Une loi pour imposer le service minimum - Ouest France
Quels enseignements tirez-vous de ces 3 semaines de violences urbaines ?
Nicolas Sarkozy : 1) On a trop longtemps sous-estimé la gravité du problème des banlieues. Or, il ny a pas de bons remèdes sans vrai diagnostic. 2) Les Français aspirent au retour de lautorité de là‰tat. Le sentiment dimpunité a permis à des bandes, des voyous, dimposer leur domination sur un territoire, au détriment de léconomie réelle. 3) Nous ne pouvons plus continuer à subir limmigration, nous devons la choisir. Le système dintégration dont nous étions si fiers est aujourdhui en panne. 4) On a aidé des territoires. Il fallait aussi aider des personnes qui y vivaient, celles qui voulaient sen sortir. 5) On a fait du social là o๠les gens voulaient du travail.
Est-ce le modèle dintégration qui est en panne ou la paupérisation accentuée de certains quartiers qui est en cause ?
Nicolas Sarkozy : La paupérisation est accentuée par limmigration non maîtrisée. Cest plus facile dintégrer des gens quon choisit que des gens quon na pas choisis et qui sont trop nombreux. Nous allons répétant que le regroupement familial est un droit. Cest vrai. Mais ce droit ne peut plus sexercer sans que lon vérifie les conditions matérielles dans lesquelles il sapplique et sans lesquelles le regroupement familial nest plus facteur dintégration.
Faut-il suspendre les allocations aux parents de mineurs délinquants ?
Nicolas Sarkozy : Si des familles ne soccupent pas de leurs enfants ou bien si elles sont en grande détresse sociale et ne peuvent pas sen occuper, je préconise la mise sous tutelle, cest-à -dire le contrôle de laffectation des allocations familiales aux dépenses correspondant au bien des enfants. Cela aura aussi une vertu éducative à légard des parents.
Le président de la République parle du ” fléau des discriminations ” pour expliquer le mal être des jeunes des banlieues, mais il rejette lidée des quotas à lembauche. Vous aussi ?
Nicolas Sarkozy : Je nai jamais demandé des quotas. En revanche, je suis pour la discrimination positive à la française. Comment fait-on reculer les injustices dans notre pays ? La République na pas lobligation de donner à tous la même chose, mais daider massivement ceux qui en ont le plus besoin. Elle doit garantir légalité réelle et non légalité virtuelle. Au lieu de refaire des immeubles, ne serait-il pas plus juste de proposer aux jeunes des quartiers déshérités une formation qualifiante pendant deux ans, avec en contre-partie lobligation pour eux de suivre cette formation ?
Pourquoi a-t-on diminué ou supprimé des subventions à tant dassociations ?
Nicolas Sarkozy : Tant quon naura pas débarrassé ces quartiers dactivités mafieuses, une part de largent des subventions sera détournée au profit dactivités délictuelles. Sans parler de ceux quon appelle les ” grands frères “. Curieuse appellation pour nombre de ceux qui ne sont ni plus ni moins que des caïds !
Que prévoyez-vous en matière de prévention ?
Nicolas Sarkozy : Je vais présenter un plan national de prévention de la délinquance qui fait du maire le coordonnateur de la prévention. Il faut créer des internats dexcellence dans les quartiers, pour que les enfants de familles monoparentales puissent étudier et se nourrir dans de bonnes conditions. Il faut systématiser les études du soir dans ces quartiers, pour éviter que les ” orphelins de 16H30 ” ne soient tentés par la loi de la rue. Il faut dépister les comportements violents dès la maternelle et le primaire afin dy apporter les réponses appropriées. Il faut décloisonner les métiers des travailleurs sociaux pour quils mettent en commun leurs informations et ne soient plus tenus par le secret professionnel lorsque des enfants sont en danger.
Pourquoi tant de communes, et parmi elles Neuilly, nappliquent-elles pas le quota de 20% de logements sociaux imposé par la loi SRU ?
Nicolas Sarkozy : Certaines communes ont un foncier si rare et si cher quelles ne peuvent pas faire face à cette obligation. Pour moi, la bonne politique du logement ne consiste pas à couvrir la France de logements sociaux, mais de permettre aux salariés modestes dêtre propriétaires de leur logement, et ainsi de libérer des HLM pour ceux qui nont pas les moyens dêtre propriétaires. La rotation à lintérieur du parc HLM doit saccélérer.
La loi est ce quelle est : faut-il sanctionner ceux qui y contreviennent ?
Nicolas Sarkozy : Sanctionner ? Mais quand il ny a pas de terrain, vous faites quoi ? Vous mettez le maire en prison ?… La loi nimpose pas les 20% tout de suite, elle exige de faire chaque année des dépenses en faveur des logements sociaux pour aller vers cet objectif. Et cest ainsi quà Neuilly quand jen étais le maire, en 4 ans, nous sommes passés de 400 logements sociaux à 800.
Est-il vraiment nécessaire de rajouter une nouvelle loi anti-terroriste à la législation déjà existante en la matière ?
Nicolas Sarkozy : Il est de mon devoir de tirer les enseignements des attentats de Londres et de ce qui aurait pu se passer chez nous. Nous avons compris limportance de la vidéo surveillance pour laquelle la France avait beaucoup de retard ; limportance aussi du stockage des données téléphoniques et celle de la surveillance de lidentité des passagers qui se dirigent vers des destinations sensibles sans raison apparente. Notre devoir est dêtre prêts à intervenir contre des terroristes avant quils nagissent. Et la menace est sérieuse.
A propos de la violence dans les stades, que préconisez-vous ?
Nicolas Sarkozy : Il est des tribunes et des supporters qui nous font honte. Il faut débarrasser nos stades des hooligans. Je vais faire voter, dans les jours qui viennent, un amendement qui permettra aux préfets dinterdire de stade quelquun de violent, qui fait le salut nazi ou qui se comporte en raciste. Je ne veux plus devoir mobiliser 2000 fonctionnaires de police pour un simple match de foot !
Faut-il une loi pour imposer le service minimum en cas de grève dans les transports publics ?
Nicolas Sarkozy : Oui et je souhaite que le gouvernement le décide. La contre-partie du monopole cest le service minimum. Parce que le monopole, cela veut dire que quand le service sarrête, celui qui veut aller à son travail, ou rentrer de son travail, na pas dautre solution. Quand il ny a pas de monopole, on peut choisir une autre solution, là non. Les usagers nont pas à être pris en otages par une grève qui ne les concerne en rien. Dailleurs, cette loi était une proposition de Jacques Chirac lors de sa candidature à la présidentielle.























