Immigration - Une Immigration choisie
Convention sur l’immigration - Une immigration choisie, une intégration réussie - 9 juin 2005
Mesdames, Messieurs, mes chers amis,
Dans le nouveau gouvernement, jai la responsabilité de coordonner laction de lensemble des administrations en charge de limmigration. Cest la traduction concrète de la première chose quil faut faire en la matière : se doter dune politique migratoire unique – actuellement nous en avons trois – et en confier la mise en Å“uvre à un seul ministère, comme cest le cas chez tous nos partenaires.
Des débats de notre journée, je retiens trois idées principales :
- d’abord, l’immigration est une chance pour notre pays. Ce fut une chance dans le passé, pour la reconstruction, pour la démographie, pour la diversité. La France est multiple. Cest sa richesse et sa personnalité. Mais limmigration est aussi une chance pour aujourd’hui, car un pays fermé est un pays qui se sclérose. Je veux rétablir un discours positif sur l’immigration. C’est à la fois ma conviction profonde et une condition de l’intégration. Faut-il en effet s’étonner que la société française ait tant de mal à accepter la différence, alors qu’on lui promet depuis 30 ans limmigration zéro, qui na aucun sens économique et ne correspond à aucune réalité ?
- ensuite, il est possible de mieux organiser et choisir les flux migratoires. D’autres pays l’ont fait, comme la Grande-Bretagne, le Canada, la Suisse. Je ne crois pas au fatalisme de l’immigration, pas plus que je ne crois au fatalisme de l’insécurité. Il faut reconnaître au Gouvernement et au Parlement le droit de fixer chaque année, catégorie par catégorie, le nombre des personnes admises à s’installer sur le territoire. Actuellement, moins de 5% des immigrés viennent pour répondre à des besoins précis de l’économie, ce qui n’empêchent pas les autres de peser eux aussi sur le marché du travail. En Grande-Bretagne, en Australie, cette proportion est de plus de 50%. Nous accueillerons mieux les réfugiés et les immigrés si nous sommes capables dendiguer limmigration clandestine et de réguler limmigration familiale. A tout subir, à ne rien choisir, nous méconnaissons à la fois nos intérêts économiques et nos convictions humanitaires. Je veux passer d’une immigration subie à une immigration choisie ;
- enfin, dans un monde qui a profondément changé depuis trente ans, nous ne pouvons plus penser les questions migratoires avec les mêmes concepts qu’en 1974. Nous avons de nouveaux besoins économiques et démographiques. La mondialisation exige une circulation croissante des cerveaux. La biométrie, si elle est repose sur un cadre juridique adapté, offre des outils puissants pour concilier une plus grande liberté de circulation et la lutte contre l’immigration illégale. Je me réjouis que la France ait été le premier pays européen à expérimenter la délivrance de visas biométriques, grâce à la loi du 26 novembre 2003. Je veux que la France soit désormais systématiquement la première en Europe pour proposer et bâtir une stratégie migratoire adaptée aux enjeux du monde contemporain.
Plusieurs priorités daction ont été dégagées au cours cette convention :
- il faut dabord retrouver la maîtrise quantitative des flux. Cest une condition impérative si nous voulons restaurer une vision positive de limmigration et rendre possible lintégration des immigrés.
Depuis 2002, des progrès importants ont été accomplis. Limmigration légale, qui avait augmenté de plus de 70% entre 1997 et 2002, est maîtrisée. Nous avons endigué la dérive catastrophique de la demande dasile, que Daniel Vaillant avait mis autant dénergie à combattre que linsécurité, et qui a produit des milliers de déboutés. Enfin, la lutte contre limmigration illégale est redevenue une priorité de laction publique. Entre 2002 et 2004, les reconduites effectives à la frontière ont augmenté de 72%, grâce à lallongement du délai de rétention et à limplication des services.
Tous ces résultats doivent être consolidés. Je souhaite que les reconduites à la frontière augmentent encore de 50% en 2005. A cet effet, je ferai le lien entre la délivrance des visas et la délivrance des laissez-passer consulaires. Par ailleurs, je veux mettre un terme aux détournements de procédure, en particulier les mariages blancs, laide médicale dEtat et la demande dasile. Sur ce point, il faut imposer aux demandeurs la domiciliation fixée par ladministration ;
- il faut ensuite un meilleur équilibre entre limmigration de travail et limmigration de droit. Nous devons attirer des travailleurs qualifiés, des créateurs dentreprises, des chercheurs, des professeurs duniversité, par un système de points à la canadienne. De même, je souhaite que la France se dote dune stratégie nationale pour attirer les meilleurs étudiants étrangers dans les meilleures filières.
Cest en participant aux flux mondiaux de lintelligence et des compétences que la France pourra imposer un autre modèle que la fuite des cerveaux : la circulation des cerveaux, dans un cadre gagnant-gagnant pour les pays daccueil et les pays dorigine ;
- le regroupement familial constitue lun des enjeux majeurs de limmigration. Dun côté, le respect de la vie familiale est une de nos valeurs et constitue une condition de lintégration. Dun autre côté, le regroupement familial tient aujourdhui une place trop importante dans léquilibre des flux migratoires et est à lorigine de nombreuses fraudes (mariages blancs ou forcés, fraudes à létat-civil…).
Il faut avoir le courage de poser autrement les termes du débat. Le regroupement familial est certes un droit, mais pas un droit qui peut sexercer dans le mépris absolu des règles. Il faut donc être plus rigoureux sur lappréciation des conditions de revenus, de logement, dintégration préalables au regroupement ; et créer une obligation, pour les regroupants, de prendre en charge les besoins de leur famille pendant une durée minimum.
Il faut également cesser de traiter de la même manière les immigrés qui respectent les procédures et ceux qui ne les respectent pas. Ceux qui respectent lEtat de droit doivent être récompensés par des procédures plus rapides et plus souples. Les autres nont aucune vocation à sinstaller durablement sur le territoire français. Je suis pour une politique de confiance, mais aussi de justice. Je naccepte pas que linsertion des immigrés qui respectent nos lois soit dénaturée par ceux qui les méprisent ;
- enfin, il faut être plus volontariste et exigeant en matière daccueil et dintégration. Le contrat daccueil doit être obligatoire et le contenu des formations plus dense. Nous sommes fiers des valeurs de la République, de légalité entre les hommes et les femmes, de la laïcité, de lidéal français dintégration. Alors, osons en parler à ceux que nous accueillons. Et agissons pour que les droits de la femme française sappliquent aussi aux femmes de limmigration.
Mon intention est de consacrer les 22 prochains mois à mettre en place, au sein du ministère, les structures nécessaires pour appliquer cette politique moderne, cohérente, positive, mais aussi déterminée.
Nous devons nous doter dune direction dadministration centrale investie de toutesles compétences ; créer un réseau dofficiers de limmigration chargés de mettre en Å“uvre unepolitique migratoire unique, dans nos consulats, à nos frontières et dans nos préfectures ; créer les structuresnécessaires pour mieux connaître les chiffres de limmigration, évaluer nos capacités daccueil, anticiper nos besoins démographiques et économiques.
Nous devons aussi inscrire notre action dans un cadre européen et mondial ; renforcer le codéveloppement ; mettre en place des coopérations gagnant-gagnant avec les pays dorigine. Et je reprendrai bien sûr, dès le début du mois de juillet, les réunions du G5, cest-à -dire les cinq pays les plus concernés en Europe par les questions dimmigration, auxquels jexposerai le contenu de nos conclusions.
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Jai parlé de la discrimination positive ; jai parlé du préfet musulman ; jai parlé du financement des mosquées. Tous ces tabous, je les ai soulevés, car ma conviction est qu’il faut aussi, sur ces sujets, faire bouger les lignes.
Le modèle républicain dintégration est fondé sur le principe de l’égalité des individus, sans considération de leur origine, de leur religion, ou de leurs convictions. Il ny a rien à redire à cela. Cest une idée universelle, celle de la philosophie des Lumières. Mais nous devons reconnaître que discourir sur l’égalité formelle ne suffit pas à assurer l’égalité réelle. Quand le taux de chômage des jeunes issus de l’immigration est deux fois supérieur à celui des Français de naissance, quand le major d’un doctorat est le dernier de sa promotion à trouver un emploi, cela veut dire que le modèle républicain d’intégration est autant en panne que le modèle social. Et c’est cette panne qui créé le communautarisme dont nous ne voulons pas.
Une action volontariste de tous les acteurs de la société est nécessaire et urgente pour que l’égalité des chances ne soit plus simplement un concept, mais devienne une réalité ; c’est cela la discrimination positive.
Les ZEP doivent cesser d’être un marqueur de pauvreté sociale et l’éteignoir de la réussite de ceux qui veulent travailler. Nous devons y mettre les meilleurs professeurs et les payer en conséquence. Nous devons donner de l’autonomie à des équipes pédagogiques renforcées. Nous devons créer des internats de ville et des études encadrées. Nous devons garantir quun enfant de ZEP nest pas condamné à se retrouver dans une formation sans avenir et peut lui aussi rejoindre une filière d’excellence. Je propose que nous nous fixions comme objectif que les 5 à 10% des élèves les plus motivés de chaque établissement scolaire accèdent aux classes préparatoires et aux instituts d’études politiques.
L’emploi est le deuxième vecteur déterminant de promotion sociale. Si nous ne voulons pas être contraints de recourir aux quotas, il faut rechercher dès maintenant la diversité dans les entreprises et dans les administrations publiques. Se fixer des objectifs chiffrés n’est pas contraire à nos valeurs. Ce qui est contraire à notre idéal, c’est lorsque l’origine ethnique empêche de reconnaître la valeur professionnelle.
L’Union pour un mouvement populaire prendra toute sa part de cet effort pour l’égalité des chances : pour toute élection proportionnelle et uninominale, elle proposera des candidats en situation dêtre élus.
Malgré ses fragilités, malgré ses doutes, la société française est en mesure daccepter cet effort parce qu’il se nourrit de la volonté de consolider le modèle républicain d’intégration, et non pas de l’affaiblir ; et parce qu’il s’inscrit dans le cadre d’une remise en marche de l’ascenseur social pour tous.
Les Français le seront d’autant plus que cette action sera bénéfique pour toute la société. C’est ma conviction profonde. Donner de l’autonomie aux établissements scolaires, valoriser les enseignants qui s’impliquent, c’est rendre du souffle à la fonction publique. Lutter contre les discriminations à l’embauche, c’est aider les entreprises à élargir leur vivier de recrutement et valoriser des critères vraiment professionnels. Réfléchir à la présence des minorités dans les différents scrutins électoraux, c’est aussi repenser toute la question de la représentativité politique.
Une remise en marche de l’ascenseur social ; une immigration choisie ; une intégration réussie… Au fil de ses conventions, l’UMP construit son projet populaire pour une France ambitieuse, réconciliée avec elle-même, qui récompense le succès de chacun, et permet la réussite de tous.























