Nicolas Sarkozy

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Les mêmes chances en matière de logement, d’école et d’emploi - L’indépendant

Posté le 29/05/2006 par admin dans la catégorie Interviews de Sarkozy, Presse Ecrite

O๠en est l’enquête sur le meurtre de Driss Ghaïb qui, le 29 mai, a été l’élément déclencheur des émeutes ? Lors de votre venue le 4 juin 2005 vous parliez ainsi de quelques jours d’enquête nécessaires…

Une information judiciaire a été ouverte et le juge dinstruction a délivré une commission rogatoire à  la police judiciaire qui poursuit activement les recherches. Sagissant du premier meurtre, celui de Mohammed Bey-Bachir, tous les auteurs sont interpellés et le procès pourrait avoir lieu au début de lannée prochaine.

En octobre 2005, vous êtes revenu à  Perpignan vous rendre compte et annoncer des “mesures cousues main” pour la ville (renforcement de la vidéo protection, création de trois postes de travailleurs sociaux, création d’un lieu de rencontre pour les jeunes, création d’une maison du droit, création d’une équipe de pédopsychiatres, création d’un internat de la réussite éducative au collège de Saint-Cyprien, création d’une brigade de gendarmerie spécialisée dans la délinquance juvénile). O๠en est-on ?

Les moyens annoncés ont été délégués aux acteurs locaux. La plupart des actions sont aujourdhui sur les rails. Le renforcement de la vidéo protection : cest le cas avec 14 nouvelles caméras installées et 8 remplacées. Un nouveau programme de 30 caméras est prêt, a été proposé à  la commission départementale de vidéo surveillance le 23 mai et sera installé dici à  la fin de lannée. Le renvoi dimages vers lhôtel de police sera possible dans les prochains jours, cela illustre la complémentarité entre police nationale et municipale. Pour la création de postes déducateurs spécialisés, les recrutements sont en cours. Les personnes seront sur le terrain, dans le quartier du Champ de Mars, en juin. Un travail préalable de diagnostic et de partage des tâches avec dautres intervenants a été nécessaire pour donner au dispositif la meilleure efficacité. Je note que le Conseil général a refusé de participer financièrement à  cette création.

En ce qui concerne la création dun lieu de rencontre pour les jeunes, les travaux sont en train de sachever. Les locaux, situés dans le quartier Saint-Gaudérique, seront disponibles dans les tout prochains jours. Ils permettront de favoriser les contacts inter générationnels sur le quartier et contribueront à  une diminution de la tension. Pour la création dune maison du droit, le lieu est trouvé, les financements sont acquis, le concours du barreau annoncé, il reste à  concrétiser louverture dans les prochains mois, avec le soutien actif du Parquet. La création dune équipe de pédo psychiatres est effective. Léquipe composée de cinq personnes – psychologue, éducateur spécialisée, assistante sociale, infirmières…- est désormais au complet, et déjà  sur le terrain depuis le mois davril. Pour la création dune brigade de gendarmerie spécialisée dans la délinquance juvénile, les 6 gendarmes ont été désignés. Il reste à  trouver des locaux. Ce nouveau service, qui permettra une action renforcée notamment en direction des communes de la périphérie de Perpignan, sera opérationnel en septembre. Il reste un seul point noir : malgré lexistence dun besoin reconnu, le conseil général na pas souhaité donner suite aux propositions faites par le préfet et linspecteur dacadémie en vue de la création dun internat de réussite éducative alors quil nexiste aucune offre de ce type dans le département.

Vous aviez demandé le désarmement des deux communautés. Qu’en est-il ?

Suite aux événements de mai 2005, plus dune centaine darmes ont été appréhendées ou saisies : armes à  feu, armes blanches ou armes par destination. Il sagit soit de remises volontaires faites aux forces de police par la communauté gitane soit de saisies opérées au cours dopérations de police lors de contrôles inopinés ou montés sur commission rogatoire. A titre complémentaire, il peut être relevé que la préfecture a effectué un travail approfondi sur le fichier des détenteurs dautorisation darmes afin de faciliter à  lavenir les contrôles.

A Perpignan, deux communautés, gitane et maghrébine, se sont affrontées. La politique urbaine peut-elle être, à  Perpignan et en France, communautariste ?

Ce qui sest passé à  Perpignan au mois de mai dernier ne peut être réduit à  un affrontement entre communautés – même si cest la lecture que les médias ont souhaité donner. Il y a eu deux meurtres que rien à  ce jour ne permet de rattacher à  des affrontements entre communautés. Il y a eu ensuite des violences inadmissibles, dont les commerçants du centre ville ont été les premières victimes, commises par un certain nombre dindividus qui ont profité dun climat tendu, entretenu par les rumeurs et facilité par la grande précarité que partagent et subissent les uns et les autres. Pour autant, inutile de le nier : ces événements, la violence qui sest déchaînée, ont aussi favorisé des tendances au repli communautaire, avec tous les risques de dérives que cela implique. La vigilance simpose. Mais aussi, une politique qui permette aux individus qui le souhaitent – et ils sont nombreux, parmi les populations dorigine maghrébine comme parmi les gitans – davoir les mêmes chances, dêtre logés dans des conditions décentes, daccéder à  lexcellence à  lécole, davoir des ambitions en matière professionnelle…

Votre venue à  Perpignan l’an dernier coïncidait avec votre retour aux affaires. Vous aviez alors l’ambition, annoncée lors de votre visite, de “débarasser la France des voyous” ? Quel bilan tirez-vous de votre action depuis un an sur ce front.

Depuis 2002, on constate une baisse de 8.2% de la délinquance, cela signifie concrètement 765 000 victimes en moins. Replacer la victime au centre de la procédure policière est essentiel. Les résultats sont incontestables, l’indicateur n’a pas changé depuis des décennies. Il permet d’ailleurs des comparaisons et il faut rappeler que de 1997 à  2001, la criminalité avait augmenté de près de 14%. Ceux qui tentent de faire régner la terreur dans les quartiers, ceux qui vivent de l’économie souterraine doivent être identifiés et interpellés pour être présentés à  la justice. C’est le travail qui est réalisé avec les GIR qui regroupent notamment les policiers et les agents du fisc. Il est essentiel de s’adapter en permanence pour lutter contre l’évolution de la violence. C’est pourquoi une police ferroviaire a été créée afin de garantir à  chaque voyageur une sécurité renforcée. De même, pour combattre la violence dans les stades de nouvelles mesures ont été adoptées. Il faut que dans l’esprit de tous les choses soient claires : la violence n’est pas acceptable. C’est la raison pour laquelle l’ordonnance de 1945 doit être réformée. Nous savons tous et nous le voyons tous les jours que notre droit n’est plus adapté au comportement de certains mineurs. Des mesures concrètes ont été proposées afin que chacun assume les conséquences de ses actes et qu’il soit mis fin à  ce sentiment d’impunité qui cause tant de ravage.

Le problème des effectifs policiers à  Perpignan est-il réglé ?

La promesse de trente fonctionnaires supplémentaires a été tenue. Ces renforts ont été affectés dans des brigades ” spécialisées ” dans la lutte contre la criminalité et les violences urbaines. De surcroît le poste de police est dorénavant ouvert comme le souhaitait les habitants c’est-à -dire 6 jours sur 7 et le dimanche matin.

La politique du logement menée à  Perpignan visant à  éradiquer l’habitat indigne est-elle la seule et unique solution à  la paix sociale ?

Comment faire vivre un quartier lorsquon y concentre toute la misère de la cité, dans un environnement dégradé ? Comment peut-on faire ses devoirs quand on habite à  six dans une même pièce ? Une politique vigoureuse en matière de logement est indispensable : cest vrai à  Perpignan, o๠linsalubrité gangrène une partie du centre ville, comme dans beaucoup dautres villes qui souffrent plutôt des dérives de leurs grands ensembles périphériques. Des moyens considérables sont donc mobilisés par lAgence nationale de rénovation urbaine. Pour autant, une approche exclusivement urbaine serait vaine. A Perpignan, comme dans les autres quartiers, cest un ” ras le bol ” intense qui sexprime aussi, notamment chez les jeunes, lorsque le seul horizon est le chômage, lorsque prévaut le sentiment dêtre victimes de discriminations pour trouver un emploi, même quand on est diplômé, pour trouver un logement…. A Perpignan, un plan daction pour légalité des chances a été établi, très rapidement après les événements. Il visait à  mobiliser lensemble des leviers au profit dactions ciblées : lemploi, bien sûr, en premier lieu (organisation dun forum de lemploi orienté vers les demandeurs demploi issus des quartiers, réduction de 25 % des autorisations de travail accordées aux étudiants étrangers pour privilégier laccès à  lemploi des habitants des quartiers…). La lutte contre les discriminations (multiplication des actions de parrainage en matière demploi et de logement …) et léducation, avec la mise en place dun projet de réussite éducative,

Reviendrez-vous prochainement à  Perpignan. Si oui quand et dans quel cadre ?

Je n’oublie pas Perpignan et je suis toujours de très près ce qui s’y passe grâce notamment à  mon ami Jean-Paul Alduy. Je reviendrai dès que possible.

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