Comment réagissez aux critiques de vos adversaires qui font de vous un candidat pro-américain ?
Si après 25 ans de vie politique, le seul reproche sérieux que lon trouve à  me faire est dêtre trop proche dun pays avec le quel nous navons jamais été en guerre, dun pays avec lequel nous avons lutté dans le passé pour éradiquer le nazisme et avec lequel nous luttons aujourdhui pour vaincre le terrorisme international, je me sens capable de lassumer. Je vais même plus loin. Voici un pays qui connaît le plein emploi depuis près de quinze ans, un pays oà ¹ la croissance économique est chaque année supérieure à  la nôtre dun point ou un point et demi, un pays oà ¹ la démocratie combine harmonieusement lalternance et la stabilité politique. Enfin un pays qui, en matière dintégration, montre lexemple : La moitié des prix Nobel y sont dorigine étrangère. Je ne suis pas un admirateur aveugle des Etats-Unis. Mais tout observateur de bonne foi devrait considérer que cest un bilan qui nest pas honteux, et que nous n’avons aucune raison d’être fâchés avec le peuple américain.
Faudrait-il être anti-américain pour séduire les Français ?
Cest une idée reçue, colportée par une petite élite française déconnectée de la réalité. Je suis moins persuadé que vous semblez lêtre quil y ait une détestation des Français à  légard de lAmérique. Les films américains, la musique américaine, les produits américains, lamerican way of life, plaisent aux Français et à  sa jeunesse. Ils les font rêver. Jobserve que TF1 vient de supprimer le traditionnel film du dimanche soir au profit de séries américaines. Et on viendrait mexpliquer quêtre ami des Américains est un problème en France ? Disant cela, Je vais sans doute accroître laigreur de ceux qui considèrent que les sociétés russe ou chinoise sont plus aimables…
Vous ne pouvez nier que lIrak a affecté profondément la relation franco américaine.
La crise de 2003 a été, de mon point de vue, la plus importante que la France ait vécue avec les Etats-Unis depuis 1966 et le départ des Américains de leurs bases en France à  la demande du Général de Gaulle. La crise née de la guerre dIrak était grave, parce quelle était émotionnelle. Les Américains ont eu le sentiment dêtre abandonnés par une nation dont ils se sentaient proches par lhistoire et par les valeurs.
Justement fallait-il provoquer cette crise ?
Je ne juge pas la méthode. Mais sur le fond japprouve Jacques Chirac davoir averti la communauté internationale et les Américains des risques dune guerre en Irak. Aujourdhui on en voit une des conséquences : débarrassé de son rival historique, lIran se déploie comme une puissance régionale dont je nai pas le sentiment quelle soit apaisante !
Lorsquon est un allié peut-on mettre son veto à  une décision américaine ?
La menace du droit de veto était inutile d’abord parce qu ‘il ny aurait pas eu de toute façon de majorité pour la guerre au sein du Conseil de Sécurité, ensuite parce quil a conduit à  un sentiment dhumiliation aux Etats-Unis. Cela étant ce n’est pas parce que l’on est fondamentalement amis que l’on est voué à  être d’accord sur tout. Allié ne veut pas dire rallié. Cest justement la base de notre malentendu. Au fond nous nous ressemblons beaucoup dans nos ambitions. La France et lAmérique ont mis luniversalisme de leurs valeurs au cÅ“ur de leur stratégie internationale, considérant quelles étaient si fondamentalement bonnes ou si fondamentalement raisonnables quelles avaient vocation à  irriguer le monde. Je sais ce que le côté messianique des Américains peut avoir dagaçant. Mais nous le sommes aussi lorsque nous prônons le triomphe de la raison.
Comment peser sur lAmérique ? Par le dialogue ou par lopposition frontale ?
Je plaide pour une autonomie et une liberté de parole complètes vis à  vis des Etats-Unis. La France ne doit être le vassal de personne. Toutefois, plus on manifeste un désaccord sur le fond plus on doit être attentif à  la forme. Jassume lidée que les démocraties doivent être alliées. Ce qui sest passé le 11 septembre à  New York aurait pu se produire à  Paris
Cette crise a-t-elle eu une influence, dans le domaine de la sécurité par exemple ?
Au pire de la crise, nos services de renseignement collaboraient de façon exemplaire. Cétait donc la preuve que nous étions à  la surface des choses. Mais cette crise a été si médiatisée que jai parfaitement conscience quelle a laissé des traces. Cest dautant plus dommageable que la France est le deuxième investisseur aux Etats-Unis avec 150 milliards de dollars, que 3000 sociétés françaises sont présentes sur le territoire américain, qu’elles emploient directement ou indirectement 600 000 travailleurs américains et que chaque jour un milliard de dollars séchange entre la France et les Etats Unis.
LEurope que vous défendez est-elle inféodée à  lAmérique ?
En aucun cas et d’aucune façon ! Comment pouvez- vous me demander une chose pareille ? Qui voulait de la Turquie en Europe ? Le président Bush. Et vous me demandez si je suis aligné sur les Américains ! Cest vous qui étiez aligné sur les Américains, vous le Journal Le Monde en me traitant de populiste parce que jétais opposé à  lentrée de la Turquie dans lUE. Voilà  un sujet majeur oà ¹ je me suis frontalement opposé - parce que je suis attaché à  lEurope politique - à  une stratégie américaine. Pour autant dois-je refuser de me rendre aux Etats-Unis parce que Georges Bush confond lOtan et lEurope ? Ce pays ne se réduit pas à  la personnalité de tel ou tel de ses dirigeants et il nest pas anormal, quand on est un responsable politique, de vouloir connaître, comprendre et dialoguer avec des alliés naturels.
Pourtant, concernant le Liban, votre première réaction était assez proche de la réaction américaine
Le Hezbollah envoie des missiles sur des villes israéliennes peuplées de civils. Je ne peux pas cautionner une organisation qui agit ainsi. Cela ne veut pas dire pour autant que jai soutenu Israà «l dans une riposte dont jai pensé quelle était exagérée même si cest Israà «l qui était agressé. Je dois pouvoir dire que la sécurité dIsraà «l nest pas négociable sans pour autant maligner sur tout ce que fait ou dit le gouvernement Olmert. Et cela ne m’empêche pas de dire simultanément que les Palestiniens ont droit à  un pays, et que le Liban doit être indépendant.
La pratique présidentielle américaine peut-elle vous inspirer ?
Cest une démocratie qui fonctionne. La limitation des mandats permet là  encore de la fluidité ainsi quun renouvellement de la classe politique que lon aimerait retrouver dans la vie politique française. Le Congrès, devant lequel le président rend des comptes tous les ans, y dispose dun vrai pouvoir de contrôle et denquête. Il y a à  peine quinze ministres pour un pays de 300 millions dhabitants et les ministères ne changent pas dintitulé à  chaque alternance.
Quaimeriez-vous importer de lAmérique vers la France ?
Deux choses : lénergie et la fluidité. Ce sentiment que tout est possible. Cette impression – peut être artificielle – que des sagas sont possibles, quon peut partir du bas de léchelle et monter très haut, ou bien le contraire. Laffaire Enron est fascinante et est morale. Les Etats-Unis ne permettent pas uniquement la réussite dun Bill Gates, cest aussi un pays qui sait sanctionner les erreurs.
Et ce que vous naimez pas ?
Le socle social minimum ne permet pas à  des millions de gens de vivre décemment. Je naime pas cette brutalité. Je ne me reconnais pas non plus dans cette institutionnalisation systématique des racines. Ces communautés se rattachent à  un drapeau, à  un hymne et à  des images, mais pas à  une République. Les Américains ont les symboles de la nation, mais en ont-ils toujours les convictions communes ? Enfin, me déplait le manque d’intérêt pour les affaires du monde au regard de laquelle chaque Français passe pour un spécialiste de politique étrangère.



































Poster un commentaire