Palais des congrès - Cotonou - Bénin
Mesdames et Messieurs les ministres et les parlementaires,
Je suis venu vous dire aujourd’hui mon respect. Respect, parce que vous avez bâti en quelques années, au Bénin, une démocratie forte et vivante, prouvée par trois alternances réussies. Nous, les Français, qui sommes si fiers d’être la patrie des droits de l’Homme, il nous a fallu plusieurs siècles pour cela.
Le Bénin a été et reste plus que jamais un exemple pour l’Afrique toute entière. Vous avez été les premiers à  tirer les conclusions de la chute du mur de Berlin, en tournant pacifiquement le dos au communisme dès 1989 (bien plus rapidement que certains intellectuels français !). Et c’est à  la transition démocratique déjà  engagée au Bénin que le président Mitterrand pensait lorsqu’il prononça son désormais célèbre discours de La Baule en juin 1990.
Chacun sait que les Béninois ont participé à  près de 70% à  l’élection présidentielle de mars dernier. C’est une nouvelle preuve de la vitalité de votre démocratie : votre peuple est profondément, fondamentalement démocratique. Personne n’a pu réussir à  le manipuler. La lutte a été forte, car la démocratie cest aussi la compétition, et le combat politique est parfois un combat rude. J’en sais quelque chose. Mais c’est librement que le peuple béninois a pu se déterminer entre des candidats de grande valeur.
J’ai déjà  eu l’occasion de dire au président Boni Yayi toute l’admiration dans laquelle je tiens son engagement sincère de nommer aux responsabilités des hommes neufs, choisis pour leurs compétences. Avec lui, le Bénin a choisi de prendre le chemin de la bonne gouvernance, qui est la condition du développement. Et vous, les Béninois, comme les Maliens ou les Ghanéens, vous avez asséné une solide leçon à  tous ceux qui ne cessent de répéter que la démocratie n’est pas faite pour les Africains. Il ny a pas dexception africaine, pas de prétendue spécificité culturelle qui justifierait je ne sais quelle incompatibilité entre lAfrique et la démocratie. Vous démontrez le contraire. Vous démontrez que la démocratie, ici comme ailleurs, est non seulement possible, mais surtout souhaitable. Seule la démocratie peut répondre aux aspirations des citoyens. Seule la démocratie peut permettre à  un pays de se sortir d’une crise interne, aussi grave et longue soit-elle. Quoi qu’on ait pu penser pendant si longtemps, la dictature, ce n’est pas la stabilité. Seule la démocratie peut créer les conditions de la stabilité en profondeur. Qu’il me soit donné ici l’occasion de rendre hommage à  Helen Johnson-Sirleaf, première femme élue présidente en Afrique, à  qui les Libériens ont confié, avec une grande maturité politique, la si difficile mission de sortir leur pays d’une guerre civile de 15 ans, qui a fait 250 000 morts, et dont les effets se sont fait sentir dans toute la sous-région. Je veux lui dire que la France sera à  ses côtés pour redonner l’espoir au peuple libérien.
La démocratie, vous et nous le savons bien, car nous le vivons, cela ne se résume pas à  des élections. On ne peut sarrêter à  ce premier pas, sinon la démocratie reste de façade. Il faut aller plus loin : faire vivre la démocratie, c’est bâtir un état de droit, oà ¹ l’administration est neutre, les circuits financiers transparents, oà ¹ la presse est à  la fois responsable et indépendante, oà ¹ l’autorité judiciaire est libre de travailler sans influence extérieure. Et ce seul fait rend nécessaire une vigilance de tous les instants. Le projet démocratique place lindividu au cÅ“ur du projet de société : il impose le respect des libertés individuelles, le refus des communautarismes, et notamment de léthnicisme. Et vous, les Béninois, vous avez en plus montré qu’en Afrique, la démocratie n’a pas nécessairement de base ethnique. Cest aussi le principe de légalité des citoyens, et notamment la parité, et le respect de lintégrité physique et morale des femmes, qui sont les égales des hommes et qui “portent l’Afrique sur leur dos”, comme le dit un proverbe africain.
Alors, existe-t-il un lieu mieux choisi que Cotonou, le “quartier latin de l’Afrique”, pour parler des relations que la France doit avoir avec l’Afrique ? Nos relations sont amicales, constructives, décomplexées : nous nous disons les choses franchement, et, je le crois, nous nous comprenons. Alors permettez-moi de vous parler très franchement, comme on ne le fait sans doute pas assez souvent entre Français et Africains.
Car en madressant à  vous, vous qui faites vivre la francophonie, cest à  lAfrique daujourdhui et de demain que je veux madresser, à  lAfrique ancrée dans le XXIème siècle, qui refuse les archaïsmes et qui regarde lavenir avec confiance. A lAfrique qui sait que son destin est entre ses mains, et qu’elle est pleinement responsable de ses choix, de ses actes, et de son avenir. A lAfrique qui a choisi dassumer cette responsabilité et de relever les défis auxquels elle doit faire face.
Ces défis, quels sont-ils ?
- bâtir la démocratie, en respectant les échéances électorales, mais aussi létat de droit et la bonne gouvernance ;
- construire des institutions solides ;
- construire une économie qui offrira à  votre jeunesse, nombreuse, motivée, des débouchés et un avenir, la promesse dune vie meilleure ; et chacun sait que c’est un défi majeur, car la moitié des Africains ont moins de quinze ans.
- sinsérer dans un monde globalisé, alors même que lAfrique apparaît aujourd’hui comme le perdant de la mondialisation : cela passe par le développement du commerce intra-africain et l’émergence des marchés régionaux.
- faire la paix, en créant les conditions de la stabilité.
Ces défis ne sont pas minces. Mais ils sont à  votre portée. La réussite, votre réussite, dépend dabord et avant tout de vous-mêmes. La responsabilité du succès ou de léchec est dabord la vôtre. Cest cette responsabilité, celle de son destin, que le Bénin a choisi dassumer. Cest un choix courageux, un choix lucide, un choix intelligent. Cest le seul choix viable : les autres options sont des impasses.
Mais si cette responsabilité est la vôtre, elle peut se nourrir du dialogue avec des partenaires. La France veut être le premier de ces partenaires.
La relation entre lAfrique et la France est une relation ancienne et dense ; une histoire partagée, qui a aussi connu des épisodes de violence et parfois, des épisodes tragiques. Je le sais et je respecte le nécessaire devoir de mémoire que nous avons tous à  légard de cette histoire commune, y compris de ses heures sombres. Ensuite est venu, pour les anciennes colonies françaises, le choix des indépendances, en 1960, il y a déjà  près dun demi-siècle. Ce passage à  lindépendance sest fait dans le dialogue, dans la paix, dans la confiance. Il nen pas été ainsi partout sur le continent : ailleurs, des indépendances ont été conquises dans le sang et dans les troubles. Je salue les qualités visionnaires du général de Gaulle, qui a su comprendre les aspirations de lAfrique à  lautonomie puis à  l’indépendance, les respecter et faire de lancienne métropole un partenaire, même si d’un côté comme de l’autre nous considérons que ce partenariat est imprégné d’une dimension affective qui est unique.
Il faut aujourd’hui refuser le poids des habitudes. La poursuite de relations fortes entre deux partenaires repose sur deux conditions de base : une volonté commune et un respect mutuel.
Au Bénin, je constate que l’Afrique aime la France. Mais malgré tout je ne veux pas esquiver mes responsabilités. Je veux aborder franchement la question des relations de la France et de l’Afrique.
Je crois indispensable de faire évoluer, au-delà  des mots, notre relation. L’immense majorité des Africains n’ont pas connu la période coloniale. 50% des Africains ont moins de 17 ans. Comment peut-on imaginer continuer avec les mêmes réflexes ?
Il nous faut construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d’autres de la Méditerranée. Cela implique plusieurs changements de fond, dont certains sont heureusement à  l’Å“uvre.
D’abord, cette relation doit être plus transparente. Il nous faut la débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autre mandat que celui qu’ils s’inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés.
Il nous faut aussi ne pas nous contenter de la seule personnalisation de nos relations. Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas seulement dépendre de la qualité des relations personnelles entre les chefs d’Etat, mais d’un dialogue franc et objectif, d’une confrontation des intérêts respectifs, du respect des engagements pris.
Nous voulons dialoguer sur un pied dégalité, entre partenaires responsables. Notre relation doit être décomplexée, sans sentiment de supériorité ni dinfériorité, sans sentiment de culpabilité dun coté ni soupçon den jouer de lautre, sans tentation de rendre lautre responsable de ses erreurs. A nous Français de renier tout paternalisme, d’exclure toute condescendance à  l’endroit des Africains. Et surtout plus de respect. Nous ne savons pas mieux que vous quel est le bon chemin. Je refuse la posture dune France donneuse de leçons. Mais je refuse tout autant de transiger sur nos valeurs. Ces valeurs de démocratie, de respect des droits de lhomme, de bonne gouvernance, nous les défendons partout, en Asie comme en Amérique latine ou en Europe de lEst. Nous devons les défendre en Afrique comme ailleurs : ces principes ne sarrêtent pas aux portes du continent !
Les crises que nous voyons éclater sur le continent, dont les conséquences sont souvent si brutales, ne naissent pas sans cause. Elles se sont nouées parfois bien avant, provoquées par des dérives autoritaires, des écarts par rapport aux lois fondamentales ou par rapport à  la morale, des politiques xénophobes, des comportements arbitraires, des humiliations… Pourquoi alors devrions-nous renoncer à  nos valeurs et nous taire devant ces dérives ? Pourquoi désespérer les hommes et les femmes de bonne volonté, militants associatifs, hommes politiques d’opposition, entrepreneurs, responsables religieux, tous ceux qui luttent pour la démocratie et la bonne gouvernance, si nombreux mais parfois si vulnérables, qui espèrent dans l’angoisse un geste de soutien de notre part ? Au nom de quel principe supérieur ? Nous mettons-nous à  ce point en danger en disant à  haute et intelligible voix les torts que causent les excès d’un dictateur à  son propre pays ? Mes chers amis, nous devons défendre les valeurs de la démocratie ici comme ailleurs parce que ceux qui luttent pour la démocratie doivent nous trouver à  leurs cotés.
A nous aussi de débarrasser la relation Afrique-France de ses fantasmes et de ses mythes qui la polluent. Disons les choses clairement : la France n’a pas les intentions et l’influence qu’on lui prête. On lui prête la faculté de redresser les situations, de rechercher des intérêts économiques que nous n’avons pas et d’être capables d’assurer la stabilité ou de créer l’instabilité dans un pays. Bien souvent d’ailleurs, les deux fantasmes sont mêlés : la politique de la France en Afrique aurait pour seul objectif de s’approprier les ressources géologiques du continent. Oà ¹ est la vérité ? A ceux qui pensent cela, je veux quand même rappeler qu’il n’existe plus de compagnie minière française, et que les entreprises françaises présentes en Afrique sont surtout spécialisées dans les services.
Il y a bien le pétrole, me direz-vous. Regardons bien les faits : les deux pays africains oà ¹ Total réalise l’essentiel de sa production sont le Nigeria et l’Angola, deux pays qui ne sont pas parmi les plus proches de la France. Il n’y a en réalité qu’un petit nombre de grands groupes français qui réalisent une part importante de leur activité en Afrique : Bouygues, Air France, Bolloré, et quelques autres. Peut-être les choses ont –elles été différentes par le passé, mais ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui ces grands groupes français n’ont pas besoin de la diplomatie française pour exister et se développer en Afrique. S’ils y sont aussi dynamiques, c’est à  l’ancienneté de leur implantation – ils ont cru à  l’Afrique avant beaucoup d’autres-, au talent de leur management et de leurs collaborateurs qu’ils le doivent, et à  eux seuls. Mais de leur côté, les Africains doivent comprendre que l’aide publique au développement ne peut rien sans les investisseurs privés. Et ceux-là  , soyez-en sûrs, ne viendront durablement que si les pays d’Afrique peuvent leur garantir un climat serein et stable pour y mener leurs affaires.
L’immigration est devenue un autre enjeu majeur de la relation entre la France et l’Afrique. Le sujet ne doit plus être tabou. Il est absolument essentiel d’en parler entre nous. Si on laisse aux partis extrémistes le monopole du discours sur l’immigration, il ne faut pas être surpris de voir progresser la xénophobie et le racisme. L’immigration peut être un atout pour la France comme pour les pays africains. Mais elle sera une chance si elle est choisie et non subie. C’est tout le sens de mon projet de loi relatif à  l’immigration et à  l’intégration en cours de discussion au Parlement. L’immigration doit être pour la France une ouverture sur la diversité, le dialogue des cultures, la tolérance. Or le résultat de plusieurs décennies d’immigration subie est exactement inverse : aujourd’hui, les petits enfants des migrants qui ont la nationalité française se sentent moins français que leurs grands-parents qui n’avaient pas la nationalité française.
A côté de cette réalité, les Africains qui n’ont que des bonnes raisons de venir en France, pour des raisons d’affaire, d’études, de travail, rencontrent aujourd’hui les pires difficultés pour obtenir un visa. Il faut sortir de cette situation. C’est tout l’objectif de la politique d’immigration choisie que je suis en train de mettre en place. Le terme immigration choisie a été beaucoup caricaturé et utilisé à  des fins de polémique. Dans mon esprit, immigration choisie ne signifie en aucun cas la mise en place d’un filtre destiné à  faire venir les diplômés et à  rejeter les autres. Quand je parle d’immigration choisie, c’est une immigration choisie aussi bien par le pays d’origine que par le pays de destination. Immigration choisie veut dire immigration régulée, organisée, négociée entre les pays d’origine et les pays de destination. L’émigration est une richesse pour l’Afrique. Les transferts d’épargne des migrants installés en France représentent une somme presque aussi importante que l’aide publique au développement. En outre, les migrants qui reviennent de France avec une formation et une expérience professionnelle peuvent jouer un rôle déterminant pour le développement de leur pays d’origine. Un grand chantier doit donc s’ouvrir entre la France et les pays d’Afrique pour mettre en place une politique commune définissant les nouvelles règles d’une immigration choisie. Nous devons favoriser la mobilité et la circulation des hommes tout en évitant le pillage des cerveaux. D’après un rapport récent de l’OMS, “l’Afrique supporte 24% du fardeau des maladies et ne possède désormais plus que 3% du personnel sanitaire”. La plupart des médecins béninois exercent aujourd’hui en France. Nul ne peut se satisfaire de cette situation dont les conséquences sont catastrophiques pour les Africains. Il est donc urgent de mettre en place une grande politique de co-développement qui facilitera la mobilité des personnes et la réinstallation volontaire en Afrique de migrants. Et c’est ensemble que nous devons organiser les migrations pour sortir de l’impasse actuelle et en faire un véritable atout en faveur du développement, mais aussi de la tolérance et de l’amitié entre l’Afrique et la France.
Il nous faut enfin analyser avec sérénité cette idée obsessionnelle que la relation entre lAfrique et la France serait une relation dexclusivité. On ne cesse de dire : “la France perd ses positions en Afrique”. Ce vocabulaire n’est pas respectueux des Africains ! Il ne s’agit ni de parts de marché, ni non plus de possessions. Ceux qui tiennent ce discours chez nous se croient des amis de l’Afrique. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils en ont une vision d’un autre âge.
Il arrive que des Africains tiennent également ce discours. Ils l’assortissent en général d’un autre commentaire : “les Américains, les Chinois et les Indiens s’installent partout”… Je vais peut-être vous surprendre, mais je considère que c’est une bonne nouvelle pour l’Afrique. D’abord, je ne vois pas la France dans une compétition pour savoir quel est celui qui aura la “meilleure place” en Afrique. L’Afrique est la patrie des Africains. Ceux qui se plaignent de l’arrivée de nouveaux investisseurs ont la vision passéiste de l’économie des comptoirs, une conception qui a au minimum cinquante ans de retard ! L’Afrique, pour eux, ce serait un gâteau que l’on partage, un champ clos et immuable. Pour tout dire, c’est l’inverse de la réalité africaine d’aujourd’hui, qui voit heureusement de nombreux pays afficher des taux de croissance que nous aimerions connaître en France : léconomie africaine est aussi une économie dynamique, malgré le sous-développement et malgré lendettement.
Qu’il n’y ait pas de malentendu entre nous : je souhaite vivement que les entreprises françaises viennent en Afrique, qu’elles y investissent et qu’elles y prospèrent. Je souhaite qu’elles y restent les plus nombreuses, de la même façon que je crois à  une relation privilégiée entre mon pays et les pays africains. Mais sincèrement, pour défendre nos intérêts commerciaux et nos parts de marché, comme partout ailleurs dans le monde, je fais confiance au savoir-faire et au dynamisme de nos entrepreneurs. Cest de leur talent que dépend notre puissance économique. L’Etat, notre diplomatie doivent les aider. La relation avec l’Afrique doit même constituer une priorité de notre action diplomatique. Mais il n’y a pas de chasse gardée.
La concurrence est plus forte aujourdhui quhier ? Tant mieux ! Cest la preuve que lAfrique intéresse, que lAfrique sinsère dans la mondialisation. On ne peut expliquer que la concurrence est une bonne chose et ne pas l’accepter pour soi-même. La présence des Américains et des Chinois en Afrique n’est pas moins légitime que celle d’autres. Les besoins sont tels que chacun y a sa place.
Je souhaiterais néanmoins que nos amis américains élèvent le niveau de leur aide publique à  celui des pays européens, pour montrer que leur approche de l’Afrique n’est pas uniquement motivée par le souci de faire des affaires.
Par ailleurs, tous les pays ne méritent pas d’être aidés de la même façon : le respect des droits de l’homme n’est pas un critère moins important que la localisation des matières premières.
Je ne suis pas ici pour esquiver les interpellations qui sont faites à  la France. Je vois bien que certains pays d’Afrique, avec lesquels la France avait depuis toujours entretenu des rapports d’amitié, paraissent aujourd’hui la rejeter. Cette tendance est le plus souvent confuse et ambiguà « : parfois les mots contredisent les actes : parfois on dit pis que pendre de la France mais en coulisses on lui demande une aide budgétaire supplémentaire. Parfois les actes contredisent les mots. La France doit reconnaître sa part des torts. Mais ceux qui s’en prennent à  la France et l’accusent de tous les maux sont eux-mêmes dans le passé : ils semblent avoir besoin d’un bouc émissaire pour cacher leur propre incurie, et s’inventent par ce nouveau mythe une légitimité de façade.
Cela étant je prends cette évolution au sérieux et avec respect : je comprends tout à  fait que certains de nos amis et partenaires aient pu être déçus. Qu’ils trouvent eux-mêmes leur chemin. Peut-être nous retrouverons-nous plus tard, quand les rancÅ“urs réciproques se seront apaisées. Je veux simplement rappeler à  ceux qui rejettent aujourd’hui la présence française que les Français d’Afrique dans leur grande majorité ont toujours considéré que ce continent était pour eux leur deuxième patrie, et qu’ils ont contribué à  la développer par leur travail. Oui, ils ont travaillé durement et pris des risques qui n’ont pas toujours été payés de retour. Certains, nous le savons, ont souffert physiquement et ont tout perdu. Et aujourd’hui, j’ai une pensée pour les Français de Côte d’Ivoire qui ont été victimes de violences. Et c’est en pensant à  eux que je dis ici que la France se fera respecter, et qu’elle n’entend pas que ses ressortissants soient pris à  partie dans des pays oà ¹ ils n’apportent que leur bonne volonté et leur travail.
Il y a d’autres questions dont nous devons parler franchement, entre partenaires et amis. La présence de nos bases militaires dans plusieurs pays du continent est une de ces questions. La première mission de ces bases, c’est d’aider lUnion Africaine, bel exemple d’une intégration africaine réussie, à  construire une architecture de paix et de sécurité régionale, qui permettra au continent de disposer dun outil pour mieux assurer, solidairement, sa sécurité et sa stabilité.
Dans la période actuelle, le fait dêtre présent militairement dans un pays nous conduit parfois à  devoir intervenir dans un conflit ou une crise interne, à  titre humanitaire, pour préserver la sécurité des populations civiles, ainsi que celle des ressortissants étrangers (et pas seulement des Français). Ces interventions sont parfois mal comprises, en Afrique mais aussi en France. Ce sont toujours des décisions difficiles, qui consistent à  choisir entre deux mauvaises solutions. Soit nous n’intervenons pas, et l’on nous accuse de manquer à  nos engagements bilatéraux et d’abandonner des gouvernements souverains ! Soit nous intervenons, et l’on nous reproche d’intervenir dans les affaires intérieures d’un Etat souverain !
La vérité, c’est que nous sommes présents, et que nous avons une capacité à  agir militairement : il est donc logique que l’on vienne nous solliciter pour rétablir lordre et éviter des drames. Car nous devons bannir toute tentative de prise du pouvoir par la force. Cela veut dire intervenir dans une crise qui bien souvent ne nous concerne pas. Nous le faisons pour préserver des vies humaines, et le plus souvent en concertation avec la communauté internationale, avec les Nations Unies et lUnion Africaine. On peut reprocher à  la France son interventionnisme, mais je constate que rares sont les candidats pour venir en aide à  des Etats d’Afrique en proie à  une crise politico-militaire. Quelles qu’aient pu être les insuffisances de la politique suivie par la France au Rwanda avant le génocide, en 1994, il y avait beaucoup de gens pour dénoncer les atrocités et les massacres commis contre les Tutsis, mais bien peu pour intervenir directement afin d’arrêter ce crime contre l’humanité, comme le fit, seule, la France, sous l’autorité d’Edouard Balladur. Sans doute devons-nous réfléchir davantage aux moyens danticiper ces crises, aux moyens de les prévenir avec lUnion Africaine. Cela passe par le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, et c’est en cela que la présence militaire française en Afrique doit trouver toute son utilité. Vous les Béninois, avez justement pris vos responsabilités en envoyant des contingents au Libéria et au Congo.
Je le répète, prévenir les crises, cela suppose que nous n’attendions plus pour dire à  nos partenaires africains que nous estimons que telle décision ou telle politique ne sont rien moins que des manipulations électorales ou des dérives autocratiques, et qu’à  ce titre elles sont porteuses d’instabilité. L’autoritarisme, ce n’est pas la stabilité. Il n’y a pas d’issue hors de la démocratie. Et la conclusion, c’est que nous devons parler de tout, y compris de ce qui est sensible.
•••
Mesdames et Messieurs,
C’est en confiance et en toute amitié que j’ai voulu vous indiquer mes espérances dans la relation entre lAfrique et la France. Je crois que l’Europe doit continuer à  s’impliquer en Afrique, et que la France est la meilleure des passerelles entre nos deux continents. Notre relation est forte, ancienne, historique, elle est faite de sentiments qui dépassent le protocole, qui vont au-delà  des relations habituelles entre les Etats. Notre relation est spéciale et doit le demeurer. La modernisation de notre relation, la responsabilisation de chacun permettront douvrir de nouvelles pages, et de construire ensemble nos avenirs respectifs.
Pour avancer dans cette voie, nous disposons d’un outil commun particulièrement précieux : le français. C’est grâce aux Africains que le français reste une des grandes langues de communication internationale. 28 des 63 Etats membres de l’Organisation internationale de la Francophonie se trouvent en Afrique. Je veux saluer ici les efforts déployés par le président Abdou Diouf à  la tête de cette Organisation. Je sais que les Africains attendent beaucoup de la Francophonie, sur l’éducation et l’enseignement, le développement des technologies de l’information et la promotion de la culture africaine. C’est aussi une exigence à  laquelle nous devrons répondre.
•••
Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, c’est à  un renforcement de nos relations que j’appelle. Nos destins sont et resteront liés. Vous pouvez compter sur mon engagement pour que ce lien si particulier qui nous unit soit renforcé. Et, plus encore, vous pouvez compter sur mon amitié.
























26 mai 2006 at 4:15
Monsieur le Ministre,
Citoyen Nicolas,
Au lieu de parler d’immigration, je préfère utiliser les termes de flux migratoires qui sont aujourd’hui le fait de la population mondiale : de l’Afrique vers l’Europe, de l’Europe vers l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique du Sud. La planète Terre tourne autour du soleil, l’Homme arpente la Terre. Dans cet espace terrien, le mouvement c’est la vie.
Cependandant demeurons dans ce contexte Afrique-Europe et plus précisement Afrique/Maghreb et France. Il existe un lien historique qui unie ces régions. Tantôt il a ouvert la voie à  de belles relations avec des résultats positifs et tantôt il a noué des situations où l’herbe folle nourrie de regrets, frustrations, sentiments d’injustices …..haine….volonté de révolte et de revanche, est toujours vivace dans des comportements sociaux individuels et communautaires. Un passé négatif non résolu trouve toujours son exutoire dans un présent avec des images et comportements différenciés. Cette répétition plus forte que tout est indépendante de la volonté des individus ou des communautés. Le moyen d’y remédier c’est de poser le problème sur la table, de reconnaitre les souffrances et les malentendus et d’ouvrir l’horizon avec des projets qui relancent la dynamique sur une volonté nourrie positivement. Quels sont les problèmes auquels je pense :
- J’ai 53 ans, et ai vécu la guerre d’Algérie à  travers mes parents, mes voisins, mes intituteurs : je vivais en France.
De cette période il demeure un noeud non résolu : celui des Français, appelés Pieds-noirs. Je ne fais pas parti de cette communauté, mais l’histoire de cette communauté interpelle tout le monde et fait encore plus de ravage qu’on ne le pense, dans un silence où seul l’absence d’espoir fait écho.
Chaque fois que je suis retournée en Algérie indépendante j’y ai rencontré des Français qui y étaient restés et vivaient en parfaite harmonie avec les Algériens. Donc les relations positives et dénuées de ressentiments sont possibles. Ils ne sont pas tous partis.
En France j’ai été amie avec de jeunes Pieds-Noirs transplantés brutalement du Sud au Nord- ils étaient plus Algériens que moi et connaissaient ce pays mieux que moi, et parlait de ce pays avec un amour qui m’était totalement inconnu….Aujourd’hui je rencontre des enfants de Pieds-Noirs qui ont hérité du chagrin de leurs parents et rêvent d’offir un voyage en Algérie : qui à  leur père qui à  leur mère…un ultime voyage au soleil parfumé de leur enfance.
je veux dire EXPULSES COMME…… LES EXPULSIONS A REPETITION AUJOURD’HUI EN FRANCE- COMME L’EXCLUSION - COMME LE REFUS D’INTEGRATION.
Ce que je pense.
La communauté Pied-noir en France est très importante, si elle ne l’est en nombre elle l’est par son influence muée par des sentiments pour que personne n’oublie…en 50 ans comment ces sentiments se sont dilués dans la société française ? Où va cet électorat; où se perd cette énergie du souvenir ?
Dans le cadre de l’amitié franco-algérienne, il faudrait aussi reparler, de ce flux migratoire dans lequel toutes ces personnes ont tout perdu, leur biens, leurs terres, les tombes de leurs ancêtres, une culture ensoleillée….et que quelquechose, un trait d’union avec l’Algérie d’aujourd’hui pour les Pieds Noirs qui le désirent ;
Pour que les peuples s’entendent et construisent ensemble il faut d’abord la reconnaissance mutuelle de leurs chagrins et de leurs souffrances. Comme dans une histoire relationnelle entre deux individus ; afin de poser la résilience.
Est ce que tout le monde sait que beaucoup de Pieds-Noirs étaient de simples commerçants, que les grands propriétaires fonciers n’étaient pas légion, et que la politique du clivage éthnique n’était pas décidée à  Alger. Cela ferait du bien à  tout le monde de reparler de tout cela. Il faut bien vider les valises, et faire la place au présent, non! Ce serait une autre façon de parler de ces deux pays et du commun de leur histoire.
Replacer les responsabilités pour déculpabiliser.
Donc sortir de l’ombre ce troisième terme négatif qu’est l’OAS et mettre à  jour les mécanismes des manipulations destructrices.Sans ces forces criminelles, l’Algérie aurait eu son indépendance 3 ans plus tôt, et les Français seraient toujours sur cette terre et cela aurait, peut être, changé le cours de l’histoire avec l’intégrisme en moins mais plus de tolérance et plus d’échange. L’inverse de ce qui se passe maintenant.
Tant que cela n’est pas résolu, il me semble que tout immigré métèque, maghrébin, bazané, ne pourra trouver une vraie place….car les Français d’Algérie, n’ont pas oublié, ils pleurent encore en silence et même morts ils pleurent à  travers les générations.
Peut être que je me trompe mais je comprends les choses ainsi et voudrais vous en faire part car j’estime que c’est important. Il faut chassez les vieux fantômes.
Pensez-vous possible de négocier avec le Gouvernement algérien l’ouverture officielle des frontières aux Pieds-Noirs,….une célébration officielle pour reconnaitre la douleur des deux parties et la volonté de retrouver l’amitié dans l’estime mutuelle.
Ce serait super qu’Enrico Macias aille en Algérie avec une délégation symbolique de Français Pieds-Noirs surtout les plus à ¢gés, de Français issus de l’immigration, mais aussi d’une troupe artistique composée de jeunes Algériens et Algériennes. Placer tout cela sous le sceau de la grande Altérité.
Quand Enrico Macias pleure l’Algérie, ne vous trompez pas des milliers de personnes souffrent et pleurent avec lui.
Pourquoi le sujet de l’immigration bloque en France….Pourquoi un Maghrébin bien accepté est celui qui vide les poubelles et travaille à  l’usine ? pourquoi un Français d’origine algérienne reçois des menaces de mort parcequ’il est prefet ? pourquoi s’il est médecin ou avocat doit ‘il en faire 10 fois plus que les autres pour être finallement accepté ? Où est la dette à  payer ? vous la trouverez dans l’histoire de la France, dans les entrailles douloureuses de ceux qui souffrent en silence. A vous de lever le voile;
Avec toute ma considération
Latifa
10 avril 2007 at 13:51
future president sarkozy,je suis yves un jeune etudiant togolais en droit.je vous appelle president car je suis pour votre victoire;contrairement atout mes amis.ma seule preoccupation concerne votre politique a l’egard de nous jeunes etudiants qui espere poursuivre les etudes en france;et surtout j’aimerais avoir vos idees sur nos dictateurs president? en claire est ce que l’elysee applaudira tjrs les coups d’etat electorals.