réunissaient dans le stade. Mais alors je dis au maire de Lens que les témoins de Jéhovah sont une association cultuelle, reconnue expressément par le conseil dEtat et qui bénéficie, à  ce titre, de la liberté de réunion. Alors je voudrais comprendre la position des socialistes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous voulez dire quil ny a rien à  aire.

NICOLAS SARKOZY
Lorsquil sagit détrangers clandestinement en France et sans papiers, ils appellent à  ne pas respecter la loi. Et lorsquil sagit dassociations cultuelles reconnues par le conseil dEtat, ils me demandent dinterdire la réunion. La liberté de réunion, cest un droit constitutionnel. On peut pas décider parce quon est ministre de lIntérieur quuntel ou untel na pas le droit de se réunir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc les 20 000 témoins de Jéhovah sont en réunion au stade de Lens.

NICOLAS SARKOZY
A partir du moment o๠cest une association cultuelle reconnue par le conseil dEtat, vous imaginez la responsabilité que prendrait un ministre des lIntérieur que dinterdire une telle réunion. Et il faut savoir si le Parti socialiste défend les libertés ou pas. Alors moi je nai rien à  voir avec les témoins de Jéhovah, je peux avoir dailleurs à  titre de citoyen, à  titre personnel, beaucoup de réserves sur les témoins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais cest une secte ou pas ?

NICOLAS SARKOZY
A partir du moment o๠elle est reconnue par le conseil dEtat avec le droit de se réunir, sauf à  troubler lordre public, ce droit est un droit constitutionnel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez réunir dans six jours, les préfets pour juger les résultats de votre politique de régulation, régularisation au cas par cas des parents sans papiers denfants scolarisés. Est-ce quil y a déjà  beaucoup dexpulsions ?

NICOLAS SARKOZY
Tous les jours, il y a des dizaines dexpulsion.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous comptez régler ce problème avant la rentrée scolaire ?

NICOLAS SARKOZY
Lessentiel sera réglé avant la rentrée scolaire mais il faut que les Français le comprennent. Quand on na pas de papiers, quon, est en France en situation irrégulière, on na pas vocation à  y rester. Alors tous les étrangers qui dépendent de la convention de Dublin, je vais men expliquer, seront raccompagnés chez eux. La convention de Dublin, cest quoi ? Cest une convention européenne au terme de laquelle lorsquune famille détrangers dépose un dossier de réfugiés politiques dans un pays, elle doit attendre dans ce pays la réponse à  leur demande. Or il y a un certain nombre de familles qui ont déposé un dossier dans un pays et qui viennent en France attendre. Tous ceux la nont pas vocation à  rester en France. Donc également expulsés tous ceux qui nont pas de lien avec notre pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ca fera combien de milliers de personnes ?

NICOLAS SARKOZY
Je ferais le point à  la fin du mois. On est en train détablir…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais votre avis là , comme ça, daprès ce que vous savez ?

NICOLAS SARKOZY
Quelques milliers. Mais pas encore, je voudrais juste dire un mot. La loi que japplique et quun certain nombre de responsables socialistes demandent de ne pas appliquer, cest la loi que le gouvernement socialiste ma laissée. Cest pas celle que je viens de faire voter parce que les décrets dapplication nont pas encore été pris. Et qui sont ces familles, en tous cas celles quon va régulariser ? Ce sont des familles qui ont profité de la période 98 2002 o๠le gouvernement socialiste était en place et o๠le laxisme a permis à  tout lez monde de sinstaller pensant quils allaient être régularisés. A quatre reprises, sur les 20 dernières années, les gouvernements socialistes ont régularisé tout, le monde. Alors je pose une question, est-ce que ça a réglé le problème ? Ca na réglé aucun problème.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous pensez, vous, le régler ?

NICOLAS SARKOZY
Mieux. A chaque fois, non attendez quest-ce quon, attend du ministre de lIntérieur ? Le ministre de lIntérieur doit appliquer la loi. Quand on a des papiers, on reste en France. Quand on na pas de papiers, on reste pas en France. Alors il y a à  lintérieur des cas qui nécessitent de lhumanité et cest tout à  fait naturel, denfants et de familles qui nont plus aucun lien avec leur pays dorigine, qui sont en France depuis longtemps et que nous régulariserons. Mais quest-ce quon propose ? Quelle est lautre solution que la régularisation au cas par cas ? Que lexamen de chaque dossier ? Pourquoi lexamen de chaque dossier ? Parce que chaque dossier, il y a une famille, il y a un destin et on peut pas faire comme si ça nexistait pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On voit que ça vous touche mais comme vous dites, vous appliquez la loi.

NICOLAS SARKOZY
On voit que ça me touche. Attendez, quest-ce quon me propose ? Entre Jean-Marie LE PEN et Philippe de VILLIERS qui disent, il y a quà  mettre tout le monde dehors. Ca na aucun sens. Et le Parti socialiste qui dite il y a quà  régulariser tout le monde. On voit bien que ces deux solutions extrêmes ne correspondent pas à  la raison et au bon sens. Vous vous rendez compte que su je régularisais tout le monde, cela voudrait dire quil suffit dinscrire son enfant dans une école pour linscription de droit, pour devenir Français. Autant dire quon crée une nouvelle filière dimmigration. Et on ne pourra plus contrôler la situation. IL y a 900 millions dAfricains dont 450 millions ont moins de 17 ans. Qui peut prétendre quon peut accueillir tout le monde ? En tous cas, moi je ne laccepterais pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous écrivez vous-même que vous êtes enfant dimmigrés. Est-ce que vous navez pas le devoir de prendre la précaution de ne pas renvoyer hors de France des petits SARKOZY ?

NICOLAS SARKOZY
Enfin je personnalise pas les choses comme ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ben oui, aussi y penser.

NICOLAS SARKOZY
Dabord je voudrais dire que la France na pas de leçon à  recevoir. Sur 65% des 160 000 visas que nous délivrons chaque année, il y en a 65% qui viennent de lAfrique. La France fait plus que la plupart des autres démocraties. Et la deuxième remarque que je voudrais faire, cest attention à  la montée de sentiments xénophobes, racistes ou extrémistes. Limmigration doit être maîtrisée. Elle sera maîtrisée. Limmigration doit être choisie, elle sera choisie. Et nous payons aujourdhui dans les difficultés de notre système dintégration et dans la crise que nous avons connue dans un certain nombre de nos quartiers, le fait que pendant tant dannées limmigration na pas été régulée. Je suis là  pour la réguler et pour la maîtriser. Je conduirais cette tâche te cette politique sans faiblesse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous en parlez dans le livre mais on revient au livre. Vous parlez de Jacques CHIRAC avec des accents de sincérité qui ont été remarqués. Vous dites “ sans forcer le trait, jéprouve de ladmiration pour les qualités de Jacques CHIRAC au-delà  de sa longévité politique et de sa ténacité ”. Quelles qualités vous appréciez chez lui ?

NICOLAS SARKOZY
La capacité à  surmonter les épreuves et lénergie dont il a fait preuve au moment les plus difficiles de son existence. Enfin écoutez, il fait être raisonnable. La politique, jen fais depuis 25 ans. Je sais ce que cest. Et vous avez dit tout à  lheure que jen étais un acteur. Et jai vu de près comment il sest comporté à  des moments difficiles de son existence. Si jai pas de la considération pour cela comme jen ai eu dailleurs à  lépoque lorsque François MITTERRAND a eu à  affronter la maladie o๠jai trouvé que François MITTERRAND navait jamais été si grand que lorsquil était le plus faible physiquement. Alors pour qui aurais je de la considération ? Jajoute quil a été élu deux fois président de la République, ce qui nest pas mon cas. Il y aurait peut-être de larrogance à  ne pas avoir de la considération pour quelquun qui a si bien réussi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ca fait rêver ça ?

NICOLAS SARKOZY
Je suis pas sûr que ça fasse rêver parce que ça fait bien longtemps…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais un destin politique de cette ampleur.

NICOLAS SARKOZY
Ca fait bien longtemps et à  lâge qui est le mien, 51 ans, que jai ôté cette espèce de forme de naïveté que vous pourriez me prêter en disant que jen rêve.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A t-il ou peut t-il avoir confiance en vous ?

NICOLAS SARKOZY
Cest une lourde responsabilité, très grande.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce quil peut avoir confiance en vous ?

NICOLAS SARKOZY
Je crois quil a confiance en moi parce que sinon, il ne maurait pas confié pendant trois ans le ministère de lIntérieur et pendant un an le ministère des Finances. Comme preuve de confiance, cest pas si mal. Alors ça ne veut pas dire quon na pas des désaccords. Nous avons des désaccords.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous les racontez.

NICOLAS SARKOZY
Alors tout le monde est parti là  dessus. Nous avons des désaccords que jassume pleinement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui vous en parlez, vous les montrez. Mais on vous prête des tempéraments voisins. En fait est-ce que vous nadmirez pas en lui les qualités que vous voudrez avoir ou vos propres qualités ?

NICOLAS SARKOZY
Non je ne nadmire pas si cest la question que vous voulez me poser de façon détournée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non je suis direct.

NICOLAS SARKOZY
Je suis très lucide et croyez bien, cest lavantage de la vie politique. On y est tant critiqué, si critiqué que si parfois on avait tendance à  senvoler, on vous a très vite ramené sur terre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans le livre…

NICOLAS SARKOZY
Vous savez jai connu aussi beaucoup dépreuves. Ca ma calmé définitivement. Jai maintenant un âge qui permet dassumer tout cela sans prendre la grosse tête.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans le livre vous reconnaissez, vous admettez ne pas être inscrit sur la liste des amis de Jacques CHIRAC. Mais vous le dites avec une pointe de regret.

NICOLAS SARKOZY
Oh parfois il mest arrivé de me demander ce quil faut bien faire pour être un ami de Jacques CHIRAC, sans doute ne lui ai-je pas fais assez dennuis pour cela.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites, il faudrait payer le prix de la docilité. Ma docilité, non ? comme a dit quelquun, plutôt héritier rebelle ?

NICOLAS SARKOZY
Pas du tout héritier, je naime pas cette notion. Et la notion de docilité, je ne my reconnais pas. Je naime pas la compromission et je naime faire des compromis avec mes convictions. Jessaie de me présenter en vérité. Je ne dis pas que jai raison bien sûr, sur tout, mais en tous cas ce que jai écris, jen revendique lauthenticité. Et je crois que lun des premiers problèmes de la vie politique, cest un déficit formidable dauthenticité. Il y a tant de gens, quand ils entendent parler les responsables politiques, qui se disent, celui la ce quil dit, est-ce quau moins il e pense. En tous cas, avec moi il y a pas de doute.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement on continue. Jacques CHIRAC parle de vous aujourdhui, comment dire, avec du miel et vous, vous maniez léloge. Lequel de vous deux cherche le plus à  amadouer ou à  embobiner lautre ?

NICOLAS SARKOZY
Non çest beaucoup plus simple que ça. Vous avez une grande expérience. Je vais essayer dexpliquer une chose, si jamais jétais candidat, il faudrait que je rassemble tout le monde. Ce sera difficile en rassemblant tout le monde mais ce sera impossible si on rassemble pas tout le monde. Alors je nai pas dadversaires dans ma famille politique. Jai des convictions et je ne veux pas que les cinq prochaines années, la France recommence avec les socialistes, avec les 35 heures obligatoires, à  prendre du retard. Lenjeu, il est là . Est-ce que je serais capable de rassembler tout le monde pour proposer une stratégie de modernité à  notre pays. Voilà  la question qui est posée. Ou est-ce quon va retomber dans les histoires o๠on vous explique que la France au contraire du monde entier, peut travailler moins. Eh bien pour cela, je suis prêt à  rassembler bien au-delà  de ma famille politique. Mais si je la divisais alors il ny aurait aucune chance.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce serait bien alors davoir ladoubement ou la bénédiction de votre aîné ?

NICOLAS SARKOZY
Ni adoubement ni bénédiction ni agenouillement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais pas de vous. Simplement soutien, compréhension.

NICOLAS SARKOZY
Non le respect suffit et la compréhension dune situation politique ou pour gagner, il faut sadditionner pas se soustraire pour tourner le dos aux erreurs de la droite qui a si souvent permis à  la gauche de gagner. Non pas parce que la gauche avait convaincu mais parce que la droite avait désespéré.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
LUMP va désigner son candidat le 14 janvier. Ce sera probablement quelquun que vous connaissez bien.

NICOLAS SARKOZY
En tout état de cause, ce sera quelquun, que je connais bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà  et Jacques CHIRAC va dire ses intentions, son choix en février ou en marc, cest à  dire deux mois après. Est-ce que cest la meilleure manière de faire gagner le candidat UMP ?

NICOLAS SARKOZY
Vous convenez quil vaut mieux désigner le candidat soutenu par lUMP avant le premier tour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais davoir le président de la république qui peut…

NICOLAS SARKOZY
Ecoutez vous avez beaucoup dinformations puisque vous dites quil fera connaître sa décision au mois de mars.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cest lui qui le dit.

NICOLAS SARKOZY
Non il a dit quil fera connaître sa décision dans le courant du premier trimestre, le mois de janvier cest le courant du premier trimestre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y a deux mois pendant lesquels vous saurez pas.

NICOLAS SARKOZY
Tout le monde était parfaitement daccord sur cette date et quant au président de la République, nous nous voyons deux fois par semaine et croyez moi, nous parlons de ces sujets. Et de bien dautres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Deux fois par semaine en quatre ans, ça fait à  peu près 200 discussions. Cest pas mal.

NICOLAS SARKOZY
Non parce quil y des semaines o๠il était pas là .

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quel regret. Si vous appreniez la candidature, aujourdhui improbable, de Jacques CHIRAC pour un troisième mandat, est-ce que vous direz je lui laisse la place et je me retire?

NICOLAS SARKOZY
Non ça ne se passerait pas comme ça. Dabord je ne dis pas quelle est improbable et je ne dis pas que la mienne est certaine. Je dis simplement quà  un moment donné, il faudra que chacun dise ce quil veut faire. La famille politique que je préside choisira qui elle soutient et on se rassemblera tous derrière ce candidat.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc quand on entend parler de troisième mandat, est-ce que cest un leurre, une fiction, une possibilité ?

NICOLAS SARKOZY
Moi je peux pas empêcher quon parle dans la démocratie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous écrivez que les Français imaginent que vous serez candidat en 2007, quil serait bien hypocrite de protester du contraire. Vous ajoutez, “ je sais dexpérience que rien nest sûr en politique. Au moins je veux rester libre de pouvoir le faire ”. Qui pourrait vous en empêcher ? Qui pourrait vous prouver de votre liberté ?

NICOLAS SARKOZY
Jai beaucoup dexpérience de la vie politique et je sais très bien que dans la vie politique, il y a des hauts, des bas, des rebonds, des surprises. Et je naime pas lidée de candidats obligatoires. Et jai dis à  ma famille politique quils nétaient pas obligés de voter pour moi ou de se rassembler pour moi. Si je veux y allez, cest à  moi d démontrer que jai le meilleur projet, le meilleur tempérament, la meilleure candidature. Je crois à  la concurrence. Je crois au mérite et je crois au travail.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous voyez ce que vous faites naître. Par exemple ailleurs dans le livre, vous dites que la perspective de commencer un autre métier vous déplait moins quon ne pourrait le croire. Et vous savez aussi que quoi quil arrive, vous terminerez pas votre vie professionnelle en faisant de la politique. Alors ici le doute paraît lemporter sur la volonté ou alors est-ce que cest un jeu pour faire peur aux électeurs ?

NICOLAS SARKOZY
Vous savez malheureusement, ce nest pas un jeu la vie. Et la vie politique encore moins. Cest une lourde responsabilité. Mais disons que depuis quelques années, je me rends compte que je fais de la politique de façon plus grave et moins légère. Parce que lorsque lon est à  la première place, en tous cas dans sa famille politique, pèsent sur ses épaules dautres responsabilités. Il y a un prix à  payer pour soi et pour sa famille qui est extrêmement lourd. Et je ne rêve pas de ces responsabilités, jassume une responsabilité. Je porte un projet. Et peut-être même quun jour, je porterais une espérance. Mais on peut pas le faire de façon naïve, un peu dégagée de toute réalité. Cest dabord un devoir. Cest dabord une charge. Et partant, je garde toujours cette liberté de savoir quun jour ça se terminera. Vous savez lautre jour, jétais au musée Grévin. Alors ils étaient tous très contents. Ils montraient ma poupée, ma statue etc. Mais ils savaient pas et moi je savais que dans les coulisses du musée Grévin, il y a plus de statues qui sont remisées que de statues qui sont exposées. Il y en a 2000 qui sont remisées, il y en a 300 qui sont exposées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais rassurez vous il y en a quelques unes qui reviennent.

NICOLAS SARKOZY
Je sais dexpérience…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On les désarticule et elles reviennent.

NICOLAS SARKOZY
…quon vous fait beaucoup de manière au moment o๠on vous expose et quon retire dans le silence. Je suis très conscient de cela. Je suis plus lucide quon ne limagine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous montrez bien aussi que 2007 va se jouer dans un mouchoir à  50/50. La droite peut gagner disait hier ou avant hier François HOLLANDE. Vous lui répondez, la gauche peut gagner. Autrement dit il y a une certitude, ce sera dur et il faudra pas faire derreurs de part et dautre.

NICOLAS SARKOZY
Je ne pense pas quil y aura un meilleur candidat socialiste quun autre. Souvenez vous de 1995. La gauche est pulvérisée et pourtant Lionel JOSPIN vient finir à  près de 48%. Et donc quel que soit le candidat socialiste, il aura surmonté toutes les épreuves et forcément ce sera un candidat ou une candidate de qualité. Et surtout moi, si je faisais campagne, je le ferais pas pour démolir. Jaimerais que pour une fois les Français votent pour quelquun et non pas contre quelque chose. Et jaimerais que chacun des responsables politiques mette son talent à  expliquer ce quon eut faire pour la France et pour les Français plutôt que dexpliquer combien lautre est misérable.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dailleurs vous le direz probablement dans un livre projet plus tard, non ?

NICOLAS SARKOZY
Je sais pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah bon, vous avez pas commencé à  lécrire ?

NICOLAS SARKOZY
Non pour une raison simple, cest que si jécris un livre, jécris moi-même et je nécris que parce que jai besoin de dire quelque chose. Parce que vous savez, faire un livre quand on a rien à  dire, il vaut mieux sabstenir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a beaucoup de choses dans le livre. Vous voulez réformer les institutions, la politique européenne avec dautres alliés que le couple franco allemand, sans la Turquie. Vous voulez une mondialisation maîtrisée, un libéralisme…

NICOLAS SARKOZY
Sans la Turquie, je persiste à  dire que la Turquie étant en Asie mineure, elle na pas sa place en Europe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un libéralisme régulé. Autrement dit, vous nêtes pas aussi libéral que ça. Vous êtes libéral mais avec des règles.

NICOLAS SARKOZY
Je comprends pas ce débat. Lorsque jétais ministre des Finances, jai fais acheter par lEtat français 22% dALSTOM. Je les ai fais acheter à  700 millions. Deux ans et demi plus tard, le gouvernement les a revendues à  2 milliards 100 millions. A ce moment la, je nai pas hésité à  renationaliser partiellement ALSTOM pour sauver cette entreprise. Moi jessaie dêtre pragmatique, pas dêtre un idéologue.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
IL y a donc beaucoup de choses. Aussi le fait que si il y a des ruptures, ce sera des ruptures de méthode et de pratique. Par exemple un président de la République moins monarque, plus simple, plus démocrate, plus simple oui. Un président de la République pour 10 ans, cest à  dire deux mandats. Pas plus.

NICOLAS SARKOZY
Je considère que lénergie que lon met à  durer, on la met plus à  faire. Or le problème de la France, cest de faire pas de durer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors vous consacrez, je peux en parler, près de quatre pages à  C. Pourquoi C. pour parler de Cécilia ?

NICOLAS SARKOZY
Parce que depuis un an tellement de gens en parlent et moi, je nen navais jamais parlé et jai voulu lui consacrer un chapitre de mon livre pour clore un chapitre de notre vie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cest à  dire ?

NICOLAS SARKOZY
Cest à  dire que cétait pas absurde que lun des acteurs dise son opinion, dautant plus que Cécilia qui ma demandé décrire également son nom alors quon avait tellement parlé de nous et quon sétait si peu reconnu dans ce quon avait dit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous vous confiez là  aussi avec une franchise, on peut reconnaître, et une sincérité qui surprennent. Quest-ce qui oblige…

NICOLAS SARKOZY
Je pense quil y a aussi beaucoup de pudeur. Simplement à  dire que cest pas parce quon est un responsable politique quon est pas un homme ou une femme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quest-ce qui oblige à  ouvrir ainsi son cÅ“ur, à  raconte sa vie personnelle au public ?

NICOLAS SARKOZY
Mais non, dabord quest-ce qui oblige à  ouvrir son cÅ“ur quand on veut postuler à  des responsabilités, il est normal que les gens vous connaissent. Cest pas un théâtre dombres, cest pas une comédie. Et par conséquent que les gens vous connaissent, cest important. Deuxièmement, jai consacré quelques pages. Je crois quelles sont pudiques même si elles sont sincères. En tous cas, elles sont importantes pour Cécilia comme pour moi. Et depuis un an, il y a eu un tel déchaînement sur notre vie. Cest la première fois et la dernière que jen parle mais jai voulu mettre un point final. Et aussi jai pensé à  nos enfants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pensez vous débarrasser ou vous libérer des attaques privées, des curiosités, vous dites …

NICOLAS SARKOZY
Vous savez quand je pense quun journal avait fait à  la Une SARKOZY est t-il fou en demandant lavis dune dizaine de psychiatres, je pense quon na pas toujours été respecté. Et par ailleurs, javais été très heureux de voir que le diagnostic des psychiatres sur la question était réservé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous lavez lu ?

NICOLAS SARKOZY
Jen avais conclu…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous lavez lu pour essayer de savoir ce que disaient les psychiatres.

NICOLAS SARKOZY
Javais lu en tous cas les conclusions. Mais je pense quaucun métier ne mérite quon soit traité comme ça.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Notre vie était faite lun avec lautre, lun pour lautre, dites vous. Vous avez souffert lun et lautre dêtre trop exposés. Mais la règle devait être le secret, est-ce quelle lest plus ?

NICOLAS SARKOZY
Non cest pas ça. La règle, elle est très simple cest que je nai ni à  mexhiber, ni à  mexcuser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites, le passé nous servira de leçon pour toujours.

NICOLAS SARKOZY
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cest bien.

NICOLAS SARKOZY
Cest écrit, cest important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais cest pensé surtout.

NICOLAS SARKOZY
Mais vous savez surtout, pourquoi écrire un livre si on dit pas ce quon pense ? Et pourquoi ne dire que ce quon pense que sur des choses qui sont anecdotiques ? Dans un précédent ouvrage, javais parlé de la religion,, de la question spirituelle, de la vie et de la mort. On mavait dit, mais comment, parler de tels sujets dans la vie politique. Mais pourquoi ? Dans vie politique pour moi, ce qui est important cest vie. Cest pas politique. Et ces sentiments la, lamour entre un homme et une femme, je vois pas pourquoi on aurait pas le droit den parler. Je pense quon pet en parler en vérité, je pense en parler de façon pudique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faut beaucoup de souffrance, de faiblesse et peut-être de blessures pour donner une part dhumanité un peu cachée à  un politique ? Quel quil soit ?

NICOLAS SARKOZY
Je pense quune vie politique, tant dannées, cest beaucoup de cicatrices et que la France est un pays suffisamment sage pour ne confier de grandes responsabilités quà  celui qui a su assumer ses cicatrices.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors il faudrait un peu de temps pour dire cet hymne à  la France que vous faites, comment vous la voyez etc. Ce sera peut-être pour un autre moment.

NICOLAS SARKOZY
En tous cas moi, je ne peux pas me résoudre à  ce que la France ne soit quune nostalgie, quelle ne soit quun passé.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Au fond cest la France de toujours qui tourne le dos à  cette France qui désespère, à  cette France qui divise, à  cette France qui piétine, à  cette France qui recule, à  cette France qui ne parle plus au monde parce quelle ne le comprend plus et na plus rien à  lui dire.

NICOLAS SARKOZY
Mais ce qui est plus important pour moi, cest les deux derniers mots. Les trois derniers mots, tout est possible. Et je crois profondément ça et je voudrais en convaincre les Français. Tout est possible pour notre pays. Pour peu quon comprenne une chose, cest que le salut, lespérance, lavenir, cest au bout du travail. Il faut pas se débarrasser du travail. Le travail cest une valeur de civilisation et démancipation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous sortez, vous allez au boulot.

NICOLAS SARKOZY
Merci de me parler comme ça monsieur, je vous félicite pour votre autorité monsieur ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la franchise, voilà .

NICOLAS SARKOZY
Oui cest bien franc parce quon a senti quand vous mavez dit, sortez, cétait du fond du cÅ“ur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà  pour votre témoignage action. Votre témoignage promesse en attendant peut-être le projet SARKOZY pour 2007. Vous pensez que vous pourriez être dans 10 mois, un an, à  lElysée, vous ?

NICOLAS SARKOZY
Vous voulez pas être ministre de lIntérieur ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non pas du tout. Non vous avez assez damis qui ont envie de lêtre.

NICOLAS SARKOZY
Si je pense que je peux mêtre ? Cest une possibilité. Mais pas dans 10 mois, dans 9 mois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et pressé ? Patient ?Mais quest-ce que chaque jour compte oh la la.

NICOLAS SARKOZY
Non il y a aucune impatience parce que vous savez, plus on se rapproche de léchéance, plus ma détermination est grande.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous demandez que le lecteur vous adresse ses réactions sur www.lelivredenicolassarkozy.com. Merci. Bonne journée. 

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