Immigration - Se réapproprier le débat
“Souvenez-vous au début des années 80 si vous prononciez le mot Immigration, vous étiez déjà considéré comme un quasi raciste. Cette chape de plomb nous a valu 15 années triomphantes du Font National. Beau résultat. Et puisque les républicains donnaient le sentiment d’avoir déserté les extrémistes en ont profité.
Cette question préoccupe [les français]. Ils s’interrogent, et surtout, ils sont prêts à faire preuve de beaucoup plus de générosité qu’on ne le croit, pour peu qu’ils comprennent où nous voulons les conduire. Tous les pays démocratiques ont eu ces débats de façon sereine et responsable. Chez nous cela n’a jamais été possible, coincés comme nous l’avons toujours été entre une extrême droite qui proposait le slogan absurde d’une immigration zéro, et la remise en cause inacceptable, à mes yeux, du droit du sol, et une gauche dont la seule politique au final a consisté à régulariser massivement tous les 10 ans ceux qu’elles n’avaient pu, ni intégrer ni contrôler, transformant ainsi de l’exclusion clandestine en exclusion officielle. Elle n’a toujours pas compris qu’en agissant elle faisait monter l’exaspération et les tensions, elle contribuait à la création de véritables ghettos urbains et au final elle pénalisait les étrangers en situation régulière victimes à leur tour d’amalgame.
Il faut que les républicains de droite et du centre se réapproprient ce débat. Je proposerai que la France se dote d’une politique d’immigration voulue et choisie plutôt que subie. Car enfin nous ne pouvons pas être le seul pays au monde à qui l’on dénierait le droit de décider de qui peut pénétrer sur son territoire et qui n’y est pas souhaité.” 16 janvier 2005 – conseil national
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Voici un extrait de la Tribune de Nicolas Sarkozy, Je ne peux laisser passer, parue dans Libération, le 5 Août 2005, en réaction aux accusations de Julien Dray, porte parole des socialistes, dans le même journal.
” […] La loi socialiste du 11 mai 1998, dite RESEDA est à l’origine directe de la situation dramatique en matière d’immigration que nous avons connue jusqu’à 2003, et dont l’impact se fait malheureusement encore sentir. La “fabrique industrielle de clandestins et de sans papiers”, dont parle M. Dray, la voilà! En bouleversant tout à coup le droit d’asile dans le sens du laxisme et de la confusion (création de l’asile territorial), cette loi a ouvert une brèche profonde dans notre système de maîtrise des flux migratoires. Les demandes d’asile ont explosé en cinq ans, passant de 20 000 en 1997 à 82 000 en 2003, alors que sur la même période, les entrées de demandeurs d’asile s’effondraient en Allemagne, en Grande-Bretagne et presque partout en Europe. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’immense majorité des sans papiers qui se trouvent aujourd’hui sur le territoire français – 200 à 400 000 selon certaines estimations, – sont des demandeurs d’asile déboutés des années 1998 à 2003, donc directement produits par la loi RESEDA.
Jamais sans doute dans l’histoire récente de notre pays, les flux migratoires réguliers – en plus de l’asile – n’ont connu une augmentation si rapide et incontrôlée: de 130000 titres de séjour délivrés en 1997 à 217000 en 2003. Cette hausse spectaculaire tient principalement à la logique même de la loi du 11 mai 1998 qui a fortement assoupli les conditions d’immigration en France. En cinq ans, de 1997 à 2003, l’immigration familiale a été multipliée par deux, passant de 50 000 à plus de 100 000 personnes; les régularisations automatiques ou “de droit” mises en place par la loi RESEDA (plus de 10 ans de résidence en situation illégale en France, ou pour des raisons personnelles) atteignent un rythme de 20 000 par an; le nombre des étrangers accueillis au titre d’une nécessité médicale, comme le prévoit cette loi, a été multiplié par 10, passant de 450 à 4500 pendant la même période.
Cette explosion des chiffres, résultat direct de la loi socialiste du 11 mai 1998, soulève bien entendu des questions légitimes dans un contexte de chômage élevé: alors que 10% de la population active est au chômage, que 20% des étrangers séjournant légalement en France sont également sans emploi, une augmentation aussi rapide du flux migratoire, non maîtrisée, ne peut que nourrir l’exclusion, la fragmentation de la société française le repli sur soi et le communautarisme.
D’où ma volonté de transformer profondément la politique française de l’immigration, enjeu décisif des années à venir. Je veux d’abord lutter sans relâche contre l’immigration clandestine. La généralisation des visas biométriques, la reconduite à la frontière des migrants en situation illégale, la fermeté à l’égard des pays d’origine des flux illégaux, constituent aujourd’hui des priorités absolues du gouvernement. Puisque M. Dray me taxe d’inefficacité, je voudrais lui rappeler que les reconduites à la frontière de migrants en situation illégale dont le nombre était tombé à 8000 en 1998 atteindront 23000 en 2005. J’ai l’intention également de mettre en œuvre une politique de régulation quantitative des flux migratoires réguliers en créant des plafonds chiffrés par catégories de titres de séjour afin de passer “d’une immigration subie à une immigration choisie”. Alors que l’immigration du travail ne représente que 6% des flux migratoires vers la France, contre 50% en Grande-Bretagne, j’ai l’intention de permettre à la France d’accueillir les migrants dont elle a besoin.
Il faut que les Français le sachent: tout ce que nous promet M. Dray en matière d’immigration aujourd’hui, c’est une nouvelle opération de régularisations (après celles de 1981, 1991 et 1997) puisque selon lui, mon “successeur sera obligé de procéder à de nouvelles régularisations”. M. Dray indique lui-même le fondement de cette politique en invitant la France à “prendre une part de la misère du monde”. Depuis Michel Rocard, qui disait exactement l’inverse en 1990 (”la France n’a pas les moyens d’accueillir toute la misère du monde”), les socialistes français n’ont pas beaucoup progressé dans le sens du réalisme. Rien n’est plus contraire à la générosité que cette idée selon laquelle il faut accueillir toujours davantage de migrants, même si l’on n’a pas les moyens de cet accueil, quitte à priver les pays les plus démunis d’une partie de leurs forces vives et de leur jeunesse. Les socialistes ne l’ont toujours pas compris et ne le comprendront donc jamais. C’est donc aux Français que je m’adresse en proposant une nouvelle politique de l’immigration : les Français, de droite comme de gauche, ont très bien compris, eux, quels sont les enjeux de ce grand dossier. […] “
