Laissons lhistoire aux historiens - France3
AUDREY PULVAR
Nicolas SARKOZY, bonsoir.
NICOLAS SARKOZY
Bonsoir, merci de mavoir invité.
AUDREY PULVAR
Mais, merci dêtre venu. Vous avez souvent dit que rien ni personne ne vous empêcherait daller o๠vous souhaitez aller. Vous êtes allé en Corse, alors quil y avait des menaces formulées à votre encore, vous êtes allé à plusieurs reprises dans les banlieues, y compris ces dernières semaines. Quest-ce qui sest passé…
NICOLAS SARKOZY
46 fois.
AUDREY PULVAR
…quest-ce qui sest passé, vous avez eu peur daller en Martinique ?
NICOLAS SARKOZY
Non, je crains que non. Quest-ce qui sest passé, cest tout simple. à‡a fait 23 ans quun ministre de lIntérieur na pas été en Martinique. Il y a un gros travail à faire en Martinique, de lutte contre limmigration illégale, de lutte contre la criminalité, de développement de laménagement du territoire. Il y a un travail très important à faire. Il se trouve que la polémique récente à propos du passé colonial de la France – nous y reviendrons – a créé une tension. Je suis un homme de rassemblement, jai besoin que nous puissions travailler avec tous les élus. A quoi servait-il daller en Martinique à un moment o๠on ne peut pas travailler ? Vous avez vu les déclarations dun certain nombre délus de gauche, qui se moquent bien de lavenir de la Martinique, qui nont comme seul intérêt que de créer de la polémique. Alors jai donc décidé, par sagesse et par responsabilité, parce que mon rôle de ministre de lIntérieur cest de maintenir lordre…
AUDREY PULVAR
Et vous allez les recevoir, ces élus, à Paris…
NICOLAS SARKOZY
…par sagesse, jai donc décidé que jirai dans quelques semaines en Martinique, ce nest pas un problème. Parce que ce que je veux, cest rassembler. Alors je recevrai les élus martiniquais, nous essaierons de trouver les voies et les moyens de résoudre les problèmes de Martinique. Jirai en Martinique, jirai à la Guadeloupe, comme partout ailleurs. Mais je veux y aller de façon utile, et pas pour susciter des polémiques et surtout pour donner à lextrême gauche une tribune quelle ne mérite pas.
AUDREY PULVAR
Alors sur cette loi, cet amendement dans la loi sur les rapatriés qui pose tant de problèmes, “ la loi de la honte â€, disent ces intellectuels et ces politiques martiniquais, quest-ce que lUMP attend pour labroger ? On sent bien que cette loi vous gêne, y compris dans les rangs de lUMP ?
NICOLAS SARKOZY
Non, dabord ce nest pas une question de lUMP, et puis je rappelle que cette loi a été votée il y a un an et quelle na suscité aucune polémique. Et donc permettez-moi de dire à vos téléspectateurs juste un mot…
AUDREY PULVAR
Mais elle en suscite aujourd’hui, et dans les rangs de lUMP, on sent bien que tout le monde nest pas à laise avec cette loi.
NICOLAS SARKOZY
…juste un mot : le Parti socialiste était là , ils nont rien dit lorsque la loi a été votée il y a un an. Donc ce nest pas la peine de venir faire les malins aujourd’hui…
AUDREY PULVAR
Non mais, je vous parle de vous, là , Monsieur SARKOZY.
NICOLAS SARKOZY
Non mais, je vais vous le dire, je vais vous le dire. Premièrement, je crois quil faut cesser avec la repentance permanente en France pour revisiter notre histoire. Mais ça devient ridicule ! Il faut faire attention. Nous avons voté il y a quelques années, lUMP en premier, une loi qualifiant lesclavage de crime contre lhumanité. Bon. Quest-ce que dit cet amendement ? Il dit : le colonialisme ce nest pas bien, naturellement, mais on ne peut pas, et ça na rien à voir avec les Départements et Territoires dOutre-Mer, ça na rien à voir avec la Martinique, ça avait tout à voir avec…
AUDREY PULVAR
à‡a concerne la colonisation outre-mer, donc y compris la Martinique.
NICOLAS SARKOZY
…avec lAfrique du Nord, o๠un certain nombre de parlementaires ont voulu dire quil y a eu des instituteurs qui ont alphabétisé, quil y a eu des médecins qui ont soigné, et quil fallait laisser aux historiens faire leur travail de lhistoire…
JEAN-MICHEL BLIER
Tout à fait, Nicolas SARKOZY…
NICOLAS SARKOZY
…mais cette repentance, je vais vous le dire quand même, Monsieur BLIER, cette repentance permanente qui fait quil faudrait sexcuser de lhistoire de France, permettez-moi de vous le dire, parfois touche aux confins du ridicule. Et je suis persuadé que ça exaspère nombre de nos concitoyens. Pour le reste, en Martinique, il y a une sensibilité particulière sur cette question, je le comprends parfaitement, et en différant de quelques semaines mon voyage, cest aussi une façon de respecter les Martiniquais, pour leur dire : on va trouver les voies et les moyens de lever les malentendus. Voilà ce quil faut faire, et voilà ce que je fais.
JEAN-MICHEL BLIER
Juste en un mot, sans parler de devoir de repentance, mais on voit bien que chez les intellectuels, chez les historiens, il y a tout un travail à faire aujourd’hui, un travail de mémoire, je ne parle pas de travail de repentance, un travail de mémoire sur le rôle de la colonisation, sur lesclavage. On a vu la semaine dernière lémotion qua suscitée lanniversaire dAusterlitz, à cause de Napoléon et de lesclavage…
NICOLAS SARKOZY
Mais enfin, permettez-moi de vous dire, je veux dire juste une chose là -dessus…
JEAN-MICHEL BLIER
…est-ce que la société française doit faire aujourd’hui ce travail de mémoire ?
NICOLAS SARKOZY
…non mais, je veux quand même dire une chose. Les Anglais, ça ne les gêne pas de fêter Trafalgar. Permettez-moi de vous dire quon ne peut pas réduire Napoléon aux aspects négatifs de son action. Et ne pas célébrer Austerlitz na pas beaucoup de sens. Donc justement, laissons les historiens faire ce travail de mémoire, et arrêtons de voter sans arrêt des lois pour revenir sur un passé revisité à laune des idées politiques daujourd’hui. Cest le bon sens. Pour le reste, il y a des malentendus, et il y en a en Martinique, il faut prendre le temps de discuter pour les lever, et chacun comprend ce que je veux dire. Quant à lUMP, vis-à -vis de la Martinique et de la Guadeloupe, lUMP est la famille politique qui a de tout temps été celle qui était le plus attachée aux Départements et Territoires dOutre-Mer. Nous, nous navons jamais fait cause commune avec les indépendantistes. Donc lUMP na pas de leçons à recevoir en la matière. Et jaiderai la Martinique à se développer.
AUDREY PULVAR
Nicolas SARKOZY, on va parler aussi dautres thèmes de lactualité. Pendant les événements de banlieue, à propos de ces événements, du moins, vous avez parlé de “ racaille â€, de “ Kà¤rcher â€, avant ces événements. Ce sont des termes qui ont un peu marqué les Antillais, qui vous ont interpellé à ce sujet. A propos de ces événements, un rapport confidentiel des Renseignements Généraux semble infirmer les déclarations que vous avez faites concernant lidentité des personnes appréhendées pendant les violences du mois dernier. On voit tout de suite avec Emmanuelle LAGARDE et Michel ANGLADE…
NICOLAS SARKOZY
Je peux dire juste un mot ?
AUDREY PULVAR
Oui ?
NICOLAS SARKOZY
Ce ne sont pas les mots qui choquent. Quand jappelle un voyou “ un voyou â€, cest quil le mérite. Ce qui choque, cest quil y ait des bandes qui peuvent se croire propriétaires dun territoire et qui font régner la terreur auprès de braves gens qui se lèvent le matin pour aller travailler. Donc ne mélangeons pas les choses. Et sil y a quelque chose qui a été choquant…
AUDREY PULVAR
Ce sont les termes qui ont heurté les Antillais.
NICOLAS SARKOZY
Non ! Ce qui est choquant, et ce qui heurte les Antillais, notamment les Antillais dIle-de-France, cest quon vienne brûler leurs voitures, et que ces voitures sont brûlées par des voyous. à‡a, ça choque. Mais que jappelle un voyou “ un voyou â€, je ne pense pas que ça ait beaucoup choqué.
AUDREY PULVAR
Alors à propos de ce rapport confidentiel des Renseignements Généraux, on voit tout de suite avec Emmanuelle LAGARDE, donc, et Michel ANGLADE, les grandes lignes de ce rapport, et on en reparle tout de suite après.
EMMANUELLE LAGARDE
Jamais les violences urbaines navaient duré aussi longtemps. Jamais elles navaient touché autant de communes simultanément, près de 300. Mais le rapport des Renseignements Généraux est formel : “ Aucune manipulation na été décelée â€, rien naccrédite “ la thèse dun soulèvement organisé â€.
FRANCK STEPHAN, RENSEIGNEMENTS GENERAUX, DELEGUE SYNDICAL SNOP
A aucun moment il na été question, ou il na été constaté, par toutes les sources concordantes du travail des Renseignements Généraux sur le terrain, que des mouvances ou des gens qui se revendiqueraient de connotations religieuses – ou islamiques, pour le dire –, étaient derrière ces problèmes-là .
EMMANUELLE LAGARDE
Ni intégristes religieux, ni caïds des quartiers. Pourtant, début novembre, alors que cette crise inédite sétend à la France entière, le ministre de lIntérieur analyse ainsi la situation :
NICOLAS SARKOZY
Il faut que lordre républicain revienne. Si ce nest pas lordre de la police républicaine, ça sera soit lordre des bandes, soit lordre des mafias, soit un autre ordre, celui dun certain nombre dextrémistes.
EMMANUELLE LAGARDE
Depuis, la question des discriminations sociale et ethnique est revenue au cÅ“ur du débat. Le rapport des RG trouve dailleurs là les causes de cette révolte populaire : les jeunes des quartiers sensibles “ se sentent pénalisés par leur pauvreté, la couleur de leur peau et leurs noms â€.
LAURENT MUCCHIELLI, SOCIOLOGUE, CHERCHEUR AU CNRS
Cest à mon sens la première fois queffectivement sont mis en avant à ce point-là les problèmes sociaux, ce qui traduit peut-être le fait queffectivement on commence à se dire, dans plusieurs secteurs de la police nationale, que la théorie du complot du ministre de lIntérieur, que ce soit les complots des mafieux, des caïds, des barbus, des rappeurs – que sais-je encore –, cette théorie est un leurre, et quen réalité, derrière, il y a des gros problèmes sociaux.
EMMANUELLE LAGARDE
Une révolte spontanée, mais avec un réel potentiel politique, que chacun tente de récupérer. Sur ce terrain, les extrémistes politiques ou religieux sont désormais à lÅ“uvre, cest la conclusion du rapport des Renseignements Généraux.
AUDREY PULVAR
Monsieur le ministre, vous parliez de mafias, de trafiquants dérangés dans leurs habitudes. Le rapport des RG, lui, parle dun mouvement non-organisé, il parle de malaise social. Alors qui se trompe ?
NICOLAS SARKOZY
Non mais, ce nest pas exact. Alors je sais bien que le système médiatique est réducteur. Le rapport des RG, cest moi qui lai commandé et cest moi qui lai eu, dans sa totalité. Quest-ce qui sest passé ? Limmense majorité des gens que nous avons arrêtés, 5.000 dossiers, il y en a 800 qui se sont retrouvés en prison ; qui peut penser que les magistrats aujourd’hui mettent en prison des gens qui nont jamais eu affaire à la justice avant ? Nous nous sommes retrouvés face à des bandes organisées, sur un territoire donné, et bien sûr que ces gens avaient déjà eu affaire à la justice. Quil y ait des injustices dans les quartiers…
AUDREY PULVAR
Ce nest pas ce que disent les magistrats…
NICOLAS SARKOZY
…ce nest pas exact. Ce nest pas exact. Un mineur sur deux déféré était connu des services de police, et 70% des adultes déférés étaient connus des services de police et de la justice. Mais dans ce cas, comment expliquer quil y en ait 800 qui se soient retrouvés en prison ? Est-ce que vous croyez quon condamne aujourd’hui quelquun à de la prison ferme pour sa première infraction et pour son premier délit ? Mais il suffit de demander aux gens dans les banlieues ce quils en pensent : ils savent parfaitement que sur chaque territoire il y a un certain nombre de bandes qui se sont approprié les territoires, et cest ces gens-là que nous avons trouvés en face…
AUDREY PULVAR
Donc vous contestez les conclusions de ce rapport ?
NICOLAS SARKOZY
Alors lexplication, le chercheur, là , que vous avez interrogé, est certainement un monsieur très estimable, et de toute manière, ces explications, ça fait 30 ans quon les entend en France : cest de la faute de personne, cest de la faute de la société, et sil y a de la violence, cest quil y a de la misère. Mais si tous les gens qui étaient au chômage brûlaient la voiture du voisin, il y aurait plus de voitures brûlées. Et cette culture de lexcuse, qui veut dire que la responsabilité individuelle nexiste pas, ne correspond en rien à la réalité. La vérité, cest que la première cause dexclusion dans nos quartiers, cest quil y a des délinquants et des voyous qui font régner la terreur. Et cest bien eux auxquels les services de police ont eu affaire. Et cest deux dont il faut débarrasser les quartiers.
AUDREY PULVAR
Donc la réponse est sécuritaire ? Donc la bonne réponse est sécuritaire ?
NICOLAS SARKOZY
Non, Madame PULVAR, elle nest pas que sécuritaire. Mais je voudrais vous dire quune association qui vient faire de la prévention, quand il y a des caïds qui trafiquent de la drogue, comme dans un certain nombre de quartiers, que voulez-vous quils fassent comme travail ? Il faut dabord débarrasser ces quartiers des gens malhonnêtes, des voyous et des violents. Est-ce que vous croyez que les gens qui sont capables de mettre le feu à une handicapée dans un bus, vous croyez que cest un jeune désÅ“uvré ? Non, cest un voyou. Celui qui est capable dassassiner monsieur IRVOAS, à Epinay, pour lui voler un appareil de photo, cest un voyou, ce nest pas un jeune.
JEAN-MICHEL BLIER
Nicolas SARKOZY, hier soir il y avait un bureau politique de lUMP, manifestement passionnant. On a parlé de soutien, dinvestiture, de primaires. On a limpression quon a joué sur les mots, que cétait de la sémantique. Jai envie de vous demander : au fond, hier soir, qui est-ce qui a gagné, qui est-ce qui a perdu ?
NICOLAS SARKOZY
Non, je crois que dabord, ce qui a gagné, cest lunité de la famille. Moi je suis président de lUMP, et mon premier devoir, cest de rassembler cette famille politique, et déviter quelle ne donne le spectacle de la division. Quest-ce quon a dit ? On a dit trois choses. Premièrement, quon souhaitait tous quil y ait un seul candidat de notre famille à lélection présidentielle. Parce que, divisée, la famille perd. Un seul candidat. Et ça, nous sommes tous daccord. Deuxièmement…
JEAN-MICHEL BLIER
Sûr, il ny aura quun seul candidat ?
NICOLAS SARKOZY
Enfin, tous ceux qui étaient présents lont demandé. Donc, layant demandé, ils auront à cÅ“ur de lappliquer.
JEAN-MICHEL BLIER
Il ne peut pas y avoir un candidat en dehors de lUMP, du soutien de lUMP ?
NICOLAS SARKOZY
Tous ceux qui étaient présents, et qui ont voté la réforme que je propose, ont souhaité cela.
JEAN-MICHEL BLIER
Ont accepté la règle du jeu ?
NICOLAS SARKOZY
Exactement. Et parmi eux il y a quelques candidats potentiels, ou en tout cas crédibles. Deuxième élément, on sest engagé à ce que tous les adhérents de lUMP votent pour choisir celui quils souhaitaient soutenir. Cest enfin la démocratie totale. Dans ma famille politique, ladhérent votera, et cest lui…
AUDREY PULVAR
Très rapidement, Monsieur SARKOZY.
NICOLAS SARKOZY
…et troisième chose, nous avons décidé quon le ferait en janvier 2007. Cest très exactement ce que javais proposé, et ce que javais promis. Parce que ce que jai dit en devenant président de lUMP, jessaye de le tenir.
AUDREY PULVAR
Merci, Monsieur SARKOZY, pour toutes ces précisions.
NICOLAS SARKOZY
Merci de mavoir invité.























