Le meilleur pour la France - Le Monde
Quel bilan faites-vous des cents jours du gouvernement auquel vous appartenez?
Nicolas Sarkozy : Un gros travail a d’ores et déjà été engagé même si je nai pas la fascination des anniversaires ni des dates. En tant que président de lUMP, jai fait le choix politique lourd de participer au gouvernement. Je ne le regrette pas. Le gouvernement fait un travail utile et lappartenance du président du principal parti de la majorité au gouvernement est un gage dunité de cette majorité. Cétait le choix nécessaire.
Selon vous le gouvernement avance-t-il dans le bon sens et à une vitesse suffisante?
Nicolas Sarkozy : Le gouvernement fait le maximum dans le cadre des marges de manÅ“uvre qui sont les siennes. Le débat sur le rythme et lampleur des réformes a eu lieu dès avant 2002. Je pensais quil fallait un projet pour gagner lélection présidentielle. Je le pensais hier. J’en suis encore plus convaincu aujourd’hui. Ensuite se sont produits le choc du 21 avril 2002, le séisme davril 2004 quand la majorité a perdu vingt régions sur vingt-deux, et enfin, le vote des Français au référendum et la victoire du non. Toutes les réponses à ces trois crises politiques nont pas été encore apportées. Dans ces conditions la question du rythme et de limportance des réformes reste lun des enjeux de la présidentielle de 2007. Je suis convaincu que la France n’est pas réactionnaire et que les Français espèrent un changement profond dans la façon de concevoir la politique.
Vous prônez la “rupture avec les politiques menées depuis trente ans.” Concrètement, en quoi consiste cette rupture?
Nicolas Sarkozy : La rupture cest un discours de vérité: regarder la France telle quelle est, non pas telle quon voudrait quelle soit. Le statut dun pays nest pas seulement fonction de son histoire mais des efforts quil fait pour mériter ce statut. La France ne peut sexonérer des efforts quont fait les autres pays. Notre système dintégration est en panne, notre économie perd de la compétitivité, notre ascenseur social fonctionne moins bien quil y a cinquante ans. Aujourdhui, depuis que jai lancé moi-même ce débat, plus personne ne considère que la réalité sociale de notre pays soit conforme à son idéal. Nous ne pouvons nous abstenir de regarder ce qui marche ailleurs: la Finlande est parvenue à remettre les seniors au travail, aux Pays-Bas moins de 5 % des jeunes sont au chômage, la Grande-Bretagne est en situation de plein emploi. Il ny a aucune raison pour que la France ne parvienne pas à ces résultats. Qui pourrait me reprocher de souhaiter le meilleur pour la France?
En Allemagne, la candidate de la CDU Angela Merkel a des chances de devenir chancelier, le 18 septembre prochain, en proposant des réformes économiques radicales. Etes vous prêt à aller aussi loin quelle?
Nicolas Sarkozy : Je minscris en faux contre le mot de “radical”. Il porte en soi la notion dexcès. Or cest justement parce que la réforme vient à temps quelle ne sera pas radicale. On ne peut vouloir lEurope, parler de la gémellité entre lAllemagne et la France et considérer que lon pourrait être sur un rythme de réforme différent. La Cour suprême allemande a décidé depuis longtemps que les Allemands ne devaient pas payer plus quun certain niveau dimpôt. Comment imaginer que la France puisse sexonérer dune règle qui concerne 82 millions dAllemands? Cest la raison pour laquelle je propose quaucun Français ne paye en impôt plus de 50% des revenus de son travail et que cet objectif ait une valeur constitutionnelle.
Cela ne suppose-t-il pas de rompre avec un certain niveau de solidarité?
Nicolas Sarkozy : Cest tout linverse. Qui peut affirmer quon peut rester avec le système social le plus généreux du monde et les contreparties les plus faibles? Ne pas imposer un minimum dactivité à quelquun qui bénéficie d’un minimum social ce nest pas un acquis social, cest une erreur doublée d’une lâcheté. Ne pas imposer quaprès un certain nombre de refus dun emploi, un chômeur garde tous ses avantages, cest une erreur doublée dune même lâcheté. Il faut assurer aux Français qui travaillent et qui financent le système que celui qui en bénéficie fait tous les efforts pour sen sortir.
Mais que faire de ceux qui sont les “largués” du système?
Nicolas Sarkozy : Les aider massivement pour qu’eux aussi puissent réussir. Il faut rendre la réussite accessible à tous ceux qui la méritent. Elle nest pas un dû quon vient chercher à un guichet mais un droit que lon obtient par son travail. Cest cela le nouveau modèle français que j’appelle de mes vÅ“ux et c’est cela qui créera la richesse collective dont nous avons besoin. Prenons lexemple de la prime pour lemploi? Voila une bonne idée, une bonne mesure. Mais faut-il donner 25 euros à 8 millions de personnes ou davantage à moins de gens? Le problème est que la France refuse de faire des choix. Je crois, quil faut être capable de donner plus à celui qui a moins et qui cumule le plus de handicaps. Cela sappelle la discrimination positive à la française.
On dit pourtant que la France est rétive aux réformes et que le risque de blocage est réel…
Nicolas Sarkozy : Cest faux. Cest parce que lon a trop souvent fait des réformes à doses homéopathiques quon a tous les inconvénients de la réforme et aucun des avantages. La France nest pas réactionnaire. Nos compatriotes ne craignent pas le changement, ils lattendent. Lavenir est devenu une menace alors quil était une espérance. Une société qui voit lavenir comme une menace ne peut pas être une société de croissance. Or, la question économique nest pas uniquement celle de la distribution des richesses mais aussi celle de leur création. Qui ne voit que ces discours sur la solidarité nationale, sur la politique sociale, sont devenus vides de sens puisque les Français voient dans la réalité que les injustices ne cessent de progresser. Et ce nest le parti socialiste qui va lutter contre cela puisquils sont les nouveaux conservateurs. Ils incarnent la France de la glaciation.
Est-ce un risque dêtre identifié comme un “libéral”?
Nicolas Sarkozy : Je ne suis pas réductible à la seule doctrine libérale, ni même à la seule droite. Si le parti socialiste était encore une force de progrès il y a longtemps quil aurait défendu la discrimination positive. Sil avait un minimum de colonne vertébrale, il y a bien longtemps quil aurait eût le courage de supprimer la double-peine avant que je ne le fasse. Il y a longtemps quun homme de gauche aurait dû se lever pour dire que la France nest pas que catholique mais multiple. Mes convictions sont simples: pas dimmobilisme, du pragmatisme, pas de vision hexagonale, de lefficacité pour faire reculer les injustices. La-dessus, jirais jusquau bout et sans compromis.
Votre position critique sur la politique menée, tout en étant membre du gouvernement, est-elle compréhensible pour les Français?
Nicolas Sarkozy : Le fait dêtre au gouvernement ne doit pas empêcher de débattre. Je soutiens ce gouvernement auquel je participe loyalement, mais en tant que président de lUMP, je parle pour un avenir qui va au-delà des dix-neuf mois qui viennent, qui sont l’horizon du gouvernement. Par ailleurs, j’ai une appréciation critique sur ce qui se fait depuis trente ans. Que devrai-je faire? Ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre?
Mais durant ces trente années que vous décriez, vous avez été ministre à plusieurs reprises?
Nicolas Sarkozy : Que voulez-vous me faire dire? Que je suis coresponsable? Eh bien oui. Je ne mexonère pas de mes responsabilités mais vous ne pouvez pas me faire reproche de dire “attention casse-cou”. Je ne veux pas être le plus petit dénominateur commun de lUMP. Jai la liberté et le devoir de penser et de préparer les combats de 2007 pour la famille que je préside. Il ny a là aucune contradiction avec mon rôle de ministre. Avec Dominique de Villepin, on a fait le choix de travailler ensemble. C’est ce que nous faisons dans un climat amical et confiant.
Mais vous êtes concurrents…
Nicolas Sarkozy : O๠est le problème? Je ne peux pas dire la concurrence cest mauvais pour moi et bon pour les Français. Je ne suis pas à la tête dun clan ou dune secte mais d’une famille diverse que j’ai l’ambition de continuer à agrandir.
Vous paraissez pourtant déstabilisé par lémergence de Villepin en possible candidat?
Nicolas Sarkozy : Pas le moins du monde. Voilà trente ans que je suis en concurrence. Aujourdhui le petit jeu cest Villepin et moi. Nous ne sommes pas dupes, ni lui ni moi. Je ne suis pas assez naïf pour croire que la presse allait écrire la chronique dun succès annoncé. Tous ceux qui pensent à la présidentielle doivent savoir que cest une longue marche. Ils doivent laffronter avec sérénité et avec le sens du temps. La presse est dans limmédiateté: vous avez un journal à faire pour le lendemain. Moi jai une perspective à tracer et des choses à dire pour l’avenir de la France et la vie quotidienne des Français.
Le Président est hospitalisé sans que les Français aient dinformations précises sur sa santé. Si vous étiez élu à lElysée, vous engageriez-vous à plus de transparence?
Nicolas Sarkozy : Cest un sujet sur lequel je ne peux mengager maintenant, parce que cest moi, parce cest lui et parce que cest maintenant. Je ferai des propositions sur la modernisation de la politique au printemps 2006.
Son problème de santé élimine-t-il lhypothèse de sa candidature en 2007?
Nicolas Sarkozy : Non.
Cela vous oblige-t-il à retenir votre critique à son endroit?
Nicolas Sarkozy : Là o๠vous voyez des critiques, je ne vois que des convictions. La vie politique en a bien besoin.























