Ecologie - Développement Durable
Forum mondial du développement durable
” Je suis particulièrement heureux de participer à ce troisième forum mondial du développement durable. Le sujet qui nous réunit, le climat, est profondément politique. Il lest car les enjeux sont géopolitiques. Il lest parce que les réponses sont dabord politiques.
Je sais combien cette question est aujourdhui le domaine des experts. Les débats portent sur les origines des événements climatiques extrêmes, sur limportance du réchauffement climatique et sur ses conséquences - les effets de chaîne, la libération possible du méthane enfermé dans les sols gelés, le Gulf stream, la migration des espèces et des épidémies. Les experts sopposent également sur la définition du développement durable.
Ces questions ont souvent été des sujets de colloques. Elles ont rarement été des sujets du débat politique.
Les grandes formations politiques, parfois rebutées par les positions écologiques les plus extrêmes, ont accordé peu de place à la demande de nos concitoyens dun environnement sain. De fait, la confiance appartient aujourdhui aux experts plus quaux politiques.
Or, je vous le disais, les enjeux sont géopolitiques.
[...] Quelles que soient nos convictions, force est de constater que certains souffriront plus que dautres.
Certes les événements climatiques violents peuvent toucher nimporte quel pays. Pour autant, nous savons que le réchauffement attendu de 2 à 6 degrés, affectera plus spécifiquement certains continents. Nous savons que lépuisement des ressources énergétiques traditionnelles sera un facteur de tension mondiale. Les événements climatiques pourraient renforcer les clivages mondiaux.
Nous savons aussi que les milieux les plus modestes qui vivent dans des appartements mal isolés et qui peinent à payer leur essence, seront les plus touchés. Lécologie est aujourdhui une question de justice sociale.
Cest pourquoi les réponses sont également politiques.
Les hommes ont créé les conditions des modifications climatiques. Ils doivent trouver les réponses.
Ces réponses sont naturellement mondiales. Lenjeu dépasse nos frontières et seule la négociation internationale peut avoir un sens. Cest là que se jouent les questions les plus difficiles, à commencer par celles du climat. Kyoto a été un grand progrès. Il faut aujourdhui aller plus loin et les Etats Unis doivent sengager sur des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Dans ce domaine, lUnion européenne est exemplaire mais elle est trop silencieuse. Quant à la France, elle na pas su développer une stratégie dinfluence à la hauteur de cet enjeu.
Face aux catastrophes climatiques, de lampleur du tsunami ou de Katrina, la solidarité internationale simpose également. Cest tout lavenir dun pays, cest léquilibre dun continent qui peut être balayé en moins dune journée. Nous avons tous été frappés par les images du tsunami. Des lieux de rêve pour nombre dentre nous sont aujourdhui des lieux dévastés, menacés. Tous les continents sont des victimes potentielles.
Aucun pays, ni aucune collectivité, ne peut sabstenir dagir au motif que le climat et ses enjeux sont mondiaux.
Cest dans notre développement quotidien que nous devons trouver les réponses. Je pense naturellement à toutes les mesures qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
La première priorité est bien de réduire à la source nos besoins dénergie. Deux mesures essentielles doivent être privilégiées : lisolation des logements anciens qui permettrait de réduire de 10 % nos émissions et lincitation au covoiturage.
La deuxième priorité est de développer les énergies renouvelables pour dépasser en France le seuil de 10 % de notre consommation. Et naturellement, il faut autant que possible privilégier les énergies propres.
La troisième priorité est de se doter au niveau européen dun programme de recherche, aussi ambitieux que le programme Airbus, qui permette demain de remplacer les combustibles fossiles. Je pense notamment à la pile à hydrogène. Ce sont lindépendance énergétique et notre potentiel de croissance qui sont en jeu.
Enfin, il faut avoir le courage de repenser notre politique de transport sans pénaliser la croissance.
Cela passe notamment par les transports en commun et le transport ferroviaire de marchandises. Il est temps de privilégier la construction dune rame de métro ou de tramway accueillante sur celle dune autoroute.
Aujourdhui, les personnes qui travaillent dans les métropoles, et je pense naturellement à Paris, ont pour seule alternative des heures dembouteillages ou lentassement dans des métros sales o๠il nest même pas possible de déplier un journal. Finalement, ce sont les plus aisés, ceux qui peuvent vivre dans Paris qui sont les bénéficiaires de ces choix politiques.
Aucune collectivité locale ne peut non plus sabstenir dagir. Si chaque commune, chaque département, chaque région prévoit de remplacer tous ses véhicules par des véhicules propres, nous créerons un véritable marché qui permettra de réduire leur coût.
Cest bien au niveau local que doit avoir lieu la concertation. Face aux enjeux du développement durable, il nest plus question de décider des mesures jugées rationnelles dans des bureaux clos. Il faut modifier les modes de vie, et même les valeurs de chacun.
Renoncer à se déplacer en voiture, trier ses déchets, fermer ses lumières y compris au bureau sont des choix qui relèvent de la seule bonne volonté de nos concitoyens. Il ne sert à rien de multiplier les discours sur le bien fondé de ces mesures, il faut quelles soient décidées et choisies par les intéressés. Ceci exige une nouvelle forme de concertation qui ne peut, naturellement, pas relever de la seule compétence des associations. Il appartient au politique dêtre imaginatif pour développer de nouvelles formes de conférences de consensus.
La France na pas à rougir de son bilan.
Nous sommes lun des pays qui émet le moins de gaz à effet de serre. Un Américain émet 6 tonnes de carbone par an quand un Français émet moins de 2 tonnes. LEurope sest engagée à réduire de 8 % ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2012. Lobjectif français est de stabiliser ses émissions car nous sommes en deçà de la moyenne européenne.
Le poids du nucléaire dans lénergie électrique a été un atout considérable pour une croissance écologique. Cest une réalité incontestable. Sil faut améliorer la transparence sur le nucléaire, comme sur lensemble des questions denvironnement, il ne faut pas renoncer à cette technologie.
Notre gouvernement a été particulièrement actif pour le développement durable. Il a adopté une Stratégie nationale très conséquente, peut être trop. Il a adopté un plan canicule, un plan climat, un plan asthme, un plan santé, un plan bruit et je pourrais poursuivre cette liste. Certains ont reproché la multiplication de priorités et dobjectifs.
Il faut, sans doute, donner plus de lisibilité et un axe structurant à cette politique.
Je suis convaincu que la question du réchauffement climatique, qui renvoie à celle de lénergie, doit être la première priorité. Il sagit bien là de la menace principale qui pèse sur le développement des générations futures.
Jai posé un principe : engager en cinq ans les actions nécessaires pour résoudre la question du climat en deux générations – et même une génération pour les autres enjeux écologiques.
Il existe des pays qui ont montré la voie. Je pense au Japon dans le domaine de lénergie, à la Suède, à lAllemagne ou encore à la Suisse. Nous devons nous inspirer de leurs expériences pour ne plus laisser ces questions aux mains des extrêmes. A défaut, cest une lourde dette que nous transmettons à nos enfants.
Il en est de même au niveau mondial. Une logique de résultat et un principe de justice doivent guider notre réflexion.
Les pays pauvres nont pas à payer le prix de nos abus. Il est évident que dans nombre de pays, la première priorité est la survie alimentaire. Nous ne pouvons pas leur imposer le surcoût de notre développement. Pour autant, nous ne pouvons pas, non plus, admettre quils reproduisent nos erreurs. Il existe des voies de développement propre.
Je veux, cependant, apporter une précision. Les enjeux du climat concernent des pays que je ne considère pas comme pauvre : la Chine, lInde et le Brésil. Dans ces pays, de la taille de continents, le développement économique doit rimer avec un développement écologique. A défaut, cest bien léquilibre mondial qui pourrait être remis en question.
Nous pouvons, par nos technologies, participer à cette nouvelle croissance saine. La France, comme lEurope, ont dans ce domaine un temps davance.
Plus fondamentalement, nous devons concevoir une politique du développement durable qui rassemble plutôt quelle noppose. Trop de discours extrêmes ont créé des tensions o๠chacun sexonère de ses responsabilités. Cest vrai en France comme au niveau mondial.
Il est absurde dopposer les pays riches – qui auraient consommé leur droit à polluer – aux pays pauvres – qui auraient aujourdhui le droit de polluer autant que les pays riches. Il appartient aux nations développées de transmettre leur savoir-faire pour que le développement ne rime pas avec la pollution.
Il est absurde dopposer lécologie, la croissance et le progrès. Il existe un développement économique et social durable attentif à lenvironnement. La fiscalité écologique, le marché des droits à polluer ont réussi à intégrer lenvironnement dans le développement économique, et ce bien mieux que les réglementations.
La communauté internationale a réussi à se doter dune Organisation mondiale du commerce, dune organisation internationale du travail. Il existe des valeurs communes qui font sens. Il ny a pas de raison déchouer sur la question du climat qui est un enjeu fondamentalement mondial. LOMC doit intégrer les questions environnementales dans la négociation des accords commerciaux. [...] “























