DAVID PUJADAS
Nicolas SARKOZY, les leçons de cette journée, la motion est repoussée, cest un nouveau pacte de confiance qui a été voté autour de Dominique de VILLEPIN, on efface tout et on recommence ?
NICOLAS SARKOZY
Non, ce nest pas du tout ça. Il faut essayer de clarifier les choses et de voir les choses avec un peu de recul et un peu de calme. Dabord, quest-ce que cest que laffaire CLEARSTREAM ? Laffaire CLEARSTREAM, cest dune simplicité absolue, un certain nombre dhommes politiques, dont moi, se sont trouvé titulaires de comptes dans une banque étrangère dont ils ignoraient même lexistence. Premier élément. Je veux savoir qui ma mis là -dedans…
DAVID PUJADAS
Vous avez des soupçons ?
NICOLAS SARKOZY
Pourquoi on ma mis là -dedans et comment on ma mis là -dedans ? Cest le travail de la justice, je me suis constitué partie civile, la justice fait son travail. Et ce nest ni monsieur HOLLANDE, ni monsieur BAYROU, ni personne qui dira la vérité. La vérité sera dite par les juges et je leur fais totalement confiance. Premier point. Deuxième point, à partir de ce moment-là , jappartiens à un gouvernement, je ne vois pas ce quaurait amené mon départ du gouvernement, si ce nest dajouter une crise politique à une situation déjà complexe. Les Français attendent de moi une chose, cest que jobtienne des résultats dans la lutte contre la délinquance. Je me devais donc de continuer mon travail, je le continue. Troisième élément, monsieur HOLLANDE donnait des grandes leçons dentente, il a déjà beaucoup de travail au sein du Parti socialiste, quil soccupe de FABIUS, de STRAUSS-KAHN et de tous les autres. Quatrième élément, sagissant de François BAYROU, cest un non-événement, depuis quatre ans, il ne vote quasiment rien, cest son droit le plus absolu, ça ne change rien au travail que nous avons à faire au service des Français.
DAVID PUJADAS
Nicolas SARKOZY, vous avez répété aujourdhui que vous naimiez pas la langue de bois, alors, on va dire les choses de façon assez directe. Est-ce que vous pouvez rester dans un gouvernement o๠vous avez émis des soupçons directs, vous et vos proches, sur le Premier ministre qui aurait, qui serait à lorigine, daprès vos proches, encore une fois, de cette manipulation ? Est-ce que vous pouvez travailler en confiance ?
NICOLAS SARKOZY
David PUJADAS, la question que vous me posez est très directe et jy réponds de la même façon. Je nai pas à avoir des soupçons à lendroit de qui que ce soit. Je veux savoir qui ma mis dans les fichiers dune banque dont jignorais lexistence. Vous me posez la question : Est-ce que jai des soupçons ? La réponse, cest non. Je lis, comme vous, un certain nombre de choses, jai donc…
DAVID PUJADAS
Vos proches disent quils ont des soupçons qui concernent Dominique de VILLEPIN…
NICOLAS SARKOZY
Non, non, attendez… Monsieur PUJADAS, si vous me faites lhonneur de minviter, cest pour que je réponde moi-même à des questions. Comme je nai pas accepté que mon honneur soit bafoué maintenant quil est prouvé que ces comptes sont une invention et que je suis un honnête homme, jai donc demandé à la justice de faire le clair. La justice est en train denquêter, cest elle qui le dira. Si javais quitté le gouvernement, alors même que je nai pas la réponse de la justice…
DAVID PUJADAS
Vous avez hésité ?
NICOLAS SARKOZY
… Cest donc… Jai réfléchi. Cest donc que janticiperais sur les conclusions de la justice et que la victime que je suis sinstaurerait en justicier. Ce nest pas ma conception dun Etat de droit. Voilà .
DAVID PUJADAS
Est-ce que vous navez pas décidé de rester au gouvernement pour vous protéger aussi, comme vous le disiez, il y a un an, lorsque vous avez retrouvé le ministère de lIntérieur ?
NICOLAS SARKOZY
Non. Je vais essayer de vous répondre. Comment voulez-vous que je quitte le gouvernement alors que je nai pas les réponses de la justice, que, par ailleurs, demain, je ferai voter un texte de loi sur limmigration choisie, texte auquel je tiens beaucoup, et que, par ailleurs, jai deux autres projets de réforme très importants sur la lutte contre les délinquants sexuels, sur la répression des mineurs multirécidivistes…
DAVID PUJADAS
On va en dire un mot.
NICOLAS SARKOZY
… Et, par ailleurs, un troisième sur la prévention de la délinquance ? Jai un travail à faire. Vous me posez la question : Est-ce que je peux le faire dans le cadre de ce gouvernement ? Ce nest pas seulement que je peux, David PUJADAS, cest que je dois.
DAVID PUJADAS
Mais, on vous a entendu, dimanche, dire : Mon cœur me dit de partir, ma raison me dit de rester.
NICOLAS SARKOZY
Ce nétait pas dimanche, cétait samedi, mais cest un détail. Il arrive parfois que mon cÅ“ur écoute mon tempérament, mais jai des responsabilités. Je suis ministre de lIntérieur, en charge de la sécurité des Français, je suis président du premier parti politique de France, je nai pas lintention de faillir à mes responsabilités. Mes responsabilités consistaient à ne pas ajouter une crise à la crise. Donc, à votre question : Est-ce que je reste pour continuer à gouverner ? La réponse est oui.
DAVID PUJADAS
Mais vous avez conscience, Nicolas SARKOZY, que ceux qui nous écoutent ont assisté ces dernières semaines à un tir nourri entre les responsables de la majorité et du gouvernement. Vos proches, François FILLON, par exemple, ont directement fait allusion à Dominique de VILLEPIN comme étant à lorigine de ces manipulations. Comment persuader, comment convaincre que cette équipe va travailler en confiance ?
NICOLAS SARKOZY
Vous me posez une question encore très claire, je vais vous répondre de la façon la plus simple. Quest-ce quil fallait que je fasse ? Que je considère que le fait de me retrouver sur les fichiers dune banque luxembourgeoise, cest naturel ? Que je ne dise rien ? Permettez-moi de vous dire quil y a une autre façon dêtre dans lamalgame, cest la complaisance. Parce que la complaisance, cela aboutit à la complicité. Je veux savoir pourquoi je me suis trouvé titulaire de deux comptes et pourquoi le juge Van RUYMBEKE a lancé deux commissions rogatoires internationales à mon nom pour savoir si les rétro-commissions des frégates de Taiwan, dossier que je nai jamais touché, ni de près, ni de loin, si javais pu les mettre sur des comptes qui nexistaient pas.
DAVID PUJADAS
Ca vous a blessé ?
NICOLAS SARKOZY
Beaucoup. Il y a une manipulation, je veux savoir qui est derrière. Et puis, jai mon travail au gouvernement et il y a la justice, nous sommes dans un Etat de droit. Alors, je ne vois pas ce quil y a de compliquer à vouloir la vérité, alors quon a voulu me salir, à continuer à travailler au sein dun gouvernement o๠jai dimmenses…
DAVID PUJADAS
En toute confiance ?
NICOLAS SARKOZY
Confiance dans la justice, tout à fait.
DAVID PUJADAS
Et en Dominique de VILLEPIN ?
NICOLAS SARKOZY
Attendez. A continuer à travailler dans un gouvernement o๠jai dimmenses responsabilités, avec un chef de gouvernement qui a été nommé par le président de la République et je suis moi-même le président du parti majoritaire. Quoi de plus normal que je continue à travailler ! Si, demain, la justice devait découvrir qui était derrière cela, alors, à ce moment-là , je pourrais en tirer les conséquences. Pas avant. Il faut agir et non pas réagir.
DAVID PUJADAS
Sur le fond, alors cest vrai, on la beaucoup dit, vous êtes une des victimes de cette tentative de manipulation. Mais, certains estiment aussi que vous avez été averti assez tôt et que vous avez, de par vos interventions publiques, de par votre constitution de partie civile, en quelque sorte, tenté de retourner le coup tordu contre ceux qui lont monté pour exploiter cette affaire à votre avantage.
NICOLAS SARKOZY
Extraordinaire, David PUJADAS ! Extraordinaire ! Je ne suis pas au-dessus des lois, je ne suis pas en dessous des lois. La commission rogatoire internationale, qui a enquêté sur mes prétendus comptes manipulés, est rentrée au mois de décembre 2005. Jai appris quelle était rentrée, minnocentant totalement, en lisant LE FIGARO en janvier 2006. Je me suis constitué partie civile en janvier 2006. Parce que, pour démontrer que cétait quune calomnie, encore fallait-il que jai la preuve que jai été calomnié.
DAVID PUJADAS
Vous, vous saviez que vous étiez innocent, vous auriez pu…
NICOLAS SARKOZY
Ah bon, parce que ça suffit ! ? Pendant deux ans, je me suis trimballé avec une enquête sur des comptes qui nont jamais existé et vous considérez que cest normal que je veuille me défendre ? Et vous considérez que ça me choque et que ça me blesse de me retrouver titulaire de comptes dans une banque dont jignorais même lexistence. Mais, maintenant, cest fini. La justice est saisie, quelle dise le droit et quelle dise la vérité. Pour le reste, moi, jai à travailler.
DAVID PUJADAS
Et vous êtes au gouvernement jusquà quand ?
NICOLAS SARKOZY
Je suis au gouvernement pour obtenir des résultats. Quand la justice dira la vérité, on verra les conséquences à en tirer.
DAVID PUJADAS
Alors, on en vient maintenant à deux sujets qui préoccupent aussi les Français. Dabord…
NICOLAS SARKOZY
Qui préoccupent surtout !
DAVID PUJADAS
Disons “ aussi †parce que cette affaire CLEARSTREAM…
NICOLAS SARKOZY
Cest vrai.
DAVID PUJADAS
… Intéresse aussi beaucoup et pour cause. Dabord, après le viol et le meurtre du petit Mathias, la controverse a resurgi sur le suivi des délinquants sexuels. Vous avez reçu – on en découvre quelques images – les gendarmes qui ont mené lenquête aujourdhui, ainsi que celles concernant la mort de la petite Madison. Est-ce quil y a vraiment une solution simple en la matière ?
NICOLAS SARKOZY
Non. Il ny a pas de solution simple. Dabord, jai reçu les gendarmes parce quils ont fait un travail remarquable et que ce soit pour le meurtre de la petite Madison ou pour lassassinat de Mathias, aujourdhui, les coupables présumés sont sous les verrous. Je me suis rendu dans la famille de Mathias. Jai vu ses parents, ce sont des gens dune très grande dignité. Nous leur devons la vérité. Nous devons réagir pour que plus jamais un monstre ne soit installé à côté de petites victimes innocentes. Donc, avec le Premier ministre justement, on travaille là -dessus. Quest-ce quon essaye de faire ? Dabord, je voudrais proposer quun délinquant sexuel ne puisse sortir de prison que sil sengage à suivre un traitement. On ne peut plus laisser les gens sortir de prison sans être obligés dêtre traités.
DAVID PUJADAS
Il faut des moyens.
NICOLAS SARKOZY
Peut-être. Mais les moyens par rapport à la vie dun gosse, ça nexiste pas. Enfin, quand je dis ça nexiste pas, ça ne devrait pas compter. Cest un premier élément, il me paraît essentiel. Deuxième élément, quand un délinquant sexuel ou un criminel sexuel est relâché, je demande que tous les mois, il aille pointer au commissariat ou à la gendarmerie de son domicile pour quon sache o๠il est et que chaque fois quil fait un déplacement de plus dune semaine il dise o๠il va. Et, troisième élément, je veux poser la question des délinquants anciens, cest-à -dire comme ceux auxquels la nouvelle loi ne sappliquera pas du fait de la non-rétroactivité des lois. Je crois à la non-rétroactivité de la loi, cest-à -dire, vous savez, quand vous votez une loi en 2006, elle ne sapplique pas…
DAVID PUJADAS
Elle ne concerne que…
NICOLAS SARKOZY
… Pour ceux qui ont fait un crime ou un délit avant. Je souhaite quil y ait une exception à en la matière. Parce quon ne peut pas laisser des gens qui sont des malades ; parce que violer un gosse de quatre ans et demi, le noyer, lassassiner, ça ne peut être quun malade ; on ne peut pas laisser des malades qui ne soient pas soignés et on ne peut pas sen tenir à leur seule bonne volonté pour les soigner. Alors, javais créé le fichier des délinquants sexuels, le fichier des empreintes génétiques – vous savez que ça avait fait un grand débat et un grand scandale auprès des associations, soi-disant, protectrices des droits de lHomme – moi, ce que je veux dire, cest que les droits de lHomme qui me préoccupent cest les droits des victimes et notamment de ces petites victimes innocentes.
DAVID PUJADAS
Dernière chose : votre loi sur limmigration, elle sera votée demain. Vous avez entendu, vous avez vu quelle suscitait beaucoup de désapprobation en Afrique…
NICOLAS SARKOZY
Cest pour ça que jy vais…
DAVID PUJADAS
… Le président sénégalais…
NICOLAS SARKOZY
Cest pour ça que jy vais. Je serais demain au Mali. Je serais après-demain au Bénin. Jai le plus grand respect pour lAfrique et pour le président WADE. Mais, je veux lui dire…
DAVID PUJADAS
Vous lavez entendu.
NICOLAS SARKOZY
Exactement. Ce nest pas moi qui définie les conditions démigration au Sénégal. Mais, je le dis avec beaucoup de respect et beaucoup damitié que ce nest pas lui non plus qui définit les conditions dimmigration en France. Quest-ce que je dis ? Quon ne peut plus continuer à accueillir en France tous ceux qui veulent venir et à qui nous navons ni logement ni travail à offrir. Le président WADE dit : Attention, vous allez me prendre tous mes cadres. Cest un malentendu parce que limmigration choisie, cest choisi par la France et choisi par les pays démigration. Discutons-en ensemble. Il ne sagit pas de piller les élites des pays en voie de développement, il sagit daccueillir en France des gens pour qui on a un travail et non pas des gens qui vont sentasser, les pauvres, dans un taudis pour quen pleine nuit il y ait des incendies et il y ait des morts comme on a vu cet été à Paris. Et je pose une question très simple : pourquoi la France serait-elle le seul pays au monde qui ne puisse décider librement de qui a le droit de venir chez nous et de qui ny est pas le bienvenu ? Les Etats Unis le font, le Canada le fait, lAustralie le fait, lAngleterre le fait, lAllemagne le fait ; les démocraties du Nord de lEurope le font. Qui pourrait nous le reprocher ? Cest une politique volontariste ; jirai lexpliquer demain au président malien, je lexpliquerai aux autorités béninoises mais il faut en finir avec la langue de bois. On ne peut pas continuer dans la situation que nous connaissons aujourdhui.
DAVID PUJADAS
Merci..
NICOLAS SARKOZY
Non, merci de mavoir permis de mexpliquer.
DAVID PUJADAS
Davoir accepté notre invitation.
























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