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La carte scolaire est devenue l’instrument de la ségrégation sociale - Le Monde

Posté le 17/09/2006 par admin dans la catégorie Discours de Sarkozy, Enseignement

En février 2006, lors de la Convention Education de lUMP, jai soulevé, parmi dautres questions, celle de la carte scolaire. Plus de quarante ans après sa mise en place, il nest quand même pas incongru den dresser le bilan.

Je suis heureux que cette question taboue soit devenue, en quelques mois, un sujet de débat politique, une préoccupation gouvernementale et même, semble-t-il, un thème de la campagne interne des socialistes. Afin déviter quon ne déforme ma pensée, je souhaite rappeler ici dans le détail les propositions que jai formulées.

La carte scolaire a été créée en 1963. Elle part du principe que la meilleure manière de garantir l’égalité des chances est d’uniformiser les établissements et d’y répartir les élèves de manière autoritaire afin de créer de la mixité sociale.

La première idée ne correspond plus aux besoins de l’école aujourd’hui. L’école accueille des publics plus nombreux, plus divers, quelle mène à  des niveaux de qualification plus élevés. Elle ne peut plus le faire dans les mêmes conditions quà  lépoque o๠une sélection sévère, parfois brutale, se chargeait décarter ceux qui semblaient inadaptés. Chaque enfant est différent. Les uns excellent en langues, les autres en sport, certains travaillent seuls, dautres ont besoin dêtre encadrés. Combien de parents, dans tous les milieux sociaux, ont eu parfois ce sentiment que l’école, parce qu’elle est trop monolithique, ne savait pas comprendre l’intelligence de leur enfant ?

La seconde idée est juste et elle n’a pas pris une ride. Toutes les études sérieuses le démontrent : les principaux facteurs de réussite des élèves sont, dans lordre, la qualité pédagogique des enseignants et la mixité sociale, loin devant le nombre délèves par classe. Mais la carte scolaire, qui était effectivement autrefois l’outil de la mixité, est devenue l’instrument de la ségrégation.

L’incapacité des pouvoirs publics à  moduler réellement les moyens des établissements en fonction des difficultés rencontrées par les élèves a progressivement creusé des différences profondes entre les établissements.

Différence de niveau, qui peut varier de 30% à  composition sociologique comparable. Différence dambition, puisque 50% des lycées nenvoient jamais aucun dossier d’élève pour linscription en classe préparatoire.

Différence dhorizon, puisque les établissements situés dans les quartiers les plus défavorisés sont devenus de véritables ghettos o๠le seul effet de la carte scolaire est d’y concentrer les élèves les plus en difficulté quand il faudrait au contraire les répartir dans d’autres établissements.

Ces constats ne sont pas le fruit de mon imagination, mais ont été dressés par des expertises unanimement saluées. Face à  cette situation, certaines familles peuvent s’émanciper de la carte scolaire en faisant le choix du privé, en s’installant dans des quartiers huppés, ou tout simplement en contournant la carte par la mobilisation de leur réseau relationnel. 30% des enfants sont ainsi scolarisés en dehors de leur collège de rattachement. Les autres sont tenus de se plier à  une règle qui vaut pour les uns, mais pas pour tout le monde.

Cette réalité est choquante. Elle est contraire aux principes les plus essentiels de lécole républicaine, laïque, gratuite et égalitaire. La carte scolaire se voulait un instrument de justice. Elle est devenue le symbole dune société qui ne parvient plus à  réduire ses injustices parce qu’elle n’ose pas s’interroger sur ses outils. Devant ce constat, je formule trois propositions.

La première, la plus importante, est de donner de lautonomie aux établissements scolaires pour leur permettre de mettre en Å“uvre des projets éducatifs spécifiques. Cette méthode a fait ses preuves. Les établissements qui ont les meilleurs résultats, cest-à -dire à  mes yeux des résultats pour tous leurs élèves, sont ceux qui ont su créer une dynamique de réussite grâce à  un projet spécifique. Cest en mettant de la diversité dans les méthodes, sans renoncer bien sûr au caractère national des programmes et des évaluations, que lon permettra à  chaque enfant de trouver une solution lui permettant de grandir et de s’épanouir.

Qui dit autonomie dit évaluation. Je propose que nous nous dotions dun organisme dévaluation de chaque établissement scolaire. Il doit sagir dévaluations détaillées, allant bien au-delà  de la seule mesure des résultats des élèves, et sintéressant également à  la qualité du projet éducatif, à  sa capacité à  faire progresser tous les élèves, à  lambiance au sein de létablissement etc. Ces évaluations aideront les établissements à  remédier à  leurs insuffisances. Elles seront évidemment transparentes, à  la disposition des parents.

Enfin, qui dit évaluation dit engagement de lEtat à  aider les établissements qui ont des difficultés à  améliorer leurs performances. Le but nest pas de désigner à  la vindicte les établissements ayant des résultats insuffisants, mais de garantir une qualité éducative pour tous.

La conséquence logique de ces propositions, cest le libre choix par les parents de létablissement scolaire de leur enfant. A partir du moment o๠chaque établissement propose un projet spécifique, il est normal que les parents puissent choisir létablissement qui correspond le mieux à  leur enfant. Cette réforme ne peut pas intervenir du jour au lendemain. Certaines conditions doivent être préalablement remplies. Elle suppose de profondes transformations de notre système scolaire. Mais cest le projet vers lequel je propose de tendre.

Certains demandent : ” Si lon supprime la carte scolaire, par quoi la remplacera-t-on ? “. Je leur réponds : ” Mais par rien ! Ou par un système dinscription dans, par exemple, trois établissements au choix “. La carte scolaire a été supprimée dans presque tous les pays de lUnion européenne. Dans tous ces pays, aucun élève nest scolarisé dans un établissement que sa famille na pas choisi parce que les établissements sont à  la fois divers dans la méthode, mais égaux dans la qualité. Il ny a pas de sélection selon le niveau scolaire ou lappartenance sociale, mais une répartition finalement assez naturelle des élèves selon le projet détablissement qui leur convient le mieux.

Supprimer la carte scolaire est pour moi un aboutissement, pas un préalable. Mon projet nest pas plus de liberté pour les uns, moins de liberté pour les autres. Cela, cest le système existant. Cest au contraire la qualité éducative pour tous, un objectif difficilement contestable. La carte scolaire n’aura alors plus de raison d’être puisque tous les établissements seront de qualité. Ceux qui pensent que ça ne peut pas marcher sont tout simplement ceux qui nont pas confiance dans la capacité du corps enseignant et de lécole républicaine dy parvenir. Pour ma part, je sais que le système éducatif et les enseignants ont toujours été les moteurs dune société plus juste et je veux leur donner les moyens de le redevenir.

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