Nicolas Sarkozy

Blog Coopératif

Interview Europe 1

Posté le 02/11/2005 par admin dans la catégorie Interviews de Sarkozy, Radio

Ce matin, qui est le chef de la Sécurité ?

Nicolas Sakozy : Je ne comprends pas cette expression. Le ministre de lIntérieur a la responsabilité dassurer la sécurité des Français, puisque vous me posez la question, rentrons tout de suite dans le vif du sujet : depuis 2002, la délinquance a reculé de 8 % en France, cest très exactement 350.000 crimes et délits en moins chaque année. Et si nos auditeurs veulent un élément de comparaison, ils souviendront utilement quentre 1997 et 2002, la délinquance a explosé en France, puisquelle augmentait de 15 %. Pour la première fois, on avait dépassé les 4 millions de crimes et délits.

Est-ce que pour autant vous dites que cela va mieux ?

Nicolas Sakozy : Sur la délinquance, bien sûr. 350.000 délits, crimes et délits de moins chaque année, si cétait en plus, jimagine, monsieur Elkabbach, quon commencerait lémission en me demandant des comptes. Pour autant, il reste trois problèmes qui sont trois problèmes extrêmement difficiles, et sur lequel je souhaite pouvoir répondre, si vous le désirez, à  vos questions : es violences urbaines, les violences intrafamiliales et les violences dans les stades, qui sont les trois secteurs o๠il nous faut maintenant porter notre effort.

Alors procédons par ordre, il y a eu cette nuit des manifestations, dautres banlieues ont un peu brûlé… Est-ce quil y a un risque de contagion solidaire avec Clichy, avec la Seine-Saint-Denis ? Dautre part, est-ce quil y a eu des interpellations, des gens arrêtés cette nuit ?

Nicolas Sakozy : Quest-ce qui change dans tout cela ? Dabord, les violences urbaines, ce nest pas nouveau, cela ne date pas dil y a trois jours ni dil y a trois semaines. Cela fait trente ans que les politiques dintégration en faveur dun certain nombre de quartiers de nos villes échouent. Elles échouent pour deux raisons : la première, cest parce quon a essayé de se contenter dun traitement social de ces questions ; ce traitement social a échoué. Et la seconde raison, parce que beaucoup de gouvernements - de gauche comme de droite, jen conviens parfaitement - avaient décidé de ne plus pénétrer dans les banlieues qui sont devenues pour certains quartiers, des zones o๠les services publics ne pénétraient plus. Eh bien cela a changé. Et si vous regardez chaque fois o๠il y a des incidents, il y a désormais des interpellations et des condamnations.

Est-ce quil y en a eues cette nuit ?

Nicolas Sakozy : Trente-quatre interpellations. Parce quil est absolument anormal que des gens qui font brûler la voiture de leur voisin, que des gens qui mettent le feu dans un certain nombre de services publics, alors que les banlieues souffrent et quelles ont besoin de ces services publics, il est parfaitement anormal quil y ait le moindre sentiment dimpunité. Nous avons donc décidé de changer nos méthodes dans les quartiers pour maintenir et rétablir lordre quand il le faut, avec maintenant les GIR, qui sintéressent au patrimoine dun certain nombre de personnes qui vivent de léconomie souterraine et de léconomie de la drogue, et les forces mobiles qui font maintenant des interpellations, et pas simplement du maintien de lordre.

Je ne sais pas si vous avez entendu le jeune de 25 ans, qua rencontré G. Biet (phon) : il a un bac plus 4, un emploi, et il en a marre comme il dit, “que les jeunes français dorigine maghrébine soient montrés du doigt par la police”. Sil y a des excès de la part de la police, quest-ce que vous faites ?

Nicolas Sakozy : Il ny a pas un corps de lEtat qui soit plus surveillé, plus contrôlé que la police, pas un seul ! Et sil y avait la moindre faute déontologique, non seulement je la déplorerais, mais je la sanctionnerais. La police est la police de la République. Et elle doit se comporter de façon impeccable. Et je ne souhaite aucun manquement à  la déontologie, pas même de familiarité. Mais je veux quand même dire que les forces de lordre, je souhaite leur rendre hommage, parce quelles ont gardé leur calme dans des événements extrêmement violents dans un certain nombre de villes. Elles ont rétabli lordre et nous navons pas eu, depuis ce drame de Clichy, o๠ces deux jeunes ont trouvé la mort pour rien, alors même quils nétaient pas poursuivis, qui sont allés mourir à  quinze et dix-sept ans, ce qui est un drame… Les forces de lordre…

Vous répétez ce matin quils nont pas été poursuivis ?

Nicolas Sakozy : Les forces de lordre ont fait un travail remarquable. Je répète ce qua dit le procureur de la République, lequel procureur de la République a entendu le troisième jeune qui est, fort heureusement, survivant, et qui lui-même a déclaré quil nétait pas poursuivi à  ce moment-là .

Vous lavez dit aux familles hier soir ?

Nicolas Sakozy : Bien sûr, je lai dit aux familles dont je comprends quelles soient bouleversées, je lai dit à  un certain nombre de jeunes, à  la fois dArgenteuil et de Clichy, que jai vus encore tard cette nuit. Pour autant, il y a deux enquêtes qui sont engagées : une enquête de lInspection générale des services de la police et une enquête judiciaire. Ces deux enquêtes iront jusquau bout, la transparence sera totale et les familles, et cest bien normal, auront tous les éléments à  leur disposition, en même temps que ceux dont je disposerai.

Mais alors si vous permettez, plusieurs questions : tout à  lheure je vous ai dit, “qui est le chef de la sécurité?”, vous avez très bien compris le sens de ma question. Pour la presse ce matin, cest le Premier ministre qui reprend le dossier, qui prend la main. Est-ce que cest vrai ?

Nicolas Sakozy : Le Premier ministre et moi-même, nous avons encore travaillé ensemble hier. Je ne vois pas en quoi il y a le moindre lieu à  commentaire, même si je peux comprendre que le rôle de la presse cest de faire des commentaires. Moi, mon rôle, ce nest pas de faire des commentaires, cest d’agir.

Mais si il intervient après quatre-cinq jours de silence, cela veut-il dire que vous étiez en difficulté ?

Nicolas Sakozy : Mais que le Premier ministre intervienne après quatre-cinq jours, cest tout à  fait normal.

Vous étiez à  Matignon, à  ses côtés, quand il a reçu les familles des deux jeunes victimes…

Nicolas Sakozy : Quand nous avons reçu les familles des deux jeunes victimes.

Oui, mais vous les avez reçues à  Matignon, elles avaient refusé votre proposition de les rencontrer. Est-ce quelles sauront toute la vérité ? Est-ce quon va vers lapaisement ?

Nicolas Sakozy : Quand on est une famille qui perd un enfant de quinze ans et une autre qui perd un enfant de dix-sept ans, on peut comprendre quil y ait de la colère, quil y ait de lamertume, quil y ait des sentiments forts qui sexpriment. Je souhaite que personne nexploite la douleur de ces familles, cest un drame parce que mourir à  quinze ans ou à  dix-sept ans pour rien, cela ne peut être quun drame. Ils auront tous les éléments à  leur disposition. Je voudrais dailleurs dire que jai reçu également la famille de ce pauvre homme, dont la famille ne souhaite pas quon donne son identité, qui a été battu à  mort à  Epinay. Jai reçu sa fille, son fils et sa femme ; je souhaite aussi quon ne les oublie pas. Par ailleurs, je veux dire à  nos auditeurs que deux des trois auteurs présumés ont été arrêtés ; nous recherchons activement le troisième. Nous avons dailleurs une idée précise de qui il est. Je le dis comme je le pense : mon travail cest de garantir la sécurité des Français, et notamment des Français les plus modestes qui vivent dans ces quartiers, qui en ont plus quassez que ces quartiers soient considérés par quelques-uns comme des zones de non-dit.

Oui, on ne peut pas y mettre les pieds…

Nicolas Sakozy : Il y aura donc maintenant…

… Et pas seulement quand on est ministre de lIntérieur, presque aucun citoyen ne pourrait y aller sans risque pour sa propre vie, comme le photographe…

Nicolas Sakozy : Excusez-moi, jy vais chaque semaine et je dis les choses comme je le pense : je naccepterai pas un certain nombre de violences, elles seront sanctionnées par la justice et la police interpellera. Cest ce quon appelle la “tolérance zéro”, cest mon travail et je le ferais. Jajoute juste un dernier mot : je ne comprends pas pourquoi on continue à  dire que “des jeunes ont fait ceci” ou que “des jeunes ont fait cela”… Vous créez ainsi, pardon de le dire, les conditions dun amalgame. La quasi-totalité des jeunes ne demandent quune seule chose, cest davoir une formation et un emploi, ils nont rien à  voir avec ça. Quand il y a un braquage dune banque et que celui qui braque la banque à  52 ans ou 53 ans, vous ne dites pas sur les chaînes, sur les antennes de vos radios, “cest un vieux qui a fait ça”.

Il y a longtemps quon ne le dit plus.

Nicolas Sakozy : Dire “cest un jeune”, cest une erreur, ce ne sont pas trois jeunes qui ont agressé cette personne à  Epinay, ce sont trois voyous, ce sont trois assassins, qui se sont comportés avec une forme de barbarie. Donc, arrêtons de parler des jeunes, parce que les jeunes méritent dêtre respectés, les jeunes, la plupart, veulent sen sortir et en ont assez dêtre amalgamés avec les voyous.

Sur ce plan, monsieur le ministre de lIntérieur, beaucoup de gens vous donnent raison de dénoncer les voyous, les dealers, les bandits, etc. Vous savez que vous avez été critiqué sur la méthode et sur le langage que certains estiment “excessifs”, “dangereux”. Vous dites vous-même : “Moi, je parle avec les vrais mots.” Mais est-ce que vous reconnaissez être allé un peu loin dans certains cas? Est-ce que vous, vous fixez des limites dans le vocabulaire ? Ou vous vous dites, “Si je parle comme ça, cest que je suis un mondain” ?

Nicolas Sakozy : Non, attendez, attendez… Dabord, quand on fait des choses, quon soit critiqué, cest parfaitement normal. Il y en a tant qui ont fait si peu, laissons leur lopportunité de critiquer, cest si facile…

Même dans votre camp, même chez les vôtres ?

Nicolas Sakozy : Par conséquent, quils critiquent, dabord, cest la démocratie, et personne na à  sen formaliser et certainement pas moi. Deuxième élément, depuis trois ans les chiffres sont incontestables, la délinquance recule en France, cest incontestable, ce nest dailleurs contesté par personne.

Mais vous lavez dit, je vous crois, mais les mots ?

Nicolas Sakozy : Eh bien les mots, il est venu le temps que la classe politique parle avec les mots que comprennent les Français. Quand je vais à  la Cité des 4.000 ; jai été quand à  la cité des 4000 ? Le lendemain ou le surlendemain de ce drame qui a consisté pour un petit jeune de onze ans, de se faire tuer alors quil nettoyait, le jour de la fête des pères, la voiture de son père. Parce que trois individus, très défavorablement connus des services de police, tiraient à  balles réelles dans la rue pour régler des comptes. Et comme ont dit les habitants de la cité des 4.000, pendant les quelques heures o๠jétais là -bas, ils mont dit : “Monsieur Sarkozy, il faut nettoyer, on en a plus quassez, parce que…

…Ce sont eux qui ont employé le mot ?

Nicolas Sakozy : Cest eux qui, chaque seconde, considéraient que les bandes, les voyous, léconomie souterraine, ils ne comprenaient pas pourquoi lEtat ne faisait pas son travail. Or pour faire son travail, il ne suffit pas de mettre un policier au coin de la rue, regardant dun air débonnaire le trafic de drogue. Il faut aller en profondeur pour sortir les trafics et les trafiquants. Et quand je dis “nettoyer au Karcher”, cest-à -dire nettoyer en profondeur.

Mais est-ce que vous ne vous mettez pas de limite dans ce langage qui peut être un langage de provocation et dexcitation sur place ?

Nicolas Sakozy : Cest ça oui. Venant dun spécialiste des médias, japprécie beaucoup le commentaire, parce que franchement, de ce point de vue-là â€¦ Deuxième élément : quand un pauvre homme va prendre des photos dans un quartier dEpinay, quon lui vole son appareil photo devant sa femme et sa fille, et quon le bat à  mort en pleine journée, je nai pas lintention dappeler ceux qui font cela des jeunes, cest de la racaille, ce sont des voyous, ce sont des assassins.

Très bien, mais vous lavez dit. Mais est-ce que vous croyez quun mot cru et violent a une force de dissuasion ?

Nicolas Sakozy : Non, dabord je nemploie jamais de mot cru. Je suis plutôt quelquun de bien élevé, et encore moins de mot violent. Jappelle un voyou un voyou, un assassin un assassin.

Et la racaille de la racaille ?

Nicolas Sakozy : Je ne vois pas dailleurs ce que le terme “racaille” peut avoir de vulgaire ou de violent. Jajoute que tous ceux qui ont été complices par commodité de la situation dans laquelle se trouvent nos quartiers, nont pas, me semble-t-il, de leçon à  donner sur le travail extrêmement difficile que nous sommes en train de réaliser.

A qui pensez-vous là  ?

Nicolas Sakozy : Quand jentends monsieur Fabius et monsieur Strauss-Kahn donner des leçons…

Ou F. Hollande qui dit “il faudrait la tolérance zéro pour les provocations verbales du ministre de lIntérieur”.

Nicolas Sakozy : Oui, bien sûr… Quil soccupe du congrès du Parti socialiste ! En tout cas, moi, je ne moccupe pas deux, jessaie de moccuper de la vie quotidienne des Français.

Et vous savez ce que la gauche propose en la matière ?

Nicolas Sakozy : Malheureusement rien, comme dhabitude, si ce nest dorganiser un colloque pour savoir ce quon fera dans dix ans. Or ce quil faut, cest agir tout de suite. Alors quel est le problème ? On na pas été assez ferme à  lendroit dun certain nombre de comportements, et en même temps, il me semble quon na pas été assez généreux, à  lendroit dune population de gens qui souffrent, cest vrai, de racisme, cest vrai, dinjustice, et qui demandent à  sen sortir. Cest bien la raison pour laquelle, depuis le début, je propose quon sengage dans la discrimination positive à  la française qui consiste à  faire plus pour ceux qui ont moins. Et cest bien là  le cÅ“ur des choses.

Vous savez ce que vous répondent le chef de votre gouvernement, et le président de la République ? Ils ne sont pas forcément daccord avec la définition de la discrimination positive. Cette nuit, vous avez longuement dialogué avec des jeunes de Clichy ; laprès-midi vous avez vu des jeunes dArgenteuil, quest-ce quils attendent du Gouvernement ? Quest-ce quils attendent de vous ?

Nicolas Sakozy : Je crois que le plus important pour eux, cest quils aient la chance davoir une formation pour avoir un emploi. Ils ne veulent pas de deux choses : ils ne veulent pas damalgame avec les voyous, parce quils se sentent différents, et deuxième chose, ils ne veulent pas laumône dune politique sociale. Ils veulent la chance dune politique de lemploi…

Ils veulent les droits…

Nicolas Sakozy : …De formation, pour pouvoir faire vivre leur famille du fruit de leur travail, et non pas de lassistance. Voilà  ce quelles demandent.

Mais est-ce que vous croyez que la République va créer la confiance, le calme peut-être des emplois avec des renforts de sécurité, de CRS, de gendarmes mobiles ou des efforts utiles de prévention ?

Nicolas Sakozy : Nopposons pas les uns aux autres. Permettez-moi de vous dire quon ne sortira pas un quartier de la détresse, de la pauvreté, de lexclusion, de léchec, de lintégration si on garde dans ce quartier un certain nombre de chefs de bande de caïds qui vivent de léconomie souterraine.

Donc ce sont eux qui sont aujourdhui visés ?

Nicolas Sakozy : Les deux choses vont ensemble. Cest ainsi quil y aura plus de Compagnies républicaine de sécurité, plus de gendarmes mobiles, pour garantir aux habitants la sécurité. Quand jai été à  Argenteuil, sur la plate-forme dArgenteuil, que mont dit les habitants ? Ils mont dit, “mais monsieur Sarkozy on a peur, on a en a assez”. Jajoute que jai vu des tas de gens qui mont dit, “mais pourquoi ils font brûler nos voitures ? Ceux qui font brûler les voitures, ils ont quà  brûler les leurs, pas les nôtres, parce que nous, on en a besoin pour travailler !”. Moi, je souhaite être du côté de ceux qui se lèvent tôt le matin, qui travaillent dur pour faire vivre leur famille, qui vivent dans ces quartiers, et qui en ont assez quune infime minorité donne une image dégradée de quartiers qui valent bien mieux que cela.

On vous a trouvé un peu seul, parce quil ny a pas que M. Valls, le maire réaliste dà‰vry, qui disait, “mais o๠sont messieurs Borloo, Robien, Donnedieu de Vabres, J.-F. Lamour ?”. Est-ce quon vous a isolé ? Vous vous êtes isolé ? On a cherché à  vous isoler ?

Nicolas Sakozy : Non, je ne pense pas. Tout ça ce sont des commentaires qui, franchement, je les comprends tout à  fait, mais moi je ne me livre pas à  cela. Moi, jai travail à  faire et jessaye de le faire.

Daccord. Mais alors, quest-ce que…

Nicolas Sakozy : …Non, non pas “daccord”, comme ça. Depuis le début, depuis 2002, à  chaque fois que jai tenté de faire quelque chose, à  chaque fois que je lai fait, il y a toujours eu le cortège habituel de la pensée unique qui regarde les problèmes sans rien faire, qui sest dressé. Je me souviens de Sangatte, il ne fallait pas le faire, ne pas le fermer. Je me souviens du CFCM pour les musulmans, il ne fallait pas le faire non plus. Je me souviens des halls dimmeuble, il ne fallait pas le faire. Je me souviens de la violence : cétait inéluctable, il ny avait rien à  faire. Ainsi va la vie politique française : il y a toujours des gens pour vous expliquer quil ne faut rien faire, et que quand vous faites, vous faites mal. Moi, jai choisi une ligne : ne pas moccuper de tout cela et continuer à  avancer pour avoir des résultats. Nous aurons des résultats dans les quartiers, en termes de sécurité et en termes dintégration. Parce que je dis quand même une chose, cest que cest quand même un malheur que les petits-fils dimmigrés se sentent moins bien intégrés alors quils sont nés en France, que leurs grands-parents ne létaient, alors quils sont arrivés étrangers et quils sont restés étrangers.

Vous savez ce qui est aussi terrible monsieur le ministre de lIntérieur ? Cest quà  Clichy, ce sont les aînés, les grands frères, qui ont contribué à  ramener le calme, autrement dit, cest un service dordre musulman. Et on a entendu hier - je regardais les télévisions -, on a même entendu “Allah Akbar”. Est-ce que cela veut dire que le communautarisme est en train de remporter une manche sur la République laïque et intégratrice, parce quelle nen fait pas assez ?

Nicolas Sakozy : Non, mais justement, quand la police réinvestit les quartiers, fait des interpellations pour séparer dun côté les voyous, et de lautre les jeunes, cest bien la République qui fait son travail. Je conteste formellement cette idée de service dordre musulman qui na rien à  voir. Nous avons travaillé avec un certain nombre de médiateurs, médiateurs du quartier.

Barbus et en blanc…

Nicolas Sakozy : Non.

En grande gandoura blanche…

Nicolas Sakozy : Non, non…

On les a vus !

Nicolas Sakozy : Voilà  très exactement les conditions de lamalgame. Respectez aussi nos compatriotes, et ce nest pas parce quils sont de confession ou de culture musulmane, quon doit les traiter de barbus, excusez-moi ! A mon tour de vous dire très respectueusement monsieur Elkabbach, de surveiller vos expressions, pardon.

Daccord, mais quand ils portent la barbe et la longue robe blanche, et quils disent “Du calme, au nom de lislam et au nom du Coran”, cest quils sont un service dordre musulman qui vient renforcer la police.

Nicolas Sakozy : Non, ce nest pas exact. Il se trouve quon a eu un problème particulier à  la mosquée de Clichy et il nest pas anormal que limam de la mosquée de Clichy, alors même quil y avait des affrontements entre un certain nombre de voyous et les forces de lordre devant la mosquée, il nest pas anormal quà  ce moment-là , il soit intervenu pour appeler au calme.

Quest-ce que vous avez pensé, si je peux appeler cela “des remontrances”, de votre collègue A. Begag ? Vous lavez vu quelques fois ? Pourquoi vous ne lamenez pas avec vous en banlieue, pourquoi il ny va pas ? Dautant plus quil parle larabe, lui.

Nicolas Sakozy : Cest à  lui quil faut demander pourquoi il ny va pas, ce nest pas à  moi.

Mais est-ce quil vous a facilité la tâche ?

Nicolas Sakozy : Non.

A votre avis, y est-il allé, a-t-il parlé ou est-il intervenu parce quil a reçu des consignes ?

Nicolas Sakozy : Mais franchement…

…Puisquil est ministre de là‰galité des chances.

Nicolas Sakozy : Mais monsieur Elkabbach, vous savez, cela fait maintenant cinq jours, jour et nuit, avec mes collaborateurs, avec toutes les équipes du ministère de lIntérieur, nous travaillons sur ces questions, et nous essayons déviter les problèmes, dapaiser les situations, dinterpeller les fauteurs de troubles. Croyez-moi, jai autre chose à  faire que de regarder les dépêches AFP de tel ou tel, qui fait des déclarations pour me conseiller et me dire ce que jaurais dû faire.

Vous préféreriez quil parle un peu plus tard…

Nicolas Sakozy : Enfin “je préfère”… Vous savez, chacun fait ce quil veut et le soir se regarde devant la glace.

Quand on fait le métier, là  o๠vous êtes, on doit être blindé ?

Nicolas Sakozy : “Blindé”, je ne sais pas si je suis blindé. Je peux vous dire une chose, cest que cest extrêmement difficile, que ce travail aurait été plus facile sil avait été fait avant, mais que personne ne doute de ma détermination à  le conduire. Nous garantirons la sécurité dans les quartiers, comme nous avons rétabli la sécurité dans les transports en commun. Je voudrais prendre un seul exemple. Il y a douze millions de personnes qui habitent en àŽle-de-France, quand je suis devenu ministre de lIntérieur, il y avait 18 % dagressions en plus chaque année dans les métros et les trains de banlieue. Je regardais encore les chiffres de lan passé : 22 % dagressions en moins. Qui peut dire que cela ne progresse pas ? Eh bien cest pareil que dans les stades o๠il y a des tribunes qui font honte. Je naccepte pas quil y ait des gens qui fassent le salut nazi au Parc des Princes !

On va en parler tout à  lheure. Mais est-ce que vous attendez ou vous espérez quen Conseil des ministres ce matin, le président de la République vous apporte son soutien public et quil trouve à  sa place les mots de lapaisement, lui aussi ?

Nicolas Sakozy : Vous savez, les mots de lapaisement, ce nest pas suffisant, il faut les faits de lapaisement, F-A-I-T-S, il fait agir ! Il faut agir avec fermeté et avec justice ; cest ce quon est en train de faire.

Mais vous attendez quil intervienne ?

Nicolas Sakozy : Mais je nattends rien du tout, ce que chacun fasse ce quil a à  faire, et je suis sûr que ça sera très bien fait.

Certains trouvent - on la entendu ces derniers jours, mais vous direz que ce sont des commentaires… - que rester ministre de lIntérieur, président de lUMP et candidat en 2007, est intenable. Ceux-là  vous pousserez volontiers vers la sortie. Est-ce que ce matin vous leur dites, “ je suis quelques fois tenté”, ou “je reste, je continue et je me bats” ?

Nicolas Sakozy : Il faut savoir qu’il y a eu toute une mode qui a consisté à  dire que je ne moccupais pas assez du ministère de lIntérieur, maintenant, il y a une mode qui consiste à  dire que je men occupe trop. Mais cest extraordinaire ! Mais mon Dieu, si je nétais pas là , eh bien il y aurait moins de pages dans les journaux, permettez-moi de vous le dire !

Oui, mais quest-ce que vous répondez ? Je reste et je continue, je me bats ou je suis tenté… ?

Nicolas Sakozy : Mais rien ! Je dis une seule chose, il y a trois priorités pour moi : la violence urbaine, violence intrafamiliale, violence dans les stades. Jai obtenu des résultats sur les autres domaines, je souhaite que nous en obtenions maintenant sur ces trois domaines qui sont absolument essentiels. Quand on voit les violences intrafamiliales, eh bien la police nest pas adaptée aujourd’hui pour intervenir dans les familles. Je veux changer cette réalité. Et alors cest vrai, jessaye de le faire…

C’est-à -dire que la police, si elle est appelée, qu’elle intervienne dans un couple qui se tape dessus ?

Nicolas Sakozy : Mais bien sûr. Vous ne pouvez pas envoyer la brigade anti-criminalité pour intervenir de nuit au domicile conjugal, au sein dune famille, comme vous arrêtez des braqueurs de banque. Cest vrai, moi jessaye de le faire en employant des mots que chacun peut comprendre, et en demandant à  être jugé sur les résultats. Cest ainsi que dès le mois prochain, je publierai un indice des violences urbaines, pour que chacun puisse mesurer limpact de la politique que nous mettons en Å“uvre.

Dimanche, au Parc des Princes, il y aura un match à  hauts risques, Paris-Saint-Germain/Monaco. Vous luttez contre les bandes dans les stades, à  Lyon, à  Marseille, à  Nice, à  Paris. Quest-ce que vous pouvez faire pour empêcher le développement de ces violences ?

Nicolas Sakozy : Eh bien, je serai à  18h30 au Parc des Princes, je réunirai lensemble des associations signataires de la charte et je mettrai chacun devant ses responsabilités. Et je le dis comme je le pense, puisque je proposerai au Parlement une mesure extrêmement forte qui permettra aux préfets dinterdire de stade, de façon administrative, c’est-à -dire avant toute condamnation judiciaire, quelquun qui aura été pris en train de faire un salut nazi, qui aura été pris en train de pousser des cris de singe quand un joueur de couleur a le ballon, ou qui aura été pris en train de déclencher ou dorganiser une bagarre. Il faut que les stades reviennent aux familles.

Et sil appartient à  une bande, vous demandez la dissolution de cette bande ou de cette association ?

Nicolas Sakozy : Sil appartient à  une association, toute association qui se solidarisera de ces comportements, sera implacablement dissoute. Les stades, cest fait pour aller en famille, avec ses enfants, ce nest pas fait pour se battre comme des chiffonniers.

La presse, les hebdomadaires, nont cessé de répéter “Il y a un nouveau Sarkozy ”. Comment N. Sarkozy présente-t-il le nouveau Sarkozy, sil y en a un ?

Nicolas Sakozy : Franchement, je vous assure, vous nallez pas me croire, mais jessaye de ne pas lire tout ce qui est écrit, parce quon en aurait le tournis. Les commentaires, dans une démocratie, je les accepte bien volontiers, la critique elle est normale. Alors voilà  quon me décrit sous forme dune nouvelle personne, je nai pas limpression davoir changé. Jai des convictions, jai une grande détermination, jai un travail extrêmement difficile à  mener. Ce travail, sil est difficile, encore une fois, cest que pendant des années, on a commenté une situation sans aller porter le fer dans la plaie, sans porter des solutions. Eh bien je veux obtenir des résultats, parce quil ny a aucune raison que nous soyons lun des rares pays au monde à  considérer comme normal, quà  la périphérie de nos villes, il y ait des zones de non droit. Eh bien aujourd’hui, lEtat est présent partout.

Merci N. Sarkozy. Je vous souhaite une bonne journée, et surtout des nuits calmes… 

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