Nicolas Sarkozy

Blog Coopératif

Sortir des slogans de Mai 68 - Le Point

Posté le 08/12/2005 par admin dans la catégorie Interviews de Sarkozy, Presse Ecrite

Quelles leçons tirez-vous de la crise des banlieues ?

Nicolas Sarkozy : Cette crise a dabord révélé le souhait des Français de retrouver des valeurs, des valeurs déquité, de respect de la règle, de bon sens. Les Français veulent que les institutions exercent leurs responsabilités, que les professeurs à  lécole, les policiers dans la rue, comme les parents, comme les personnes âgées soient respectés. Que la société fonctionne selon des règles. Limpunité, lexcuse culturelle exaspèrent bien au-delà  de ce quil est convenu dappeler la droite traditionnelle. Je constate ensuite que les Français restent un peuple généreux comme il la toujours été mais qui ne conçoit pas la générosité à  sens unique. Troisièmement, ils se sont rendus compte comme jamais de la nécessité dune politique de rupture. Le modèle social français, nos dispositifs dintégration, la politique de la ville, tout cela, ils ny croient plus ; ils ne voient quun système à  bout de souffle. Et notre devoir cest de renouer avec les idéaux qui ont fondé ces politiques, de leur redonner de la réalité.

Quand les jeunes des cités sen prennent à  lécole, ne se retournent-ils pas dabord contre le symbole de leur échec ?

Nicolas Sarkozy : Non, ils sen prennent à  lécole comme au symbole dun service public. Cest une façon de dire ” ce territoire est le mien “, de contester toutes les formes dautorité ou dorganisation publique au profit des lois de la bande. Ceux qui font cela – que je nappelle pas des jeunes mais des délinquants - nont aucune envie de revenir dans le système scolaire.

Vous estimez donc que cette crise a agi comme un révélateur ?

Nicolas Sarkozy : En tout cas, pour les élites et les médias. Une fois encore, on a pu percevoir le décalage entre le pays réel et le pays virtuel, comme au moment du référendum o๠les élites étaient sûres que le oui lemporterait.. On raconte aux Français une histoire qui ne correspond pas à  ce quils pensent. Ils rejettent la pensée unique, le préchi-prêcha social démocrate, qui explique la délinquance par la pauvreté, qui de façon excessives privilégie les zones, les territoires plutôt que lindividu. Je suis convaincu quon est en train de sortir enfin de Mai 68 et de tous ses slogans. Il nest plus interdit dinterdire.

Vous ne doutez jamais davoir raison ?

Nicolas Sarkozy : Bien sûr que si, mais lorsque pendant le week-end du 6 novembre, le nombre des voitures brûlées est passé de sept cents à  mille quatre cents et que les violences se sont étendues à  la province je me suis dit : ” Ou bien cest leur loi, ou bien cest celle de la République. Ce ne peut être que celle de la République “. La durée de la crise a bien été le signe de la gravité de la situation. Et cette gravité montre bien à  quel point il est nécessaire de réviser nos schémas de pensée. Les Français du reste en sont bien conscients. Il y a six mois, lorsque je réclamais la responsabilité des juges, je déclenchais un tollé. Aujourdhui, le garde des Sceaux demande des sanctions contre les magistrats défaillants dans le procès dOutreau. Qui aujourdhui défend ce quest devenu le modèle social français ? Personne. Quand je parlais de discrimination positive jétais minoritaire ; aujourdhui cette idée est majoritaire. Sur le droit de vote des immigrés, qui paient des impôts, aux élections municipales, les Français majoritairement approuvent. Quant à  laxe franco-allemand dont je contestais quil soit le moteur exclusif de lEurope, qui prétend aujourdhui quil est la solution pour ranimer lEurope ?

Etait-il vraiment opportun de signer ” le dépôt de bilan ” des ZEP ?

Nicolas Sarkozy : Qui peut dire que malgré les efforts des enseignants des ZEP elles aient réussi ? Je propose tout simplement que lon tire les conséquences de léchec et que lon mette enfin en place les moyens qui permettront aux élèves de ces zones de sen sortir.

Pourquoi persistez-vous à  critiquer la loi SRU qui oblige les communes à  se doter de 20% de logements sociaux ?

Nicolas Sarkozy : Parce que cette règle ne suffit pas. Le problème ce nest pas le nombre des logements sociaux, cest labsence de mobilité sociale. Cest pourquoi je veux renforcer laccès des plus modestes à  la propriété. Chacun doit pouvoir réaliser son rêve de devenir propriétaire.

Beaucoup délus se sont inquiétés de la montée de la haine entre communautés…

Nicolas Sarkozy : La haine est dabord territoriale : une bande sapproprie un territoire et y fait régner la loi de la force, voilà  la vérité. Bien sûr quil y a du racisme, des discriminations et des inégalités, mais on ne fera pas vivre les banlieues tant que les mafias seront là . Jamais depuis trente ans, on na fait autant pour la politique de la ville. Mais ce nest pas de repeindre les immeubles qui fait vivre les jeunes. On a acheté fort cher le silence pour que les banlieues nexplosent pas et les problèmes nont fait que croître.

Vous parlez démeutes, le Premier ministre conteste ce terme et évoque des ” troubles sociaux “…

Nicolas Sarkozy : Ce qui ma frappé cest lextrême violence de ces manifestations, une violence rarement vue en France. Une boule de pétanque jetée à  la tête dune femme policier, un bus incendié dont une femme, handicapée ne peut sortir, un homme frappé à  mort pour avoir voulu photographier un lampadaire… On a procédé à  5200 arrestations. Je pense que nous avons vécu là  une minute de vérité : la République a dit ” Maintenant ça suffit “. Lévénement ce ne sont pas tant les vingt jours démeutes que la réaction quils ont provoquée de la part de lEtat, au nom du peuple.

Mais tout de même les mots ont leur importance

Nicolas Sarkozy : Justement ! Les choses ont changé. Il y a trente ans, on agissait et puis on communiquait. Aujourdhui cest linverse : si on gagne la bataille de la communication, on peut agir. Je sais : on ne dit plus viols mais tournantes, caïd mais grand frère, émeutes mais troubles sociaux… Pour moi le choix des mots va avec la qualité du diagnostic. On est dans la situation du médecin qui dit au malade quil a une grippe par peur de lui avouer quil a un cancer. Il faut dire la vérité si lon veut traiter les problèmes que nous rencontrons.

Dominique de Villepin, récemment, exaltait le respect sans lequel cest la bagarre, la division. Il vous faisait la leçon ?

Nicolas Sarkozy : Jessaye douvrir la voie à  de nouveaux débats. Cest mon rôle et ma responsabilité. Je crois les Français assez lucides pour comprendre et accepter quon emploie les mots justes pour décrire la réalité. Tout le monde sait quil y a des problèmes graves à  dix minutes des centres villes. Oser dire les choses, cest difficile. Mais il faut le faire. Il ny a pas deux France, celle qui veut la fermeté et celle qui aspire à  la générosité. Ces deux France sont en nous. Jai demandé la justice et la fermeté, en même temps.

Nassiste-t-on pas à  une ” dérive droitière ” de la société française ?

Nicolas Sarkozy : Une dérive ? Je conteste ce mot employé pour stigmatiser tout ce qui nest pas conforme à  la pensée unique. Je préfère parler du rééquilibrage en faveur de leffort, du mérite, de la promotion, au détriment du nivellement, de lassistanat, de légalitarisme. Quand on ne parlait pas de dérive droitière, quels étaient les scores du Front national ? Aujourdhui, il seffondre dans tous les scrutins.

Certains évoquent pour sen réjouir, une ” dérive républicaine ” ?

Nicolas Sarkozy : Méfions-nous des grands mots ! Mais cest vrai la République nest pas la pagaille, cest léquité au service de légalité. Et dans mon esprit une égalité réelle, pas celle qui nexiste que dans les mots.

Ny a-t-il pas une contradiction à  être ministre et à  défendre une autre politique comme président de lUMP ?

Nicolas Sarkozy : Non, je suis dans laction au service des Français, mais cela ne mempêche pas de penser à  lavenir. Toutes les présidentielles se gagnent sur le mouvement, le projet.

Le Premier ministre considère, lui, que lUMP pourrait soutenir davantage le gouvernement.

Nicolas Sarkozy : Je ne crois pas que le Premier ministre soit gêné que lUMP soit le premier parti de France, quil gagne toutes les partielles et accueille chaque jour, de nouveaux adhérents. Vous savez, les Ministres pensent toujours quils ne sont pas assez soutenus. Même Alain Juppé le pensait du RPR que pourtant il présidait…

Vous ne pensez pas comme Jacques Chirac que la société française est fragile…

Nicolas Sarkozy : Ce qui est sûr, cest quelle est en panne ! Elle nest pas si fragile en tout cas quon ne puisse rien dire, ni rien faire. Le drame cest que le débat droite-gauche na pas eu lieu en 2002 à  cause de la présence de Le Pen au second tour. Du coup, le mandat des Français na pas été clair. Voilà  pourquoi je me bats pour un projet présidentiel de rupture qui transcende la gauche et la droite.

Beaucoup dans la majorité pensent quil a fallu trente ans pour constater léchec de lintégration et quil faudra aussi longtemps pour en revenir. Vous semblez moins inquiet ?

Nicolas Sarkozy : LAngleterre sest redressée, lEspagne aussi. Ce quont fait les autres, nous pouvons le faire car notre peuple a dimmenses ressources. Je crois en lui. Je ne crois pas à  la fatalité. Ou alors il faudrait renoncer à  la politique.

Propos recueillis par Catherine Pégard

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire