Nicolas Sarkozy

Blog Coopératif

Economie - Développement des Entreprises

Posté le 21/10/2005 par admin dans la catégorie Discours de Sarkozy, Economie

Discours de Nicolas Sarkozy lors dun colloque à  la COFACE - 21 octobre 2005

Vous mavez proposé de mexprimer aujourdhui sur le développement des entreprises en France et à  linternational. Deux raisons mont conduit à  accepter cette proposition.

 1. La première, c’est que je suis profondément convaincu que le développement des entreprises en France et leur expansion internationale sont indissociablement liés : affirmer la vocation exportatrice de notre pays et permettre à  nos entreprises de se projeter avec succès à  létranger, cela commence par créer en France les conditions propices à  leur croissance et à  leur développement. Cest, pour ma part, un sujet qui me passionne.

2. La deuxième, c’est que ma passion pour la France me conduit à  dire partout o๠je le peux, ma vérité et mon ambition pour elle. Il faut faire un effort de lucidité. A entendre certains commentaires, notre situation économique et commerciale actuelle serait presque idéale : aucun problème de compétitivité, aucune difficulté structurelle, à  peine quelques petites turbulences conjoncturelles liées au pétrole. Quand nos résultats sont bons, on s’en félicite, quand ils se dégradent, on s’en félicite aussi.

Je ne suis ni un optimiste béat ni un pessimiste maladif, je suis réaliste, pragmatique et combatif. Jessaie de voir la situation telle quelle est, comme vous dailleurs, car pour un chef dentreprise mieux vaut toujours garder les yeux grands ouverts sur le monde.

Or je vois que les bénéfices de nos grandes entreprises sont de moins en moins réalisés en France et de plus en plus sur des marchés plus dynamiques que le nôtre. Avec 220 000 entreprises nouvelles chaque année, je vois aussi que nous créons proportionnellement autant dentreprises en France que les Etats-Unis. Mais nos entreprises françaises ont beaucoup plus de mal à  se développer. La proportion des entreprises moyennes en France est très inférieure à  celle de nos partenaires et quasiment toutes nos grandes entreprises existaient déjà  il y a 30 ou 40 ans.

Je vois, sagissant du commerce extérieur, que nos exportations croissent de 5% quand les échanges internationaux se développent au rythme annuel de 8 à  10%. Jy reviendrai. Je vois aussi notre déficit commercial se creuser, alors que nous ne connaissons pas de boom spectaculaire de la croissance et de l’emploi, alors que nous ne sommes pas une économie aussi tertiarisée que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

Enfin, les investissements directs étrangers en France, les troisièmes au monde derrière les Etats-Unis et la Chine, ne témoignent peut-être pas de lattractivité quon croit sil sagit de flux dacquisition de nos entreprises.

Que nos entreprises soient de ” bonnes affaires ” et des proies tentantes est plus inquiétant que réjouissant. Cela ne crée pas forcément de capacités de production supplémentaires. Cela peut même aboutir à  la fermeture des sites rachetés et au transfert à  l’étranger de nos savoir-faire. Le solde net des flux d’investissements étrangers, entrants et sortants, est d’ailleurs beaucoup moins rassurant. Je note au surplus qu’en ce qui concerne les investissements de recherche-développement, ce solde est nettement négatif. Quant à  lattractivité globale de notre territoire, de multiples classements internationaux portent sur elle des jugements peu flatteurs. Même si leur construction est critiquable, lennui est que les évolutions vont hélas toujours dans le même sens. Enfin, ces classements, même contestés, sont lus par tous les acteurs économiques internationaux.

La vérité est que nous avons bridé la création de richesses dans notre pays et négligé les leviers d’une croissance économique forte et du plein emploi des facteurs de production.

Peut-être faut-il le rappeler ? Aucune richesse ne se crée en dehors de lentreprise. Bien entendu, cela ne signifie certainement pas que les règles collectives soient inutiles ou que les services publics soient sans valeur ajoutée, bien au contraire. Mais la charge quils représentent doit en permanence être surveillée. Depuis longtemps, nous lavons oublié, en laissant nos finances publiques et nos prélèvements obligatoires dériver et en promouvant une société du non-travail, o๠lactivité est réduite et o๠linactivité bénéficie de transferts financiers équivalents aux revenus du travail.

Le résultat le plus visible est que la richesse nationale ne sest accrue en moyenne que de 1,7% par an depuis 10 ans, soit un point de moins que certains de nos partenaires sur la même période. 

Notre politique économique doit viser un objectif ambitieux : faire de la France lun des pays les plus attractifs au monde pour la création de richesses. Donnons-nous quatre orientations claires.

Tout dabord, renforçons massivement la recherche et linnovation.
Cest dans cet esprit que jai voulu instituer, lorsque jétais à  Bercy, les pôles de compétitivité, à  la suite dun excellent travail de Christian Blanc. Après un appel à  projet national, nous avons labellisé 67 pôles. LEtat sest engagé à  leur apporter des aides sociales et fiscales aux entreprises, aux centres de formation et aux centres de recherche concernés. Sept pôles sont nés en Ile-de-France, dont deux mondiaux (Meditech et System@tic), dans des secteurs aussi variés que le médicament, les logiciels ou les cosmétiques.

Afin de converger vers les meilleurs standards internationaux, la réforme de notre appareil de recherche et denseignement supérieur est elle aussi absolument cruciale. Et je souhaite que la France accroisse fortement son effort financier en la matière dans les années à  venir.

Deuxièmement, réformons profondément notre droit du travail.

Dans notre pays, nous sommes les champions de la protection des emplois existants et du verrouillage des licenciements. Alors, certes nous en avons effectivement un peu moins que les autres, mais nous avons surtout beaucoup moins de créations demploi que les autres, les périodes au chômage sont plus longues et lessentiel des offres de travail passe par des contrats précaires et lintérim. Au final, cest un équilibre ” perdant-perdant “, pour les entreprises et pour les salariés, avec pour résultat paradoxal que la France est lun des pays o๠linsécurité sociale est la plus durement ressentie.

Il est possible doffrir aux entreprises et aux salariés français un accord gagnant-gagnant oà¹, dun côté, existerait une grande flexibilité de lemploi et oà¹, de lautre côté, tous les salariés seraient protégés de manière plus effective et plus juste. Il sagirait notamment de réformer les contrats de travail pour privilégier clairement le CDI et instituer une véritable sécurité sociale professionnelle.

Par ailleurs, nous avons assoupli les 35 heures et lorganisation du temps de travail. Lorsque je vois la faiblesse du recours aux heures supplémentaires et limportance que les rigidités dans lorganisation du travail jouent dans certaines décisions de délocalisation, je comprends quil faut encore remettre louvrage sur le métier.

Troisièmement, améliorons le soutien aux petites et moyennes entreprises.

Jai demandé depuis longtemps quune partie de la commande publique soit réservée aux PME, sur le modèle de ce que permet le Small Business Act aux Etats-Unis. Cest un moyen puissant pour aider une entreprise à  se développer et à  gagner la confiance du marché. Je souhaite que nous engagions les négociations au niveau communautaire dès que possible.

Nous devons également nous attaquer à  la question du financement des PME. Je propose de réformer notre fiscalité pour quelle favorise la constitution dune base actionnariale nationale, en cessant de faire des investissements à  risques, notamment en actions lun des moins intéressants sur le plan fiscal. Un changement est nécessaire pour doter en fonds propres les entreprises françaises de taille moyenne. Cest aussi beaucoup plus efficace que toutes les lignes Maginot, qui ne nous protègeront pas, mais nous isoleront sûrement un peu plus du reste du monde.

Enfin, réformons notre fiscalité pour la mettre au service de la production des richesses dont tous les Français profiteront. Cest une vaste réforme fiscale que nous avons à  conduire, pour sortir dun système qui, là  encore, nest plus aujourdhui ni juste, ni efficace.

Réformer la fiscalité, cest dabord, dans mon esprit, la réduire. Nous restons à  un niveau extrêmement élevé de prélèvements obligatoires : 44% de la richesse nationale.

Au lieu de réhabiliter limpôt, comme le proposent certains, je propose quon réhabilite le respect de largent public. Commençons par réduire nos dépenses, là  o๠les deniers publics sont mal employés, peu efficaces, partout o๠l’on peut faire aussi bien ou mieux, mais avec moins de moyens. Dautres pays lont fait avec succès, comme la Suède ou le Canada. Il ne peut y avoir de tabous, comme les effectifs de fonctionnaires.

Les économies réalisées nous permettront dalléger la pression fiscale. Le cap, je lai indiqué, cest de ramener la France à  la moyenne européenne en matière de prélèvements obligatoires, afin de rendre les entreprises plus profitables et de redonner aux Français du pouvoir dachat.
Réformer la fiscalité pour la mettre au service de la création de richesses, cest aussi renoncer aux impôts qui pénalisent la réussite. Jai proposé la mise en place dun plafonnement de tous les prélèvements à  50% sur les revenus du travail. Car cest, je crois, largement suffisant de travailler pour la collectivité du 1er janvier au 30 juin.

Venons-en enfin à  lISF. Je vais vous le dire franchement, je pense que le principe de lISF est juste et je suis attaché à  la progressivité de limpôt. Mais chacun reconnaît aujourdhui, quil est à  lorigine de la délocalisation dun grand nombre dentrepreneurs dont le seul tort est davoir trop bien réussi. Il frappe aussi des Français, parfois modestes, dont limmobilier a pris beaucoup de valeur en quelques années. Ayons le courage de réformer cet impôt pour supprimer ces inconvénients.

Vous le voyez, si je suis un tenant de la rupture, comme on le dit parfois, cest de la rupture avec l’échec quil sagit. Cest en engageant rapidement des réformes importantes, que nous ne redonnerons du souffle à  notre économie, du dynamisme à  notre marché de lemploi et lespoir dun avenir meilleur à  tous les Français.

Exporter, cest produire en France et vendre à  létranger. Je viens dexposer les axes de renouveau de la production dans notre pays. Permettez-moi, maintenant, den venir aux orientations qui me paraissent nécessaires pour consolider notre vocation de grand pays exportateur. Cest un enjeu crucial pour la croissance de nos entreprises et pour lemploi. Vous le savez, un milliard dexportations supplémentaires génère jusquà  15 000 emplois.

Vous lavez compris, je suis inquiet de nos performances commerciales.

A fin du mois daoût 2005, notre déficit commercial, avec 15 Md€, était déjà  le double de celui enregistré en 2004 (-7,8 Md€), qui navait pourtant pas été une bonne année. Alors certes, nos exportations continuent de progresser mais beaucoup moins quelles ne le pourraient. Surtout, la spécialisation géographique, et dans une moindre mesure, la spécialisation sectorielle, de la France sont aujourdhui inadaptées pour nous permettre de profiter pleinement de lessor des échanges et de la mondialisation. Notre appareil de production n’est pas suffisamment orienté vers les régions et les segments du marché les plus dynamiques.

Jen veux pour preuve que notre part de marché en volume qui fluctuait au cours des 15 dernières années autour de 8% des échanges de biens et de services est désormais descendue à  7,3%. Il ne sagit en rien dun recul naturel lié par exemple au développement de la Chine. Au cours de la période récente, certains pays développés comme lAllemagne, le Japon ou les Etats-Unis ont eux stabilisé voire augmenté leur part de marché.

Bien sûr, la facture énergétique pèse sur le solde commercial : de 1% du PIB en 1997 à  1,7% en 2004. Mais ayons la lucidité de reconnaître que, sur la même période, le vrai problème est plutôt que notre excédent industriel ait fondu de 1,3% de la richesse nationale à  0,1% en 2004.
Enfin, malgré les efforts de tous les acteurs du commerce extérieur, lexportation a toujours été un club relativement fermé, notamment aux PME. Seule une minorité (5%) saventure à  linternational. Mais depuis plusieurs années, on saperçoit, en outre, que ce club des exportateurs perd des adhérents : des 103 700 entreprises exportatrices de France en 2002, il nen restait que 88 500 lan dernier.

Face aux défis de notre développement commercial à  linternational, je suis convaincu que les pouvoirs publics ne doivent renoncer ni à  élaborer une stratégie en matière de commerce extérieur ni à  conserver des moyens de soutien et dincitation forts, ni encore moins renoncer à  affirmer nos intérêts commerciaux dans le monde.

Mettre en Å“uvre une stratégie de renforcement de notre présence, cest ce que nous avons fait, lorsque jétais ministre de lEconomie, des Finances et de lIndustrie, en bâtissant des plans daction commerciale géographiques sur 25 pays prioritaires. Il faut une volonté constante, permanente dans le temps pour que cela produise enfin des effets.

Ce ne sont bien sûr jamais les conseillers de la DREE ou les agents de la Coface qui iront chercher les contrats pour vous. Mais il est possible et il est nécessaire de vous aider, en ciblant linformation sur les pays prioritaires et en vous offrant les moyens de renforcer là -bas votre présence.
Cest dans cette perspective que nous avions également décidé la mise en place au profit des PME dun crédit dimpôt export pour les dépenses de prospection et que nous avions souhaité la création dun contrat export, cest-à -dire un contrat de travail sur le modèle des contrats de chantier dédié à  des activités de prospection à  lexport.

Par ailleurs,  il faudra un jour se résoudre à  tirer toutes les leçons des travaux déjà  effectués sur lintelligence économique et à  lui donner une ampleur et des ambitions conformes à  celles dont font preuve nos grands rivaux internationaux.

Nhésitons finalement jamais à  affirmer nos intérêts commerciaux, au plan européen bien entendu puisque cest le niveau o๠les négociations ont lieu. Il est normal que lEurope – 1er exportateur et 1er importateur mondial – défende ses intérêts commerciaux. Il faut qu’elle le fasse. C’est son devoir.

Il nest pas admissible que les entreprises européennes supportent plus quà  leur tour les contraintes du libre-échange international. Tous les grands exportateurs sont attachés au libre échange, mais je constate avec regret que lUE utilise 2 à  3 fois moins que les Etats-Unis les outils de protection, notamment danti-dumping, alors quil sagit dinstruments autorisés par lOMC.

Nous navons pas le droit dêtre naïfs et négligents sur la réciprocité commerciale. Lorsque je vois que l’on achète des Subaru pour équiper la Gendarmerie nationale, je minquiète car je ne souviens pas avoir entendu parler des ventes de Renault et de Peugeot aux forces de police américaines ou japonaises. 

Il nous faut donc encore progresser sur la voie dune concurrence plus loyale, notamment sur le plan des parités monétaires. Vos marges, je le sais, sont parfois balayées par des évolutions des parités qui ne reflètent pas toutes des changements dans les fondamentaux des économies concernées.

Mais il sagit aussi dun grand dessein que peut porter lEurope dintroduire dans la mondialisation des échanges une dimension humaine en demandant linterdiction du travail forcé ou du travail des enfants et le respect de normes environnementales minimales.

Vous lavez compris, de multiples réformes nous attendent. Elles sont la condition sine qua non de la rupture que jappelle de mes vÅ“ux avec la morosité actuelle et nos mauvais résultats tant économiques que sociaux.

Nen doutons plus, les Français réclament aujourdhui ce changement.. Ils lont dit le 21 avril 2002. Ils l’ont à  nouveau fait savoir lors du scrutin régional de 2004. Ils nous l’ont encore rappelé le 29 mai dernier. D’ailleurs, ils nous signifient leur mécontentement et leur lassitude à  chaque élection générale depuis 1981 : aucune majorité sortante n’a été reconduite depuis lors.

 Il est temps de redonner une cohérence aux aspirations diverses et parfois contradictoires de nos concitoyens, en cherchant à  rendre possible ce que commandent lintérêt général et le bon sens, c’est-à -dire l’observation des changements qui ont fait, hélas ailleurs que chez nous, la preuve de leur pertinence. Cest cela qui me passionne, moi, dans la politique. C’est ce qui fait sa noblesse et un art de l’action à  nul autre pareil.

Cest, je crois aussi, ce quattendent les Français dun responsable politique.

Ce que je propose, c’est que l’on donne à  l’intelligence et aux capacités d’adaptation de nos compatriotes toutes les possibilités de s’exprimer, que nous retrouvions de grandes ambitions, que nous n’attendions plus pour engager les réformes d’ampleur dont notre pays a besoin.

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