Nicolas Sarkozy

Blog Coopératif

Interview RTL

Posté le 03/10/2005 par admin dans la catégorie Interviews de Sarkozy, Radio

J.-M. Aphatie : Depuis ce matin, 7 heures, nous apprenons quune nouvelle opération policière est en cours. Elle concerne les milieux islamistes. Y a-t-il un lien entre ce qui sest passé ce matin et larrestation de quelques terroristes, la semaine dernière, à  Trappes ?

Nicolas Sarkozy : Oui.

J.-M. Aphatie : Cest-à -dire que cest le même réseau, cest la poursuite de la même enquête qui vous amène ce matin à  faire cette opération dans le Loiret ?

Nicolas Sarkozy : Plus exactement, cest la poursuite de la même enquête. [Est-ce] le même réseau ? Il est trop tôt pour le dire. Comme vous le savez, en matière de terrorisme, les délais de garde à  vue sont de quatre jours, en tout cas pour linstant. On verra dailleurs sil y a lieu de les élargir ces délais de garde à  vue. Mais cest dans le cadre de la même enquête, ce sont des enquêtes au long cours, puisque depuis des mois, voire des années en loccurrence, un certain nombre dindividus sont surveillés et, au moment o๠les services spécialisés lestiment nécessaire, des interpellations ont lieu.

J.-M. Aphatie : Confirmez-vous que les personnes arrêtées la semaine dernière étaient sur le point de commettre un attentat, ou en tout cas avaient des projets assez avancés en la matière ?

Nicolas Sarkozy : “Sur le point”, non, mais quils avaient des mauvaises intentions, oui. Ces faits sont dailleurs confirmés par le travail des juges antiterroristes, qui ont estimé nécessaire den mettre quatre sous écrou, ce qui nest pas rien. Je voudrais dailleurs dire combien le travail qui est fait, à  la fois par les services spécialisés de la police et par les juges spécialisés du pôle antiterroriste, se fait en totale concertation. Je voudrais leur rendre
hommage parce que cest un travail, pour linstant, extrêmement efficace.

J.-M. Aphatie : Beaucoup de personnes sont-elles concernées ce matin par ce coup de filet ?

Nicolas Sarkozy : Beaucoup de personnes, non, mais celles qui sont concernées, ont sans doute des choses à  dire.

A. Duhamel : Il y a un autre lieu o๠il y a, en ce moment, une recrudescence de menaces et de violence, cest la Corse, avec notamment ce tir de roquette contre la préfecture, qui aurait pu être dramatique. Quest-ce que vous pouvez faire pour essayer dendiguer léternelle rechute de la violence en Corse ?

Nicolas Sarkozy : Il ny a pas eu que cette histoire de roquette. Cest, depuis 1995, la quatorzième fois, si mes comptes sont exacts, quil y a ce type dattaque avec ce quon appelle “une charge creuse”, cest-à -dire que la roquette transperce mais nexplose pas. Mais il y aussi la scandaleuse agression, inadmissible, contre ce jeune policier, roué de coups ! Ce sont des
attitudes de sauvages. Les gens qui font cela nont plus aucun respect humain. On se cagoule, on est vingt-trente, et on sacharne sur un policier !

A. Duhamel : Alors quest-ce quon peut faire ?

Nicolas Sarkozy : Cest dautant plus choquant que le policier en cause - que jai eu au téléphone dimanche matin - son père est dorigine corse, il a essayé de sexpliquer, il a dû se jeter à  la mer pour échapper à  la meute. Alors, les phénomènes de foule sont toujours préoccupants, mais en loccurrence, je le dis comme je le pense, ce qui sest passé, ce sont des actes - jemploie le mot à  dessein - barbares ! On ne sacharne pas sur un homme sans défense comme cela, surtout lorsque lon se prétend dignes et fiers. Je pense que les individus qui ont fait cela nont rien à  voir avec la Corse. Je ne connais quune seule chose : cest la fermeté en la matière. Alors, quest-ce quon a fait ? Lorsque le bateau a été détourné, on a envoyé le GIGN, et sans une goutte de sang, les fauteurs ont été arrêtés et le bateau rendu à  Toulon ; on a débloqué les ports sans violence. Je veux rendre hommage aux policiers, lors de la manifestation de samedi, parce quils ont agi avec beaucoup de sangfroid pour que les conditions de cette manifestation puissent se dérouler - mise à  part cette agression scandaleuse - dans de bonnes conditions. Aujourdhui, les ports sont débloqués, les passagers et les touristes peuvent repartir, mais je ferai preuve de la plus extrême fermeté en la matière. La Corse doit redevenir, de ce point de vue, une région comme les autres. Et je le dis dautant mieux que cest moi, quand même, qui ai conduit lopération qui avait permis larrestation de Colonna. Que, par ailleurs, monsieur Pieri, dont chacun savait le rôle quil jouait en Corse dans la clandestinité, est aujourdhui sous les verrous. Je continuerai ce travail sur tous les plans.

A. Duhamel : Mais A. Mosconi, le leader du Syndicat des travailleurs corses, celui qui avait organisé le détournement du navire, a été remis en liberté. Est-ce que, pour celui qui est responsable du maintien de lordre, ce nest pas un symbole un peu dérangeant ?

Nicolas Sarkozy : Oui, mais qui a décidé cela ?

J.-M. Aphatie : La justice.

Nicolas Sarkozy : Cest un magistrat.

A.Duhamel : Le juge des libertés, oui.

Nicolas Sarkozy : Si je devais critiquer la décision dun magistrat, je ne doute pas que monsieur Aphatie, pendant plusieurs jours, mettrait en cause cette déclaration.

J.-M. Aphatie : Léditorialiste, cest Alain, ce nest pas moi…

Nicolas Sarkozy : Mais justement. Je tiens à  avoir de bonnes relations avec RTL. Je ne veux pas céder à  la tentation de faire plaisir à  léditorialiste pour avoir ensuite à  régler des problèmes avec linterviewer.

J.-M. Aphatie : On disait le courant nationaliste moribond ; on a limpression que cette affaire de la SNCM lui redonne un peu de vigueur. Cela vous inquiète-t-il ?

Nicolas Sarkozy : Oui. La vérité, cest quon essaye de prendre cette compagnie maritime en otage pour quun certain nombre dautonomistes, qui ont perdu toute crédibilité sur lîle.

J.-M. Aphatie : Mais ils la retrouvent là  !

Nicolas Sarkozy : Ils ne la retrouvent absolument pas, parce que quest-ce quils font ? Ils font perdre des parts de marché à  la compagnie quils prétendent sauver, ils bloquent un système qui exaspère les touristes, dont la Corse a un absolu besoin. Et au résultat, une fois encore, ces autonomistes, ou ces indépendantistes, travaillent contre la Corse quils prétendent défendre.

J.-M. Aphatie : Mais ils étaient soutenus samedi, il y avait du monde dans la manifestation à  Bastia. Ils ont quand même retrouvé une audience avec cette affaire !

Nicolas Sarkozy : Je voudrais rappeler quil y a eu, au plus gros, 2.400 personnes à  la manifestation, et je rappelle quen Corse il y a 250.000 habitants.

A. Duhamel : La SNCM, justement, est un dossier que vous connaissez bien : est-ce quen dehors de lhypothèse du dépôt de bilan ou bien du plan Villepin - enfin, du dernier plan de Villepin - est-ce quil y a une autre possibilité ? Est-ce que vous, vous avez des idées différentes ?

Nicolas Sarkozy : Il faut prendre juste un petit peu de temps. Cette compagnie perd, grosso modo, 30 millions deuros par an. La question quon pose : est-ce que le contribuable français doit payer le déficit de cette compagnie, alors même quil est dautres compagnies, qui font exactement le même travail, mais elles - la concurrence - en gagnant de largent ? Donc, au nom de quoi doit-on solliciter le contribuable français pour compenser le déficit dune compagnie dont dautres font exactement le même travail, et apparemment dans les meilleures conditions ? Cest la première remarque. Donc, je soutiens lidée quil fallait que lEtat se désengage. Entre 2003 et 2005, cest 70 millions deuros qui ont été mis de la part du contribuable. Troisième remarque : Bruxelles ne veut plus que lEtat verse des fonds à  fonds perdus ; il fallait donc trouver une solution. Japprouve la décision qui a été prise de privatiser la compagnie et de trouver un repreneur. Un appel doffres a été fait, et tout le monde, compte tenu du contexte social, nétait pas candidat. Et par conséquent, il ny a pas dautre solution. Et ceux qui prétendent quil y a une autre solution, quest-ce quils veulent ? Dailleurs, les arrière-pensées des indépendantistes, [cest qu] ils veulent en véritéune compagnie régionale quils contrôleraient. Et cest pour cela quils veulent tuer la SNCM. Et que décide le Gouvernement ? Il veut la sauver cette compagnie. Je pense quon nest pas si loin dun accord, sur la base du plan de reprise. Il nest pas question de remonter à  50 ou à  51 %, parce quà  partir de ce moment-là , cela voudrait dire quon ne fait rien et quon se met en contradiction avec Bruxelles. Mais chacun sait bien quil y a des seuils de minorité, je pense à  celui de 33 %…

J.-M. Aphatie : Donc, cela veut dire que lEtat doit monter encore un petit peu plus ?

Nicolas Sarkozy : Je ne suis pas sûr que ce soit lEtat qui doive monter, puisque je ne suis pas certain que Bruxelles le permettrait. Mais on peut, il y a un certain nombre de solutions - notamment sur la part des salariés – qui permettraient de monter pour obtenir, entre lEtat et les salariés, une minorité qui garantirait les intérêts des uns et des autres. Si on veut agir,
dans cette affaire, avec un esprit de justice, je suis persuadé quon peut
trouver une solution.

J.-M. Aphatie : Vous avez paru regretter de ne pas être consulté sur cette affaire…

Nicolas Sarkozy : Je nai jamais cru quil serait possible de passer du 100 % Etat au 100 % privé dans un dossier de cette nature. Jai eu loccasion dans un dossier comme EDF, rappelez-vous, sur le changement de statut, de voir quen France, la progressivité de la démarche était une chose qui était comprise des uns comme des autres.

A. Duhamel : Mais vous pensez quà  terme, la SNCM peut demeurer viable ?

Nicolas Sarkozy : Je pense que si chacun met du sien dans le plan, pourquoi cela peut-il demeurer viable ? Le fonds dinvestissement français a la volonté dinvestir durablement dans cette société. Veolia, ou plutôt sa filiale Connex, a une expérience dans le transport et une expertise.
Troisièmement, la Corse ne reçoit absolument pas le nombre de touristes que la beauté de ses paysages permettrait. La Corse a un potentiel de développement considérable et le bateau a donc de lavenir de ce point de vue-là . Si chacun veut bien faire preuve desprit de responsabilité, et pas casser pour le plaisir de casser, on peut sen sortir.

J.-M. Aphatie : Demain, sans doute beaucoup de manifestants dans les rues pour la première grande journée sociale concernant le gouvernement Villepin. Au centre des revendications, du mécontentement, tout ce qui concerne le pouvoir dachat. Comprenez-vous les Français, les gens qui vont aller manifester et qui disent “notre pouvoir dachat stagne, il faut faire quelque chose” ?

Nicolas Sarkozy : La question du pouvoir dachat, nous savons, D. de Villepin comme moi, que cest un problème central. Simplement, comment répond-on à  ce problème central ?

J.-M. Aphatie : Cest ça la question !

Nicolas Sarkozy : Bien sûr que cest ça la question ! Je dis quil ny a quune seule réponse : à  tous ceux qui veulent gagner plus - et je les comprends parfaitement - eh bien il faut laisser les gens travailler davantage !

J.-M. Aphatie : Mais lEtat patron, par exemple, pourrait-il augmenter le pouvoir dachat des fonctionnaires ?

Nicolas Sarkozy : Je pense que la seule façon pour lEtat patron, lEtat employeur plutôt, daugmenter le pouvoir dachat - parce que cest vrai que dans la fonction publique, il y a des petits salaires, personne ne le conteste -, cest de trancher cette question extrêmement difficile : on ne peut pas augmenter les fonctionnaires si on ne pose pas la question des effectifs. Et cela fait bien longtemps que je suis pour une formule qui consiste à  dire : on ne remplace pas tous les départs à  la retraite, et on partage ainsi les économies réalisées pour moitié par la réduction du déficit de lEtat, pour moitié, en donnant du pouvoir dachat aux fonctionnaires.

A. Duhamel : Cest ce que le budget ne fait pas cette année.

Nicolas Sarkozy : Cest ce que le budget commence à  faire…

A. Duhamel : Lentement !

J.-M. Aphatie : Très lentement…

A. Duhamel : Il y a 60.000 départs et il y aura 5.000 diminutions deffectifs.

Nicolas Sarkozy : Enfin, “diminutions deffectif”… Non remplacement de départs à  la retraite. Mais cest une affaire sensible et la question du rythme du changement est une question qui est en débat, et sur laquelle je ne prétends pas avoir la vérité. Je dis simplement une chose - et je le dis à  tous les fonctionnaires qui nous écoutent - : ceux qui réclament toujours plus dembauches dans la fonction publique, auront pris la responsabilité de paupériser la fonction publique. La France a, grosso modo, un budget en déficit depuis vingt-trois ans ; nous ne pouvons pas distribuer un argent que nous navons pas ! Et toute personne qui vous dirait le contraire, ce serait un mensonge, et cest manquer de respect aux fonctionnaires ! Donc, la seule façon, pour répondre à  J.- M. Aphatie, daugmenter le pouvoir dachat - car cest vrai, quil y a des besoins de pouvoir dachat parce que la vie est chère -, cest de permettre aux gens de travailler plus. Je suis de ceux qui pensent quon ne remplace pas tout le monde et on partage les gains de pouvoir dachat. Jajoute que, de mon point de vue, ce qui a été fait, et bien fait dans le privé sur les 35 heures, pourrait lêtre utilement dans le public.

A. Duhamel : Demain, il va y avoir de nouveau les transports publics au ralenti, lEducation nationale aussi. Pensez-vous quil faut faire quelque chose de plus pour quil y ait un service minimum ou pas ? Ou que ce qui est prévu, finalement, ça colle ?

Nicolas Sarkozy : Vous savez, jessaie de ne pas trop changer mes convictions. Jai toujours pensé que le service public, cétait quoi ? Le service public, cest un monopole. Et cest un monopole qui fonctionne plutôt bien. Quest-ce que ça veut dire un monopole ? Que les gens nont pas dautre solution. Eh bien, les jours de grève - et cest normal que les gens fassent grève dans une démocratie -, il faut quil y ait un service minimum, pour que ceux qui ne font pas grève puissent aller au travail et revenir de leur travail. Cest ce que nous avons toujours dit. De mon point de vue, je pense que ce sera nécessaire.

J.-M. Aphatie : Et une loi devrait donc être prise prochainement ? Parce quon nous lannonce au moins depuis le début de 2002, depuis le début de la législature…

Nicolas Sarkozy : Je nai jamais pensé autre chose. Par conséquent, je considère que le service minimum est la contrepartie du service public. Jajoute : comment réclamer le monopole et se mettre en situation de combattre un service minimum ? Mais alors, ça veut donc dire que le jour de
grève, ceux qui ne sont pas en grève - et qui nont rien à  voir avec la grève - ne peuvent pas aller travailler, quon paralyse un pays ? Eh bien, paralyser un pays, cest le contraire du service public, parce que le service public, cest la continuité du service. Les jours de grève, il faut que, pendant quelques heures, le service marche.

J.-M. Aphatie : à‡a, cest le principe. Mais on a du mal à  lorganiser. Souhaitez-vous que la majorité, dans les semaines qui viennent, le fasse ?

Nicolas Sarkozy : La réponse est “oui”. Je vais même vous dire autre chose : jai du mal à  avoir un argument qui pourrait justifier quon ne le fasse pas…

J.-M. Aphatie : La peur ? La peur de la grève ?

Nicolas Sarkozy : La peur est souvent mauvaise conseillère.

A. Duhamel : Sur la Turquie, les négociations ont lair de commencer difficilement. Et il y a un pays, lAutriche, qui souhaite que, à  côté de lobjectif de ladhésion, il puisse y avoir une alternative qui soit un partenariat privilégié. Vous, théoriquement, cétait votre thèse. Alors, vous vous sentez, au fond, plutôt Autrichien que Français, ce matin ?

Nicolas Sarkozy : Le choix que vous me laissez, cest dêtre soit Autrichien, soit Turc !

A. Duhamel : Ou français, comme vous voulez !

Nicolas Sarkozy : Sans insulter personne, cest un drôle de choix ! Quest-ce qui est en cause ? Des négociations vont souvrir. Je ne suis pas contre le principe douverture de négociations. Mais cest quand même curieux, de la part de nos amis turcs, de dire “vous ouvrez les négociations, mais permettez de dire : la négociation ne peut servir quà  une seule chose : nous faire adhérer”. Autant ne pas ouvrir, alors !

A. Duhamel : Ce nest pas toujours ce quon leur a dit dans le passé…

Nicolas Sarkozy : Je suis tout à  fait prêt à  en parler. Dailleurs, ça fait 40 ans que ça dure. Si cétait si simple, pourquoi mettre 40 ans ?

J.-M. Aphatie : Que pensez-vous de la phrase de V. Giscard dEstaing - cétait hier dans le Journal du Dimanche - : “La volonté démocratique des Français a été ignorée”. Le ressentez-vous comme ça ?

Nicolas Sarkozy : Cest un dossier o๠chacun sait quil y a des désaccords. Pour ma part, dès le mois de mai 2004 - comme A. Juppé, dailleurs -, jai dit combien jétais réservé à  lidée dune adhésion de la Turquie, pour tout un tas de raisons, à  lEurope. Cest dailleurs la position de lUMP quasi unanime. Mais si on interrogeait le pays pour savoir quel est son sentiment, son sentiment serait extrêmement réservé. Il serait plus pour un partenariat que pour une adhésion.

J.-M. Aphatie : Pour dire les choses clairement : à  part J. Chirac, qui est pour ladhésion de la Turquie ?

Nicolas Sarkozy : Mais cest déjà  pas mal !

A. Duhamel : Trouvez-vous normal quen matière de politique étrangère, quand il y a des choix importants - la Turquie est un choix important -, que le président de la République ait les mains complètement libres pour faire ce quil juge, en conscience, nécessaire et utile ? Ou bien, considérez-vous quen démocratie, il devrait tenir compte de lopinion, du Parlement, des partis, de lUMP, du ministre de lIntérieur ?

Nicolas Sarkozy : Dans votre question, il ny a pas que des considérants de politique étrangère et chacun la bien compris. Jessaie de ne pas dramatiser les choses. La Constitution prévoit que la définition de la politique étrangère - et de la politique européenne, si tant est dailleurs que la politique européenne soit de la politique étrangère, il y aurait beaucoup à  dire sur le sujet - fait partie des compétences du président de la république. Et à  ce titre, bien sûr, je les respecte. Mais en démocratie, chacun a le droit de donner son opinion. Je lai donnée en son temps. Le mouvement que je préside a voté et, de toutes manières, le président de la République a mis un cliquet - qui nest pas nimporte lequel - : cest le référendum, puisquil sagira de demander aux Français, le moment venu, sils sont “pour” ou sils sont “contre” ladhésion de la Turquie. Comme ladhésion à  lUnion Européenne se fait à  lunanimité, si les Français disent “non”, il ny aura pas dadhésion de la Turquie. Pour le reste, ma position très réservée sur ladhésion de la Turquie ne vient pas dun quelconque refus des turcs, mais de la conception que jai dune Europe politique, cest-à -dire dune Europe intégrée, o๠lon partage davantage de compétences ensemble. Or, qui ne voit que, plus nous serons nombreux, moins on pourra intégrer lEurope.

J.-M. Aphatie : Vous êtes - on lentend encore ce matin – prudent sur la question turque et vous ne voulez pas la dramatiser. Est-il vrai quil y a dix jours, lors de la convention de lUMP, entre J. Chirac et vous, il y a eu une explication sérieuse sur, précisément, la tonalité de votre discours sur la Turquie ?

Nicolas Sarkozy : Est-ce quil est vrai quon en a parlé ? La réponse est “oui”. Est-ce que cette discussion était “sérieuse” ? Par construction, quand je discute avec le président de la République, ça ne peut être que sérieux.

J.-M. Aphatie : Mais “sérieuse”, cest un terme diplomatique pour dire quelle était vive ?

A. Duhamel : Quelle était âpre !

Nicolas Sarkozy : Compte tenu de ce que vous connaissez de mon tempérament, vous pouvez le suggérez. Mais je vais vous dire une chose : quand je dis que je suis prudent, je crois que, sur le fond, jai dit les choses clairement. Quand on dit les choses clairement sur le fond, pourquoi avoir besoin den rajouter sur la forme ?

J.-M. Aphatie : Donc cest une période de modération sur cette question turque, pour vous ?

Nicolas Sarkozy : Mais il y a eu un vote ! Nous sommes contre ladhésion de la Turquie. Point ! Il ny a pas besoin de sagiter pour en dire plus.

A. Duhamel : Un sondage a été publié samedi, qui est celui du de la SOFRES pour le Figaro Magazine et, pour la première fois, quand on interroge les Français sur le souhait de rôle dans lavenir des personnalités politiques, D. de Villepin vous précède dun point. Avez-vous le sentiment de vous trouver avec un rival que vous nauriez pas imaginé il y a quelques mois ?

Nicolas Sarkozy : Je vais essayer de vous répondre le plus librement, le plus franchement possible. Quest-ce que je fais et quest-ce que jessaie de faire ? Je pense que le premier problème de la vie politique, cest un déficit dauthenticité. Les gens se demandent si nous, les responsables politiques, on croit même à  ce quon dit. Il faut dire les choses comme elle sont, il ne faut pas prendre de périphrases ! Et jessaie, depuis trois ans et demi, au Gouvernement ou dans mes responsabilités de président de lUMP - “jessaie” : je ne dis pas que je fais bien, “jessaie” - de dire ce que je pense et pire - plus grave encore ! - de faire ce que je dis. Et de le faire sans calculs excessifs. Quand je dis : “la responsabilité des magistrats doit être mise en cause”. Quand je dis : “il faut nettoyer”. Cest ce que je pense. Et je ne dis pas que ça rencontre ladhésion populaire ou le consensus immédiatement. Je ne suis pas dans cette démarche. Je pense que la France ne craint pas le changement, quelle lattend. Et je pense que la vie politique a besoin profondément dêtre renouvelée, avec des gens qui ont le courage de dire ce quils pensent. Alors, un moment, ça passe bien : ça fait trois ans et demi. Et puis là , il y a un sondage o๠ça passe moins bien. Il faut que jai la souplesse et la sérénité de laccepter. On ne peut pas vouloir - comme je le dis - dire ce que lon pense et sétonner de ne pas toujours être consensuel…

A. Duhamel : Mais comment expliquez-vous que, dans les sondages, vous avez surplombé la droite pendant presque trois ans…

Nicolas Sarkozy : Pourquoi prenez-vous limparfait ?

A. Duhamel : Parce que vous navez pas entendu la fin de la question !

Nicolas Sarkozy : Pardon, excusez-moi !

A. Duhamel : La fin de la question, cest : comment expliquez-vous votre “trou dair” dans le sondage ?

Nicolas Sarkozy : Dabord, si je savais expliquer tout ça, je serai bien plus savant. Quand vous pensez quun observateur comme vous ne sait pas toujours lexpliquer, comment voulez-vous quun acteur comme moi…

A. Duhamel : Cest parce que les observateurs sont modestes, cest bien connu !

Nicolas Sarkozy : Cela veut dire que les acteurs ne le sont pas ?!

A. Duhamel : Quelquefois moins !

Nicolas Sarkozy : Eh bien, jessaie davoir la modestie dun acteur. Vous savez tout ça, cest une longue route, cest un grand travail. Cest quelque chose dextrêmement difficile, la politique. La politique, cest quoi ? Cest essayer de donner une cohérence aux aspirations souvent contradictoires dun peuple. Et cest un chemin très long, dont un premier rendez-vous aura lieu en 2007. Je nai jamais pensé que cétait une course solitaire. Je nai jamais imaginé, avec lexpérience qui est grande et qui est la mienne, que cétait facile. Et, par ailleurs, je suis de ceux qui pensent que la concurrence est le seul moyen détalonner une
valeur. Alors, à  moi dessayer dêtre en tête.

J.-M. Aphatie : Conviendriez-vous, ce matin, simplement avec franchise, dune compétition avec D. de Villepin pour 2007, justement, puisque vous en parlez ?

Nicolas Sarkozy : Dune compétition, pas simplement avec D. de Villepin, qui est le chef du Gouvernement…

J.-M. Aphatie : Ma question porte sur D. de Villepin….

Nicolas Sarkozy : Je suis de ceux qui pensent, à  la tête de lUMP, quil ny a pas de candidat obligatoire. Pour être candidat à  la candidature à  la présidentielle, il faut le mériter. Et je suis persuadé que sur la ligne de départ, il y aura plusieurs candidats.

A. Duhamel : Et pour le mériter, il faut, bien entendu, que lUMP désigne son candidat ?

Nicolas Sarkozy : Mais cest quelque chose sur laquelle je ne cèderai pas ! Parce que, sil y a plusieurs candidats de notre famille, jaimerais quon mexplique comment on tranche entre ces plusieurs candidats. Cela na rien avoir - contrairement à  ce que jai entendu dire - avec la primaire. Mais sil y a plusieurs candidats de notre famille, on décide comment le candidat qui soutiendra le mouvement que je préside ? Eh bien, je ferai voter les adhérents. Parce quen 2005, je ne connais quune méthode : la démocratie et la transparence. Je nai pas de conseillers occultes. Il ny aura pas darrangements entre trop bons amis. Il y aura la concurrence devant les adhérents. Et ce sera dailleurs un puissant mouvement pour multiplier les adhésions. Et ce nest peut-être pas un hasard que lUMP aujourdhui, cest 170.000 adhérents à  jour de cotisations et ce nest peut-être pas un hasard - vous ne lavez pas dit par pudeur - que sur les10 partielles, on en a gagné 9. Voilà  le résultat de lUMP daujourdhui.

A. Duhamel : Mais si les choses se passaient comme cest aujourdhui, il y aurait un vote - de la part des militants UMP - entre D. de Villepin et vous ?

Nicolas Sarkozy : Eh bien, ça ne serait pas un drame !

J.-M. Aphatie : En mai dernier - une question personnelle pour terminer -, vous conveniez que votre famille traversait des turbulences et vous disiez que vous en informeriez les Français, le moment venu. Le moment est-il venu ? Approche-t-il ?

Nicolas Sarkozy : Je pense quon a assez parlé - contre mon gré, dailleurs - de ma vie personnelle. Que ça a fait assez de dégâts pour que vous mautorisiez, ce matin à  RTL, à  être le seul à  ne pas en parler…

J.-M. Aphatie : Et vous comptez en parler prochainement ?

Nicolas Sarkozy : Je vous ai répondu.

J.-M. Aphatie : Pas ce matin, en tout cas ?Nicolas Sarkozy : Certainement pas.

Nicolas Sarkozy : Certainement pas.

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